20 janvier 2022

Vytautas Kazimieras Jonynas au croisement de l’histoire

C’est une gravure réalisée par Vytautas Kazimieras Jonynas et représentant la cathédrale de Spire et la Josephskirche qui illustre la couverture d’un ouvrage collectif consacré au retour de la science historique allemande dans la communauté des historiens (Die Rückkehr der deutschen Geschichtswissenschaft in die “Ökumene der Historiker”: Ein wissenschaftsgeschichtlicher Ansatz, R. Oldenbourg Verlag, Munich, 2008), publié à l’occasion des 50 ans de la création de l’Institut historique allemand de Paris. Dans l'introduction du livre, Ulrich Pfeil explique que la gravure avait été commandée à l’artiste lituanien par Raymond Schmittlein, responsable de la politique culturelle de la zone d’occupation française de l’Allemagne, pour illustrer le programme d’une des premières rencontres d’après-guerre entre historiens allemands et français à Spire (qui fait par ailleurs l’objet d’une contribution de Corine Defrance). Schmittlein fit la connaissance de Jonynas dans la seconde moitié des années 1930 alors qu'il était lui-même chargé de cours à l'université de Kaunas, où Jonynas enseignait les beaux-arts. À la fin de la guerre, Jonynas fuit à l'Ouest et se réfugia dans la zone d'occupation française, où il prit la direction de l'École balte des beaux-arts de Fribourg-en-Brisgau, que Schmittlein fonda à sa demande. En référence, l’auteur cite p.12 un article paru dans le numéro 8 des Cahiers Lituaniens (2007) :

Vytautas Kazimieras Jonynas : « Au croisement mondial des arts »
par Laima Bialopetravičienė, directrice adjointe du Musée des beaux-arts de Lituanie
http://www.cahiers-lituaniens.org/BIALOPETRAVICIENE-Vytautas-Kazimieras-Jonynas-au-croisement-mondial-des-arts-n-8-2007.pdf

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15 janvier 2022

Déportés en URSS. Récits d’Européens au goulag, 1939-1950

C’est en URSS, de 1939 à 1950, que plus d’un million d’Européens furent déportés à des milliers de kilomètres de chez eux dans des camps de travail ou dans des villages isolés en Sibérie ou en pleine steppe du Kazakhstan ou de l’Extrême-Orient russe. Ces déportations se firent dans des conditions effroyables et visaient de nombreux peuples d’Europe : Finlandais de Carélie, Lituaniens, Lettons, Estoniens, Polonais, Ukrainiens, Slovaques et Hongrois de Subcarpathie, Saxons et Souabes de Transylvanie, Grecs et Arméniens de Crimée, Allemands de la mer Noire et de la Volga, etc. C’est tout ce pan de l’histoire européenne, longtemps occulté et dont les responsables n'ont jamais été jugés, qui est raconté dans l’ouvrage ici en référence, à partir de témoignages récoltés par une douzaine d’auteurs qui ont sillonné toute l’Europe, la Russie et le Kazakhstan.

On y lira avec un intérêt tout particulier les témoignages de Juozas Miliautskas et de Elena Paulauskaitė-Talanina, déportés dans la région d’Irkoutsk en Sibérie (recueillis par Emilia Koustova, p. 228-243) et celui de Rimgaudas Ruzgys, déporté avec toute sa famille en Bouriatie (recueilli par Jurgita Mačiulytė, p. 251-266).

Le livre Déportés en URSS a paru initialement en 2012 aux éditions Autrement sous la direction d’Alain Blum, Marta Craveri et Valérie Nivelon. Épuisé depuis, il vient d’être réédité en 2021. Sur le site web de l’éditeur, il est possible d’écouter en langue originale et en traduction française, les témoignages recueillis des déportés interrogés par les auteurs :
https://www.autrement.com/deportes-en-urss/9782746761827

L’ouvrage prend un sens particulier aujourd’hui au moment où les autorités russes, dans leur souci de réhabiliter la période stalinienne, viennent de dissoudre l’association Mémorial, créée en 1989 avec l'aide du prix Nobel de la paix Andreï Sakharov pour assurer la préservation de la mémoire des victimes du pouvoir soviétique. Notons par ailleurs que ces mêmes autorités russes n’autorisent plus les familles lituaniennes à se rendre sur les lieux de sépulture de leurs membres décédés en Sibérie pour honorer leurs mémoires.

