05 juin 2020

Pan Sedzic, un récit lituanien du XIXe siècle


Monsieur Sędzic, jeune homme fraîchement diplômé de l'université de Vilnius, découvre les joies et les difficultés du propriétaire terrien lituanien. Discussions économiques, parties de chasse, repas de fête et rencontre amoureuse ponctuent son quotidien. Pourtant, ses idéaux humanistes et sa vie sont en contradiction. Les coutumes et la législation de son époque sont-elles obsolètes ? La corruption et la mainmise de l'empire de Russie sont-elles inéluctables ? En racontant cet itinéraire, l'auteur Jan Gasztowtt, né en 1802 à Šileliai en Lituanie et mort en 1871 en France, nous propose une plongée dans la Lituanie de la première moitié du XIXe siècle à travers ses diverses classes jusqu'à nous faire vivre le soulèvement polono-lituanien de 1830-1831, sa défaite finale et la Grande Émigration qui l'amena en France. Son récit parut une première fois en polonais et anonymement à Poitiers en 1839 sous le titre : Pan Sędzic czyli Opowiadanie o Litwie i Żmudzi. Il est également paru à Vilnius en lituanien en 1967, à l'époque soviétique donc, sous le titre : Ponas Teisėjaitis, arba Pasakojimas apie Lietuvą ir Žemaitiją. L'édition française comprend de nombreuses et utiles notes de bas de pages explicatives, tant de l'auteur que de la traductrice et des relecteurs, ainsi qu'un index des noms de lieux et des personnes.
> Jan Gasztowtt, Monsieur Sędzig le fils du juge ou Récit sur la Lituanie et la Samogitie, édition française à l'initiative de Sébastien Delprat, traduction par Malgorzata Kobierska et Jean-Marc Suel, ce dernier étant aussi l'auteur de la plupart des notes. Editions L’Harmattan, Collection Mare Balticum, 2020, 118 pages, 13,50 €

