19 novembre 2021

Passport. The Litvaks

Depuis quelques années, les Juifs originaires de l’ancien territoire du grand-duché de Lituanie suscitent un intérêt nouveau. Plusieurs ouvrages en anglais et même en français ont ainsi vu le jour depuis le retour à l’indépendance de la Lituanie. Passport. The Litvaks en faut partie. Gros et bel ouvrage en langue anglaise, c’est une initiative originale publiée sous les auspices d’une pléiade d’institutions, tant publiques que privées : ministère lituanien de la Culture, Vilna Gaon Museum, Musée national de Lituanie, Arctic Paper, etc. Le volume se compose de trois parties : les 80 premières pages sont consacrées aux témoignages d’un certain nombre de personnalités d’origine litvake, parmi lesquelles notre chère Irena Veisaite. Puis vient une présentation thématique de l’histoire et de la société litvakes (p.85-272), de la cuisine à la politique. Enfin, les dernières pages (p.276-316) présentent les témoignages d’un certain nombre d’observateurs avertis.
Yves Plasseraud

> Passport. The Litvaks. The Lithuanian Jews, yesterday, today, tomorrow. Lithuanian Identity. Post scriptum, Littera, Vilnius, 2021.

Il est possible de se procurer le livre à l’adresse suivante :
https://www.passport-journal.com/en/product/passport-journal-iii-t-anglu-k/

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09 juillet 2020

Semyon Mirsky, une voix de Radio Liberty


L’éditeur et journaliste Semyon Mirsky est mort le 30 juin 2020 à l’âge de 81 ans d’une défaillance cardiaque, dans sa maison de Meaucé en Eure-et-Loir. Né en 1939 à Stolbtsy (à l’époque en Pologne, aujourd’hui en Biélorussie) dans une famille juive de langue et culture russes, il vécut son enfance et sa jeunesse à Vilnius (Lituanie) où ses parents s’étaient installés en 1946. A 18 ans, en 1957, il fut autorisé par les autorités soviétiques à émigrer en Israël. Selon Le Monde « après un séjour dans un kibboutz et près de trois années de service militaire, il opta pour les sciences politiques à l’Université hébraïque de Jérusalem, tout en étudiant la philosophie et l’histoire de l’art. C’est en Israël qu’il commença également une carrière de journaliste radiophonique pour le service russe de la radio israélienne publique, Kol Israel. » Cette profession le conduisit en 1964 à postuler à Munich pour un poste au service russe de Radio Svoboda (Radio Liberty), la station américaine émettant vers l’Union soviétique. De 1977 à 1992, il fut rédacteur en chef du bureau de RFE/RL (Radio Free Europe / Radio Liberty) à Paris. Depuis 1990, il était conseiller éditorial de la collection « Du monde entier » chez Gallimard, en charge des littératures russe et israélienne et contribua à faire connaître en France des auteurs tels Amos Oz ou Lioudmila Oulitskaïa.

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23 avril 2020

Le Gaon de Vilna a 300 ans !


