
Depuis quelques semaines, une rue du nouveau quartier Danube de
Strasbourg a été baptisée du nom du philosophe d'origine lituanienne et naturalisé
français Emmanuel Levinas. Un lien particulier lie en effet le philosophe juif à la ville alsacienne.
Né en 1906 à Kaunas, Levinas reçut dès son enfance
une éducation juive traditionnelle, principalement axée sur la Torah, puis sur
le Talmud. Il poursuivit ses études secondaires au lycée de Kharkiv, en Ukraine.
C’est en 1923 qu’il vint en France, à Strasbourg, pour suivre des études de
philosophie (1923-1927). Il choisit Strasbourg d'une part pour l'appui que l'étudiant désargenté pouvait espérer de l'importante communauté juive de la ville et d'autre part pour la réputation de son université. Il fut ainsi l'élève d’éminents professeurs qui y enseignaient
à l’époque, notamment Charles Blondel, Maurice Halbwachs,
Maurice Pradines, Henri Carteron, Martial Guéroult. Il y fit la
connaissance de Maurice Blanchot. De 1928 à 1929, profitant de la proximité de
Strasbourg avec l’Allemagne, il suivit à Fribourg-en-Brisgau les cours d'Edmund
Husserl, puis de Martin Heidegger, et fit l'apprentissage de la phénoménologie.
En 1929, il participa également comme auditeur au Cours universitaire de Davos
avec de nombreux autres intellectuels français et allemands. C’est à cette
époque qu’il rédigea son court essai sur « la compréhension de la
spiritualité dans les cultures française et allemande », seul texte de
Levinas publié initialement en lituanien (revue Vairas, n°7-8, Kaunas, 1933, p.271-280 ; traduction en
français par Liudmila Edel-Matuolis parue dans Cités, n°25, PUF, Paris, 2006, p.126-137). Après avoir soutenu sa
thèse de doctorat sur la théorie de l'intuition dans la phénoménologie de
Husserl (1930), il s'établit à Paris. Il y dirigea l'École normale israélite
orientale (ENIO) pendant 35 ans, avant d’enseigner la philosophie à l’université
de Poitiers, puis de Paris-Nanterre (1967) et enfin à la Sorbonne (1973) où il
enseignera jusqu'en 1976, année de sa retraite. Il est mort en 1995 à Paris et
enterré au cimetière de Pantin.
La rue Emmanuel Levinas à Strasbourg, que
le philosophe présenta un jour comme « la ville française la plus proche de la
Lituanie », est une des deux voies en France - avec la place Emmanuel Levinas à Paris qui, elle, n'a pas de riverains - à avoir été baptisées en son honneur.
http://www.cahiers-lituaniens.org/BARANOVA-Emmanuel-Levinas-de-retour-en-Lituanie-n-7-2006.pdfLibellés : en_Alsace_2019, Juif/2, Levinas