09 janvier 2020

Le drame des Wolfskinder


Alors qu'en 1944 les troupes soviétiques progressent sur le front de l'Est, femmes, enfants et vieillards de Prusse-Orientale (les hommes sont sous les drapeaux) sont exposés aux exactions des soldats de l’Armée rouge, dont le mot d'ordre est : "Tuez tous les Allemands, leurs enfants aussi !" Dépossédés de leurs biens et de leurs vivres, craignant pour leur vie, ils endurent la faim et le froid, tandis qu’autour d’eux, tout n’est plus que désolation. Leur unique espoir est de gagner la Lituanie voisine pour trouver de quoi se nourrir. Malgré la menace omniprésente des soldats russes, de nombreux enfants devenus orphelins décident d’entamer le périlleux voyage. La forêt sombre et inquiétante devient alors l’un des seuls refuges de ceux que l’Histoire appellera les "Wolfskinder" ("enfants-loups"). Dans ce roman bouleversant, l'écrivain lituanien Alvydas Šlepikas fait revivre plusieurs de ces destinées en s’inspirant du témoignage de deux survivantes. À ce terrible hiver, dont on sent presque la morsure du froid, il prête une poésie et une beauté aussi inattendues que fascinantes, qui confèrent à ce livre une force irrésistible.
Alvydas Šlepikas, « À l'ombre des loups », traduit du lituanien par Marija-Elena Bacevičiūtė, Flammarion, coll. Littérature étrangère, 2020, 240 pages, 19,00 €

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08 janvier 2020

Passeurs de livres entre Est et Ouest


En Lituanie sont toujours mis à l’honneur les exploits des «knygnešiai», ces célèbres passeurs de livres de l’époque de l’interdiction, par le régime tsariste, de l’alphabet latin dans les publications lituaniennes, qui transportaient à dos d’homme les livres imprimés en lituanien en Prusse Orientale, et plus spécialement en Lituanie prussienne, pour les diffuser en Grande Lituanie, sous joug russe. Un demi-siècle plus tard, à l’époque de la guerre froide que menait le Bloc soviétique contre l’Occident, d’autres « passeurs de livres » témoignaient d’un temps où toute l’Europe était coupée en deux. Un petit ouvrage, qui vient de paraître, rappelle l’exploit, dans les années 70, de ces jeunes Français qui passèrent le Rideau de fer en transportant eux aussi, à leurs risques et périls, des documents et des livres interdits, en liaison avec les dissidents soviétiques. Le livre rassemble les témoignages de plusieurs de ces jeunes engagés pour la liberté, dont Anne-Marie Goussard, devenue aujourd’hui consule honoraire de Lituanie en France.
> Karine Leverger, Laurent Dubois, « Passeurs de livres. Petite et grande histoire dans l’Union soviétique d’avant la chute du Mur de Berlin », L’Harmattan, collection Mare Balticum, 2019, 138 pages, 15,50€.

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04 janvier 2020

À la recherche de l'Internationale tchékiste


Né en 1877 dans un domaine entre Minsk et Vilnius (dans l'ancien territoire du grand-duché de Lituanie) où il entama dès 1895 ses premières activités révolutionnaires et subversives, Félix Dzerjinski est le fondateur en 1917 et le premier dirigeant de la Tchéka, la police politique du nouvel État bolchévique russe. Après avoir changé de nom à plusieurs reprises (GPU, NKVD, MVD, MGB, KGB …), la Tchéka devint le modèle des polices politiques communistes créées dans les pays du bloc de l'Est au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Une « Internationale tchékiste » était ainsi née de la volonté de l'URSS afin de préserver la domination politique des régimes communistes dans les pays du bloc soviétique jusqu’à la fin des années 1980.
Emmanuel Droit, professeur des universités à Sciences Po Strasbourg, grâce à ses recherches dans les archives est-allemandes à Berlin et polonaises à Varsovie, a pu réaliser la première grande synthèse historique d'envergure consacrée à cette Internationale tchékiste et à ces principaux champs de coopération à l'échelle du bloc de l'Est.
> Emmanuel Droit, Les polices politiques du bloc de l'Est. À la recherche de l'Internationale tchékiste, 1955-1989, Gallimard, Collection La Suite des temps, 2019, 288 pages, 24 €

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