C’est le 23 avril 1720 qu’est né à Vilnius Eliahou ben Shlomo Zalman Kramer, qui deviendra célèbre dans le monde juif comme le Gaon de Vilna – le Génie de Vilnius. D’après ses partisans, il aurait manifesté très jeune des dons aussi précoces qu'extraordinaires : à trois ans, il aurait mémorisé la Bible ; à sept ans, appris le Talmud (textes fondamentaux du judaïsme rabbinique) ; à huit ans, étudié l'astronomie ; à dix ans, continué ses études sans précepteur. Après avoir parcouru les écoles talmudistes de la République des Deux Nations et du Saint-Empire, il revint à Vilnius en 1748, déjà auréolé d'une renommée considérable. Encore jeune, il reçut la visite de vénérables rabbins pour trancher de questions sur l’interprétation de la Halakha (Loi juive). Sa méthode d'étude s’appuyait d’une part sur un retour aux sources, c'est-à-dire l'analyse des textes talmudiques en référence aux méthodes de déduction, et d’autre part sur la recherche d’une synthèse entre les textes du Talmud et ceux de la Kabbale (tradition ésotérique du judaïsme). Le Gaon de Vilna est aussi connu pour son opposition au hassidisme, une nouvelle interprétation et relation à la religion juive qui déplaisait aux autorités rabbiniques établies. Il s’opposa à leurs pratiques extatiques et messianiques et les excommunia à plusieurs reprises, les définissant comme des hérétiques avec qui aucun Juif pieux ne pourrait se marier. Les partisans du Gaon allèrent jusqu'à dénoncer les hassidim aux autorités tsaristes pour  tenter de gêner le développement de leur mouvement. L'opposition du Gaon n'empêcha cependant pas l'extension rapide du hassidisme. Il est par ailleurs aussi connu pour avoir écrit plus d’une cinquantaine de traités, commentaires et livres de grammaire hébraïque qui furent publiés par ses disciples après sa mort, en 1797 (à 77 ans). Il est enterré à Vilnius. Le musée juif d’État de la ville porte son nom, ainsi qu’une rue dans l’ancien quartier juif de la capitale lituanienne.

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29 octobre 2019

Une rue Emmanuel Levinas à Strasbourg


Depuis quelques semaines, une rue du nouveau quartier Danube de Strasbourg a été baptisée du nom du philosophe d'origine lituanienne et naturalisé français Emmanuel Levinas. Un lien particulier lie en effet le philosophe juif à la ville alsacienne.
Né en 1906 à Kaunas, Levinas reçut dès son enfance une éducation juive traditionnelle, principalement axée sur la Torah, puis sur le Talmud. Il poursuivit ses études secondaires au lycée de Kharkiv, en Ukraine. C’est en 1923 qu’il vint en France, à Strasbourg, pour suivre des études de philosophie (1923-1927). Il choisit Strasbourg d'une part pour l'appui que l'étudiant désargenté pouvait espérer de l'importante communauté juive de la ville et d'autre part pour la réputation de son université. Il fut ainsi l'élève d’éminents professeurs qui y enseignaient à l’époque, notamment Charles Blondel, Maurice Halbwachs, Maurice Pradines, Henri Carteron, Martial Guéroult. Il y fit la connaissance de Maurice Blanchot. De 1928 à 1929, profitant de la proximité de Strasbourg avec l’Allemagne, il suivit à Fribourg-en-Brisgau les cours d'Edmund Husserl, puis de Martin Heidegger, et fit l'apprentissage de la phénoménologie. En 1929, il participa également comme auditeur au Cours universitaire de Davos avec de nombreux autres intellectuels français et allemands. C’est à cette époque qu’il rédigea son court essai sur « la compréhension de la spiritualité dans les cultures française et allemande », seul texte de Levinas publié initialement en lituanien (revue Vairas, n°7-8, Kaunas, 1933, p.271-280 ; traduction en français par Liudmila Edel-Matuolis parue dans Cités, n°25, PUF, Paris, 2006, p.126-137). Après avoir soutenu sa thèse de doctorat sur la théorie de l'intuition dans la phénoménologie de Husserl (1930), il s'établit à Paris. Il y dirigea l'École normale israélite orientale (ENIO) pendant 35 ans, avant d’enseigner la philosophie à l’université de Poitiers, puis de Paris-Nanterre (1967) et enfin à la Sorbonne (1973) où il enseignera jusqu'en 1976, année de sa retraite. Il est mort en 1995 à Paris et enterré au cimetière de Pantin.
La rue Emmanuel Levinas à Strasbourg, que le philosophe présenta un jour comme « la ville française la plus proche de la Lituanie », est une des deux voies en France - avec la place Emmanuel Levinas à Paris qui, elle, n'a pas de riverains - à avoir été baptisées en son honneur.
http://www.cahiers-lituaniens.org/BARANOVA-Emmanuel-Levinas-de-retour-en-Lituanie-n-7-2006.pdf

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