19 mars 2021

Grief, un chien royal qui chassait en Lituanie

Le roi de Pologne et grand-duc de Lituanie Sigismond II Auguste / Žygimantas Augustas (1520-1572) était un chasseur passionné – ici représenté en tenue de chasse par le peintre Jan Matejko. Klemens Bąkowski (1860-1938), juriste et historien de Cracovie, étudia soigneusement les documents royaux concernant les chasses du souverain. Il les publia en 1923 dans une revue polonaise de chasseurs, Przegląd myśliwski. Ainsi nous connaissons les dépenses de Sigismond quand il partait de Cracovie pour chasser dans les forêts de la Lituanie, souvent en passant par Vilnius. Ses comptables prenaient en compte le coût du plomb pour couler les balles, celui des fusils, les honoraires du personnel dont les veneurs, les tireurs, les archers et les batteurs, les aumônes pour les églises et pour les pauvres, les dédommagements pour les accidents et beaucoup d’autres débours. Notons certaines dépenses étonnantes comme par exemple un dédommagement pour blessure causée par un … lion que le souverain élevait en Lituanie.  

Sigismond aimait beaucoup les chiens. Grief était son préféré. Nous ne connaissons pas sa race mais nous pouvons supposer que c’était un limier. Son entretien était plus élevé que le salaire de nombreux membres des équipages royaux. En 1544, les comptables du roi et grand-duc notèrent les frais en beurre pour Grief, le coût de la réparation de sa chaîne en argent, le prix de son savon, ceux de sa gamelle, de sa couette faite de queues de renard, sa laisse pour chien, des poules comme casse-croute, un coffret pour ranger ses affaires, ses médicaments, la graisse de lièvre pour le frotter, un peigne. Comme nous pouvons constater, Grief n’avait pas qu'une  "vie de chien". 

Pour en savoir plus : Piotr Daszkiewicz, piotrdas@mnhn.fr

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06 mars 2021

Les belles histoires d’Alain Stanké

Natif de Kaunas, Alain Stanké  - né Stankevičius - avait 10 ans quand il fut déplacé avec sa famille dans un camp en Allemagne en 1944. À la fin de la Seconde guerre mondiale, il émigra en France puis, en 1951, au Canada où il passera toute sa vie. En tant que journaliste, il a été correspondant au Canada de France-Soir et du Figaro, mais également auteur, producteur et éditeur pendant plus de quarante ans. Après avoir dirigé les Éditions de l'Homme, il a fondé les éditions La Presse puis les Éditions internationales Alain Stanké. Grand humaniste, il s’est engagé auprès de nombreux organismes à caractère philanthropique. Âgé aujourd'hui de 85 ans, il revient sur la période du conflit mondial avec un regard lumineux. Pendant plusieurs années, il rechercha, se documenta, rencontra et discuta avec de nombreuses personnes. Son but était de rassembler les belles histoires sur cette sombre période. Ici, un amour retrouvé 75 ans après le débarquement de Normandie. Là, un Canadien qui a sauvé les arbres de Paris. Plus loin, une amitié de 40 ans entre un lieutenant de vaisseau québécois et le capitaine d’un sous-marin allemand, le navire du premier ayant coulé celui du second dont l’équipage a été rescapé. Ou encore, une fausse infirmière qui, dans la Pologne occupée, réussit à sauver la vie de quelque 2500 enfants. Et que dire de ce soldat allemand devenu archevêque après un séjour, comme occupant, chez les bénédictines. Un recueil d’anecdotes heureuses donc, publié aux éditions Hugo Doc !
On se souviendra qu’Alain Stanké avait fait paraitre en 1981 son témoignage très émouvant Des barbelés dans ma mémoire. L’histoire se situait en Lituanie, également lors de la Seconde Guerre mondiale, et racontait des faits vécus par l’auteur quand, en juin 1940, lui enfant et sa famille furent chassés de leur maison par des soldats russes qui avaient envahi leur pays.

> Les belles histoires d’une sale guerre. Ces héros (extra)ordinaires de la Seconde Guerre mondiale. Alain Stanké, Éditions Hugo Doc, 2020, 251 pages, 17,95 €

https://www.hugoetcie.fr/

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05 mars 2021

Alvydas Šlepikas en poche

Un an après une première édition en français chez Flammarion, le récit que l'écrivain lituanien Alvydas Šlepikas a consacré aux enfants-loups vient de paraître en format poche. Rappelons le sujet ! Alors qu'en 1944 les troupes soviétiques progressent sur le front de l'Est, femmes, enfants et vieillards de Prusse-Orientale sont exposés aux exactions des soldats de l’Armée rouge, dont le mot d'ordre est : "Tuez tous les Allemands, leurs enfants aussi. Il n'y pas d'Allemand innocent. Prenez leurs biens et leurs femmes. Tel est votre droit, telle est votre récompense !" Certains s'enfuirent, beaucoup furent massacrés sur place par les troupes du NKVD, la police politique soviétique, ou moururent de faim et de froid, laissant de très nombreux orphelins derrière eux. L'unique espoir pour ceux-ci était de gagner la Lituanie voisine pour trouver de quoi se nourrir, alors que tout autour d'eux n'était que désolation. Malgré la menace omniprésente des soldats russes, nombreux d'entre-eux entamèrent le périlleux voyage à travers les forêts et seront recueillis par des paysans lituaniens qui risquaient - pour eux et leurs familles - la déportation en Sibérie pour cet acte d'humanité. L'Histoire appellera ces enfants les Wolfskinder (enfants-loups). Dans ce roman bouleversant, Alvydas Šlepikas fait revivre plusieurs de ces destinées en s’inspirant du témoignage de deux survivantes. À ce terrible hiver, dont on sent presque la morsure du froid, il prête une poésie et une beauté aussi inattendues que fascinantes qui confèrent à ce livre une force irrésistible.

> À l'ombre des loups, Alvydas Šlepikas, traduit du lituanien par Marija-Elena Bacevičiūtė, Editions J’ai Lu, collection Littérature étrangère, 2021, 288 pages, 7,90€

https://www.jailu.com/a-l-ombre-des-loups/9782290236659

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