18 novembre 2019

À Vilnius, L.H. Bojanus découvrit plusieurs nouvelles espèces


Les travaux de Louis Henri Bojanus (1776-1827), professeur à l’Université de Vilnius et un des plus grands naturalistes du XIXe siècle, sont souvent cités, non seulement dans des publications scientifiques mais parfois aussi par des revues culturelles (dont les Cahiers Lituaniens). Certes, son Anatome testudinis Europaeae (1819-1821), l’ouvrage le plus complet encore à ce jour sur l’anatomie des tortues d’eau douce d’Europe (cistudes), est une publication qui a marqué l’histoire des sciences. Nous devrions aussi savoir (au moins nous l’espérons, malgré que le fait qu’il est de plus en plus difficile de parler d’une culture naturaliste dans l’enseignement républicain d’aujourd’hui) que c’est à ce grand naturaliste, originaire de Bouxwiller en Alsace, que nous devons la première description scientifique de l’aurochs (Bos primigenius) et du bison des steppes (Bison priscus), deux espèces vraiment emblématiques pour notre culture (et que l’on retrouve représentées dans de nombreux blasons nobiliaires et communaux en Europe).
Bojanus fut, par vocation et par son génie, un grand spécialiste de l’anatomie comparée et de la physiologie. A Vilnius, il ne se limitait pas à une simple description des nouvelles espèces, comme nombre de naturalistes de l’époque. Il analysait en détail ses découvertes et les décrivait avec précision, à l’aide notamment de dessins et croquis de grandes précisions. Pourtant nous ne devons pas oublier que le bison des steppes et l’aurochs ne sont pas les seuls dont nous lui devons la première description scientifique. Ce pionnier de la paléontologie en Europe centrale et orientale et grand spécialiste des bovidés fossiles décrivit aussi le genre Merycotherium et l’espèce Merycotherium sibiricum, en se basant sur les dents trouvées en Sibérie. Il s’agit d’un grand ruminant qui vécut à l’Est de l’Europe et en Asie. Bojanus regrettait à l’époque de ne pas pouvoir disposer d’un matériel comparatif (dont par exemple les dents d’une girafe) qui lui aurait permis de classer ces fossiles. Bien connu par son honnête scientifique, Bojanus encouragea ces collègues de l’époque à faire cette comparaison lorsque de nouvelles découvertes le permettront. Encore aujourd’hui, le statut de ce taxon n’est pas bien établi.
Bojanus fut aussi un grand parasitologue dont les travaux ont permis de comprendre ainsi le cycle de vie de la douve, un ver plat parasite infectant le foie et les voies biliaires des herbivores ruminants. Il créa à Vilnius une des plus grandes collections des «vers intestinaux» et décrivit également la nouvelle espèce de vers trématode nommé Distoma amphistomoides, un parasite du castor. Notons qu’à l’époque la recherche des parasites des rongeurs était une grande nouveauté en biologie. Il est également à l’origine de la description scientifique du Cysticercus pileatus, un de vers responsable de la cysticercose, la maladie causée par les larves de ténia qui se logent de préférence dans les muscles. A notre époque, il est difficile s’imaginer de l’importance pour la santé de cette découverte qui permit à identifier une cause d’une maladie très grave et très fréquent au du XIXe siècle.
En illustration, le dessin de L.H. Bojanus représentant les dents du Merycotherium, issu de son l'article de description de l’espèce.
Pour en savoir plus, Piotr Daszkiewicz, Muséum national d’histoire naturelle : piotrdas@mnhn.fr


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