30 décembre 2024

Seweryn Gross, de la Lituanie insurgée au Cap de Bonne Espérance

Seweryn Gross était un propriétaire terrien à Krėpštai, près Telšiai en Samogitie, région du nord-ouest de la Lituanie. C’était un naturaliste passionné. Il participa aussi activement à l’insurrection polono-lituanienne de 1863 contre l’occupation russe en créant une unité d’insurgés connue sous le nom d’Aleksandrajtis. Composée de 400 hommes, l’unité combattit les Russes en juin dans les marais près de Draginiai, où de nombreux soldats russes périrent noyés, alors que les insurgés ne perdirent que 7 tués et 6 blessés. Après cette victoire, l'unité de Gross se dirigea vers Šiauliai, où, face à une puissante contre-offensive russe, elle se désintégra près du village de Papilė. Après cette défaite, Gross fut activement recherché par les Russes. Grâce à l’aide d’un commerçant juif, il embarqua à Liepāja sur un bateau anglais transportant du blé. Comme de nombreux réfugiés polono-lituaniens, il arriva en France via Londres.

Parallèlement, le directeur du cabinet zoologique de Varsovie Władysław Taczanowski arriva en France en 1866 pour participer à une expédition scientifique en Algérie. Pour la première fois depuis 1863, il pouvait enfin entretenir des correspondances sans la surveillance de la police et de la censure russes. Il envoya trois lettres à son compatriote naturaliste Konstanty Jelski qui explorait la Guyane française. Grâce à Konstanty Gorski, zoologiste de Varsovie originaire de Samogitie, il peut l’informer que Gross avait été engagé par la Maison Verreaux, une de plus importantes entreprises de commerce d’objets d’histoire naturelle. Les frères Verreaux avaient de nombreux collaborateurs originaires de Pologne et de Lituanie. Taczanowski écrivit que Seweryn Gross faisait partie de l’expédition en Afrique du Sud. Malheureusement, Gross s’y noya lors une chasse scientifique aux phoques, au large du Cap de Bonne Espérance. Taczanowski informa la famille de Gross de la tragédie et lui transmis de la part de Verreaux une alliance de mariage, seul souvenir de ce naturaliste.

Pour en savoir plus, contact : Piotr Daszkiewicz, du Muséum national d’histoire naturelle à Paris :
piotrdas@mnhn.fr

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15 octobre 2024

Un Protée anguillard à l’Université de Vilnius au XIXe siècle

Le Protée anguillard (Proteus anguinus), aussi appelé salamandre des grottes, est la seule espèce du genre Proteus, la seule espèce européenne de la famille des Proteidae et le seul chordé troglobie européen. Cet étrange amphibien urodèle, troglodyte, est connu depuis la fin du XVIIe siècle dans les grottes karstiques des Alpes dinariques (Slovénie). Depuis sa découverte, cet animal intéresse les naturalistes mais excite aussi la convoitise des terrariophiles. C’est sa forme étrange, rappelant à certains un corps humain très allongé, mais aussi sa biologie, sa capacité de régénération, le fait qu’adulte il garde certaines qualités de larve comme les branchies (un  phénomène appelé néoténie) et son adaptation à la vie souterraine qui depuis longtemps étonnaient des scientifiques. Déjà au XIXe siècle, l’animal fut l’objet d’élevage. La cour d’Autriche ordonna même à Gratz la construction des grottes artificielles avec cours d’eau souterraines afin d’élever et d’observer ces animaux. En France, on peut observer ces animaux dans la Grotte de Choranche, en bordure occidentale du plateau du Vercors.

Grâce à ses archives, nous savons que l’Université de Vilnius possédait un Protée anguillard. L’étrange animal fut présenté et décrit, tant par sa morphologie que par sa biologie, par le professeur d’histoire naturelle Joseph Jundzill le 15 avril 1820. Le « Protée de Vilnius » fut offert par Michał Pełka-Poliński, professeur de mathématique appliquée. Celui-ci l’a probablement rapporté d’un voyage scientifique. La présentation de Jundzill nous apprend que le professeur de la pharmacie Johann Friedrich Wolfgang élevait et observait également des protées anguillards à Vilnius à cette époque. Rappelons que l’Université de Vilnius connaissait à l’époque son âge d’or et comptait parmi les universités les plus prestigieuses d’Europe.

Pour en savoir plus, contact : Piotr Daszkiewicz, du Muséum national d’histoire naturelle à Paris :
piotrdas@mnhn.fr

 

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