À la suite de la belle
exposition
Âmes sauvages, qui s’était
tenue en 2018 au musée d’Orsay à Paris et qui présentait la peinture des pays
baltiques au prisme du symbolisme, un ouvrage vient opportunément de
paraître :
L’Art des pays baltes
de Serge Fauchereau chez Flammarion.
Ce beau livre comble un manque
dans la littérature francophone et, de surcroît, le sujet est servi par l’étendue
des compétences de l’auteur. Celui-ci est en effet un historien de l’art
reconnu, dont l’œuvre importante – publications
sur les mouvements artistiques du XXe siècle, nombreuses monographies ainsi que
missions de commissaires d’expositions majeures – est garante de la profondeur
de l’analyse.
Voici non seulement un bel
ouvrage largement illustré mais aussi un texte dense et très structuré.
S’agissant d’États dont l’histoire n’est guère familière à la plupart des
lecteurs, une introduction générale, ainsi que des paragraphes liminaires pour
chacune des trois parties consacrées respectivement aux trois États, offrent un
raccourci qui, bien que synthétique, permet
d’appréhender le contexte politique et
historique des œuvres et des artistes, peintres et sculpteurs présentés , lesquels
s’inscrivent dans une période allant du milieu du XXe jusques et y compris le
temps soviétique.
C’est à Osvaldas Daugelis,
longtemps directeur du Musée Čiurlionis
de Kaunas et trop tôt disparu, qu’est dédiée la première partie consacrée à la
Lituanie qui s’ouvre par une évocation approfondie de M. K. Čiurlionis, pour se terminer par un
chapitre sur une photographe surréaliste peu connue, Domicelė Tarabildienė.
Pour la Lettonie, l’auteur nous
fait notamment rencontrer les artistes qui ont construit l’art national autour
du Groupe des Artistes de Riga, au tout début de l’indépendance, après la
guerre et l’exil. Car pour ce pays, frappé de plein fouet par la guerre et les
évacuations, la guerre est un épisode fondateur.
Enfin l’Estonie, dont
l’évolution en matière d’art évoque celle des deux autres pays : influence
de la guerre, création d’un mouvement national (Pallas), et évolution vers
« l’ordre » qui, de choisi devient obligatoire, selon l’expression de
l’auteur, sous la houlette du gouvernement autoritaire qui s’installe, comme
dans les autres Pays baltiques, avant la Seconde guerre mondiale.
Cette présentation inscrit l’art
balte dans le temps long, avec sa continuité et ses ruptures. On passe en effet
du symbolisme au cubisme, dans ses diverses déclinaisons, puis aux mouvements avant-gardistes,
pour aboutir à un « retour à l’ordre » général, avant la Seconde
guerre mondiale, sorte de préparation au réalisme soviétique qui suivra. Le
tout est brossé avec ampleur et remarquablement
contextualisé.
Enfin, on voit vivre les groupes
d’artistes des tendances modernistes, finement différenciés, les revues et leur
circulation, les liens entre littérature et art. Si certains artistes font l’objet de gros
plans éclairants, la diaspora artistique de ces trois pays est largement
évoquée et aucun domaine de l’art n’est laissé de côté : peinture,
sculpture, gravure, décors de théâtre et d’opéra, arts appliqués, photographie.
Le pavillon commun aux trois
pays, lors de l’Exposition Internationale des sciences et des techniques de
Paris en 1937, constitue comme un point d’orgue pour les trois régimes
autoritaires de l’époque qui, après une plongée dans la modernité veulent
donner à voir, outre des réalisations techniques, l’art figuratif, le folklore
et l’art populaire après les années de modernisme que décrit cet ouvrage.
Suzanne Plasseraud, plasseraud@orange.fr
> L’Art des pays baltes,
Serge Fauchereau, Flammarion, 2021, 256 pages, 45 €.
https://editions.flammarion.com/lart-des-pays-baltes/9782080204912
Libellés : Ciurlionis, en_France_2021, peinture/2, photographie/2, publications/3, sculpture, Tarabildiene