26 mai 2010

Lituaniens et Polonais à Vilnius : je t’aime … moi non plus

Dans la capitale de la Lituanie, un des États de l’Union européenne les plus affectés par la crise, deux communautés, la lituanienne et la polonaise, affirment être chez elles. A l’heure des coupes budgétaires et des réformes d’austérité économique, le mélange est prêt à exploser ! C’est l’objet d’une enquête de Aleksandra Sygiel pour Café Babel dont voici quelques extraits. Le sort d’au moins quatre nations s’entremêle dans l’histoire de la Lituanie : les nations lituanienne, polonaise, biélorusse et russe. Les Polonais forment la plus grande minorité ethnique (6% sur tout le pays), rassemblés principalement autour de la capitale, dans la périphérie de Vilnius. L’on peut dire que la minorité polonaise y constitue en fait la majorité, avec 61% des habitants, résultat de l’histoire commune des deux pays : pendant près de deux cents ans (du XVIe au XVIIIe siècle), la Pologne et la Lituanie ne faisaient qu’un au sein d’un État fédéral : la République des Deux Nations. "Autrefois, une communauté d’intérêts nous unissait à la Pologne : lutter contre les mêmes envahisseurs, se libérer du communisme, entrer dans l’OTAN et enfin dans l’Union. Puis, lorsque nous avons tout atteint, il a manqué un but, si ce n’est un ennemi, commun. Il se trouve que nous sommes trop proches pour être amis", explique Ruslanas Iržikevičus, rédacteur de The Lithuania Tribune, un magazine électronique anglophone d’information sur la Lituanie. "Au XIXe siècle déjà, poursuit-il, les Lituaniens prirent peur de l’assimilation avec les Polonais et commencèrent à essayer d’en éloigner leur identité propre. Même l’alphabet lituanien fut réformé à cette époque, afin de se différencier de la lettre polonaise". L’alphabet, justement, est devenu un indicateur de la température des relations lituano-polonaises dernièrement. En avril 2010, le Parlement lituanien a rejeté un projet de loi sur la possibilité d’inscrire dans les passeports les noms des minorités nationales avec leur orthographe d’origine (ils sont à l’heure actuelle écrits en supprimant les consonnes qui n’existent pas dans la transcription lituanienne). Les plus révoltés contre cette décision sont les membres de la minorité polonaise. Prise au moment de la visite officielle (qui s’est également avérée être la dernière) de feu le président Lech Kaczyński, cette décision a été perçue comme le point culminant de la dégradation croissante des relations entre les deux pays: "Malheureusement, à bord de cet avion funeste se trouvait cette partie de l’élite polonaise qui se laissait encore guider par la vision assez romantique d’une coopération étroite entre la Pologne et la Lituanie, sur laquelle nous pouvions maintenir de bonnes relations sans plus d’efforts, explique le journaliste lituanien. Cela sera dorénavant bien plus difficile".
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