Signalons également trois témoignages de déportées parus dans les Cahiers Lituaniens ces dernières années.
- Celui de Aldona Graužinytė, déportée dans la région de Krasnoïarsk :
http://www.cahiers-lituaniens.org/GRAUZINYTE-MATULEVICIENE-Cinq-ans-deportation-Siberie-n-4-2003.pdf

- Celui de Vanda Juknaitė, exilée sur les rives de la mer de Laptev :
http://www.cahiers-lituaniens.org/JUKNAITE-deportes-de-Laptev-n-6-2005.pdf

- Et le récit d’Elena Žindžiuvienė-Deksnytė, également déportée dans le pays du "Dragon rouge" :
http://www.cahiers-lituaniens.org/ZINDZIUVIENE-DEKSNYTE-La-tour-blanche-n-9-2008.pdf

De nombreux autres témoignages de déportés sont par ailleurs disponibles dans les Archives Sonores des Mémoires Européennes du Goulag :
https://museum.gulagmemories.eu/fr/

 

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09 janvier 2022

Les Lituaniens vus par Emmanuel Kant

Le dernier numéro de la revue Cahiers Lituaniens (n°20, 2021) s’ouvre sur le dernier texte qu’Emmanuel Kant publia de son vivant, en 1800, en postface du dictionnaire lituanien-allemand de son ami Christian Mielcke. Dans cette courte analyse que reproduit intégralement la revue en français, le fondateur de la philosophie classique allemande évoque sa vision du caractère des Lituaniens et l’intérêt qu’il attache à la particularité de la langue lituanienne. Le texte est présenté par la linguiste Ona Aleknavičienė, chercheuse à l’Institut de la langue lituanienne à Vilnius.

Pour lire le texte de Kant et sa présentation :
http://www.cahiers-lituaniens.org/ALEKNAVICIENE-Kant-n-20-2021.pdf

Pour s’abonner à la revue Cahiers Lituaniens :
http://www.cahiers-lituaniens.org/alsace_lituanie/commande.htm

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15 décembre 2021

Cahiers Lituaniens : un numéro 20 avec Kant, Mončys, des daïnos et d’autres.

Ce 20e numéro de la revue s’ouvre sur le dernier texte qu’Emmanuel Kant publia de son vivant, en 1800, en postface du dictionnaire lituanien-allemand de son ami Christian Mielcke. Dans cette courte analyse reproduite intégralement, le fondateur de la philosophie classique allemande évoque sa vision du caractère des Lituaniens et l’intérêt qu’il attache à la particularité de la langue lituanienne. Le texte est présenté par la linguiste Ona Aleknavičienė, chercheuse à l’Institut de la langue lituanienne à Vilnius.

Quelques années plus tard, lors de la campagne de Russie de Napoléon, le chirurgien en chef de la Grande Armée, Dominique-Jean Larrey, fut de passage à Vilnius. Ce savant est aujourd’hui reconnu comme un des pionniers de la chirurgie militaire d’urgence. À Vilnius, il visita le cabinet anatomique de l’université, où il fit d’étonnantes découvertes que nous présente Piotr Daszkiewicz, historien des sciences au Muséum d’histoire naturelle de Paris.

C’est durant la première moitié de ce XIXe siècle que le médecin et professeur de l’université de Vilnius Joseph Frank rédigea ses Mémoires et les réunit à ceux de son père, Jean Pierre Frank, également médecin et célèbre à l’époque en Europe comme pionnier de la santé publique. Totalisant près de 3 500 pages, ce volumineux manuscrit constitue un remarquable témoignage historique sur les pratiques médicales et la vie sociétale et culturelle en Europe pendant près d’un siècle, entre 1745 et 1842, à travers les observations et anecdotes de ces deux médecins qui allient carrière professorale et vie errante. Écrits en français et conservés à la section des manuscrits de la Bibliothèque de l’Université de Vilnius, les Mémoires n’ont jamais été publiés dans leur version originale, alors que plusieurs chapitres ont été traduits, édités, voire réédités en plusieurs langues dont le polonais, l’allemand, l’anglais. Après le lituanien, c’est en italien que les Mémoires sont mêmes sur le point d’être intégralement publiés en cinq volumes, grâce à la persévérance de l’historien italien Giovanni Galli, qui nous présente ici le « roman » de ce texte.

En 1918, plus de six cent notables du nord de la France sont déportés vers la Lituanie par les autorités allemandes en représailles des internés alsaciens-lorrains détenus en France depuis 1914. Julien Gueslin, conservateur en charge du musée de La Contemporaine à Nanterre et historien spécialiste des pays baltes, y narre cet épisode méconnu de la Grande Guerre.

Le centenaire en 2021 de la naissance d’Antanas Mončys, sculpteur lituanien qui vécut et travailla surtout en France, est l’occasion de redécouvrir les œuvres que l’artiste laissa à la postérité, dont l’étonnant Fantôme, en couverture de ce numéro, ainsi que la « Pietà de Strasbourg », la belle et originale stèle funéraire qu’il réalisa en 1953 pour la sépulture à Strasbourg de Veronika Karvelienė-Bakšytė, la présidente des organisations féminines catholiques de Lituanie.

Comme de tradition, le numéro s’achève avec des textes de fiction. Il s’agit cette fois de cinq chants populaires traditionnels, les fameux daïnos, extraits d’un ouvrage paru en 1948 à Fribourg-en-Brisgau. Sélectionnés par la folkloriste Gražina Krivickienė, les chants sont précédés d’une introduction et d’une préface de l’ethnologue Jonas Balys et illustrés par le peintre Viktoras Petravičius.

http://www.cahiers-lituaniens.org/

 

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