21 juillet 2010

Laurent Terzieff, Oscar Milosz et la Lituanie

Avec la disparition de Laurent Terzieff le 3 juillet dernier, le théâtre français a perdu l’une des ses plus grandes figures. La disparition de cet immense artiste est aussi une grande perte pour les Lituaniens. La contribution de Laurent Terzieff à faire connaître au public français Oscar Milosz, poète lituanien d’expression française, est immense. Dès le début des années 1970, absolument subjugué par Milosz, Laurent Terzieff avait mis en scène et joué plusieurs spectacles autant sur la prose que sur la poésie du poète. Il avait dit de Milosz : "Je ne vois pas de poète qui ait porté aussi loin le besoin fou d'amour, la souffrance, la barbarie, l'injustice, mais en même temps l'éblouissement devant la beauté de la vie." Laurent Terzieff portait en lui une sensibilité d’éternel exilé qui lui faisait dire ces poèmes comme s’ils étaient l’expression de sa propre âme. Qui l’a vu interpréter les poèmes de Milosz dans un des si nombreux récitals qu’il donna au Théâtre du Lucernaire, au Théâtre Renaud-Barrault, à la Maison de la Poésie ou ailleurs ne pourra jamais oublier ni sa voix ni ses intonations si particulières, ni sa ferveur, ni l’extrême et rare beauté de la mélancolie qui s’en dégageait. Son immense et maigre silhouette, son visage émacié, comme purifié à l’extrême par d’indicibles souffrances, incarnaient toute la tragédie des interrogations humaines. A la demande d’André Silvaire, éditeur des œuvres de Milosz et fondateur de l’Association des Amis de Milosz, il accepta avec joie d’être membre du Comité d’honneur. Les Cahiers de l’Association, à l’époque d’André Silvaire et depuis sous la présidence de Janine Kohler, lui ont consacré de nombreux articles et interviews, publiant aussi les morceaux choisis de ses spectacles. Voir également l’article consacré à Milosz dans les Cahiers Lituaniens. Laurent Terzieff était d’une grande humanité, il avait été grâce à sa passion pour les œuvres de Milosz, extrêmement concerné par la Lituanie pendant les évènements du Sajudis et jusqu’à la reconnaissance de la proclamation de l’indépendance de la Lituanie par les puissances mondiales en août 1991. C’est pourquoi il avait généreusement offert sa participation au spectacle Liberté pour la Lituanie monté rapidement au printemps 1991 à l’initiative de sa nièce Agnès de Boysson, présidente des Echanges Culturels Européens. Ce spectacle de soutien à la cause de la Lituanie eut lieu au Théâtre du Rond-Point/Théâtre Renaud-Barrault, prêté pour la circonstance. Il était présidé par Vytautas Landsbergis, dont l’intervention avait pu être filmée tout spécialement pour l’occasion en Lituanie sous blocus soviétique, des artistes lituaniens alors présents en France apportèrent leur concours à cette soirée, des extraits de la pièce La porte de l’Aurore y furent joués par Jean-Christophe Mončys et Caroline Paliulis, Laurent Terzieff et sa compagnie avaient alors donné en apothéose de la soirée de larges extraits de leur dernier spectacle sur Milosz, devant une salle comble, solidaire et émue. Une fois reconnue l’indépendance de la Lituanie, l’artiste s’était rendu à Vilnius avec sa compagnie sur l’invitation de l’ambassadeur Philippe de Suremain. Premier artiste français d’une telle envergure à se rendre dans le pays libéré, Laurent Terzieff voulait marquer à nouveau sa solidarité avec le pays que Milosz aimait tant, lui manifester une joie partagée. Il joua son spectacle avec Pascale de Boysson, sa compagne disparue en 2002, et Claude Aufaure, devant un public émerveillé et bouleversé. En effet, le poète Oscar Milosz, persona non grata pendant l’ère soviétique, revenait en Lituanie !
http://www.amisdemilosz.org
http://www.cahiers-lituaniens.org

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