25 juillet 2010

En Lituanie, à la mémoire de Charles Rodenstein

Après un premier voyage en 2003, le pasteur Bernard Rodenstein de Colmar et son frère Paul sont retournés récemment en Lituanie sur les traces de leur père Charles, tué en juillet 1944 près de Šiauliai sous l’uniforme de la Wehrmacht. Entre 1942 et 1944, dans l’Alsace et la Moselle annexées au Troisième Reich, ce sont en effet près de 140.000 jeunes qui furent enrôlés de force dans l'armée régulière allemande (la Wehrmacht) ou dans la branche militaire de la SS (la Waffen-SS). Ces Alsaciens-Mosellans fournissaient ainsi près de 1 % du contingent total des forces armées allemandes durant la Seconde Guerre mondiale. Plus de 2000 d’entre-eux furent tués ou portés disparus en Lituanie, surtout durant l’année 1944. Charles Rodenstein, le père des deux frères, avait été initialement porté disparu. "Paul, mon aîné de deux ans, et moi-même, avons toujours attendu notre père. Jusqu’à mes dix-huit ans, j’espérais le voir, en me réveillant, devant notre porte", raconte Bernard Rodenstein, 68 ans, au journal L’Alsace. Comme pour beaucoup d’orphelins de Malgré-nous disparus sur le Front de l’Est, cette attente s’est révélée aussi "stérile que douloureuse". Leur mère, Madeleine Rodenstein, après la fin de la guerre, avait multiplié les démarches auprès de la Croix-Rouge, du ministère des Anciens combattants et d’organismes allemands. Ce n’est qu’en 2002 que viendra un début de réponse grâce au Volksbund Kriegsgräberfürsorge, qui, autorisée depuis 1999 à mener des recherches en Lituanie, publia une première liste de 721 noms de soldats allemands où figure celui de Charles Rodenstein. Grâce à l’aide de Janine Kaspar-Valstakas, vice-président d’Alsace-Lituanie, qui les a mis en relation avec des proches, les deux frères Rodenstein partirent une première fois en août 2003 en Lituanie, où ils rencontrèrent des habitants qui avaient vécu les terribles combats de l’été 1944 autour de Šiauliai. Leur père est-il décédé dans un bombardement ? Ou a-t-il été fait prisonnier et été exécuté par les Soviétiques ? Aucune réponse précise ne put leur être fournie. Sur la plaque en marbre du Volksbund, l’organisation allemande a fait gravé le prénom de leur père en français, par respect pour son origine française. "Nous n’y retournerons plus. Nous sommes apaisés", assure Bernard, heureux que la paroisse luthérienne de Siauliai ait accepté d’apposer une plaque dans l’église à la mémoire de leur père. Lui-même poursuit, avec son Association des Pupilles de la Nation - Orphelins de Guerre d’Alsace (APOGA), son combat pour l’indemnisation des orphelins de Malgré-nous.
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