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27 mai 2020

Carl Muyschel, un des trois disciples de L.H Bojanus


Les recherches que le Cercle d’histoire Alsace-Lituanie mène depuis plusieurs années sur la vie et l’œuvre scientifique du grand naturaliste L.H. Bojanus (1776-1827) l’ont conduit à s’intéresser aux élèves du savant alsacien quand il fut professeur de médecine vétérinaire et d’anatomie comparée à l’Université de Vilnius. Carl Muyschel (1799-1843), aussi orthographié Karolis Muišelis ou Karol Mujschel, fut un d’eux. Bojanus le désigna comme l’un de ses successeurs – avec Adam Ferdynand Adamowicz (1802-1881) et Fortunat Jurewicz (1801-1828) – à la chaire de l’université. Bien que Muyschel ait marqué de son empreinte l’histoire des sciences vétérinaires et de l’anatomie, il n’existe pas de biographie contemporaine de ce scientifique. Les articles biographiques le concernant datent du XIXe siècle, dont le plus complet a été écrit en polonais par Edward Ostrowski, un des élèves de Muyschel à Vilnius, devenu directeur de l’École vétérinaire de Varsovie.
Carl Muyschel est né à Riga le 22 février 1799 dans une famille germano-balte protestante. Son père s’établit ensuite en Lituanie, dans les environs de Trakai. La famille l’envoya faire ses études secondaires à Dorpat (actuellement Tartu) où il se forma sous la direction notamment de deux philologues très respectés à l’époque, Karl Ludwig Struve (1785-1838) et Friedrich Rambach (1767-1826). En 1818, Muyschel vint à Vilnius pour y étudier la médecine où il suivra notamment les cours de Bojanus. On signalera qu’à côté de ses études, il écrivit des poèmes en allemand en s’inspirant d’anciennes légendes lituaniennes. Alors qu’il achevait son cursus d’études, Bojanus lui proposa continuer sa formation en sciences vétérinaires et en zoologie. Durant cinq ans, Bojanus forma ses successeurs. Tous les jours (et parfois les nuits), il présida les dissections de divers animaux et organes. Il leur enseigna l’anatomie comparée mais aussi l’anatomie des plantes. À partir de 1823, ces trois élèves prirent le relais du maître et commencèrent à enseigner à leur tour à l’université. Muyschel prit également soin d’enrichir la collection du cabinet anatomique et zoologique de Bojanus, dont la célèbre collection de vers intestinaux. En 1829, il obtint son doctorat en soutenant une thèse sur les muscles des chevaux intitulée Synonymia myologica equini generis. Grâce à un subside de l’université, il fit un voyage scientifique à travers l’Europe qui lui permit de visiter plusieurs grands centres modèles d’élevage de chevaux et haras modèles en Allemagne (Berlin, Dresde, Munich), au Danemark, en Italie, en Suisse, en Angleterre et en Autriche. Il revint à Vilnius en 1831 où il continua à enseigner l’anatomie et la chirurgie des animaux. Il y organisait les travaux pratiques vétérinaires et participa à l’ouverture des cliniques pour animaux de l’université. Lors de ses leçons, il s’appuyait notamment sur le Cours d'hippiatrique (1772) de Philippe Etienne Lafosse (1748-1820) [illustration ci-jointe]. Il devint à cette époque membre de la Société de médecine de Vilnius. Il reçut également une importante récompense financière (1000 roubles) pour ses mérites dans la valorisation du cabinet anatomique créé par Bojanus. Il inventa plusieurs outils chirurgicaux qui furent longtemps utilisés par les vétérinaires. Quand le pouvoir tsariste décida de fermer l’université de Vilnius en 1832, Muyschel souhaita arrêter sa carrière académique et s’établir à son propre compte dans son domaine en qualité de médecin et vétérinaire. Cependant, il accepta de continuer à enseigner à l’Académie vétérinaire de Vilnius que les autorités russes avaient accepté de maintenir durant un certain temps comme école professionnelle. En 1838, il publia à Vilnius une étude sur les progrès des sciences vétérinaires durant la période 1825-1836. En 1842, quand l’Académie vétérinaire fut à son tour fermée, Muyschel décida de pratiquer à la campagne. Un an plus tard, lors d'une épidémie de typhus, il se dévoua à l’aide à la population frappée par le fléau. Il mourut de cette maladie qu’il avait sans doute contractée en portant son aide aux malades.
Pour en savoir plus : Piotr Daszkiewicz, piotr.daszkiewicz@mnhn.fr

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17 mai 2020

Funérailles d’Etat (1953)


Réalisé l'an dernier par Sergei Loznitsa, "Funérailles d'État" ("State Funeral") est un documentaire sur les funérailles de Staline. D’une durée de 2h10, le film s’appuie uniquement sur des documents d'archives – souvent inédits – filmés en URSS durant quatre jours, entre le 5 mars 1953, jour de la mort de Staline, et le 9 mars, date de l’installation de son cercueil en grands pompes dans le mausolée de Lénine sur la Place Rouge. Il donne l'impression que tout le peuple s'associe douloureusement à l'enterrement du dictateur. Les prises de vue viennent de toute l’Union soviétique, y compris de Lituanie. Présenté sans commentaires, il se veut le film-témoin précurseur de funérailles d'un chef d'État totalitaire. Il a été réalisé à partir des Archives d’État russes du cinéma (RGAFD) et avec notamment le soutien du Centre lituanien du film (LKC). Plusieurs Lituaniens ont d’ailleurs apporté leur contribution directe à la réalisation du film, tels Jonas Zagorskas pour la restauration des documents d’archives, Danielius Kokanauskis pour le montage et Jurijus Stančikas pour le travail en studio. Quant à Sergei Loznitsa, c’est un des grands réalisateurs contemporains de documentaires et de longs métrages, dont Donbass (2018), sélectionné au festival de Cannes. Né en 1964 à Baranovitchi, en Biélorussie, il fit ses études en Ukraine et est diplômé de l’université de Kiev. Il a étudié la cinématographie à Moscou. Il vit et travaille aujourd’hui en Allemagne. Son film a déjà été présenté aux festivals de Venise et de Toronto. Il est actuellement accessible en streaming sur le canal de Current Time :

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