12 juillet 2020

Moi, enfant-loup


À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Soviétiques envahirent la Prusse-Orientale et vidèrent brutalement le territoire de sa population allemande. C'est durant cette période de chaos que la petite Liesabeth Otto, 7 ans, perdit sa mère et sa sœur et se retrouva livrée à elle-même. Fuyant l'armée Rouge, elle échoua en Lituanie avec d'autres enfants. Vagabonds mendiant un peu de nourriture et de chaleur humaine, parfois voleurs, ils dormaient dans les granges en échange de menus travaux : on les appela " enfants-loups ". Auprès de ces familles qui l'accueillirent ou la repoussèrent, Liesabeth apprit une nouvelle langue et finit par être rebaptisée Maria Klemaitė pour effacer ses origines. En Lituanie, elle vit dans la tourmente de l’annexion soviétique, entre collectivisation et lutte entre Frères de la forêt et stribai, puis la vie dans les camps en Sibérie, au Kazakhstan, plus tard les retrouvailles en Lituanie et enfin son retour quasi-clandestin en Prusse-Orientale devenue entre-temps la région russe de Kaliningrad. Le récit autobiographique de cette femme est raconté à la première personne par la réalisatrice et auteur Ingeborg Jacobs, qui l’a rencontrée à plusieurs reprises. Depuis toujours passionnée d'histoire, Ingeborg Jacobs a consacré la majeure partie de son travail au sort des populations de l'Allemagne de l'Est après la Seconde Guerre mondiale, et reçu de nombreux prix de la télévision allemande. Publié en Allemagne en 2010 sous le titre original Wolfskind par Propyläen, le récit parut en France une première fois au Fleuve Noir en 2012 sous le titre Enfant-loup, puis chez France Loisirs dans la collection ‘Le Grand Livre du Mois’ sous le titre Moi, enfant-loup, et enfin en poche. On notera qu’en 2020 parut en France, dans la collection ‘Littérature étrangère’ chez Flammarion, un second ouvrage sur ce sujet écrit par le poète et romancier lituanien Alvydas Šlepikas et publié sous le titre À l'ombre des loups.
> Ingeborg Jacobs, Moi, enfant-loup, traduit de l’allemand par Dominique Rotermund, Univers Poche, 2012, 225 pages, 12,00 €

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10 février 2020

Poulyny, destin d’une ancienne localité du grand-duché


Étonnant est le destin de cette petite ville ukrainienne de quelque 5000 habitants qui se nomme aujourd’hui Poulyny. Étonnant mais pourtant guère plus mouvementé que nombre de localités d'Europe centrale et orientale ! Sa première mention écrite remonte au milieu du XIIe siècle : elle s’appelle alors Tchortolissy, ce qui signifie en ruthénien la Forêt du diable. Elle se trouvait sur la route de Kiev vers les terres occidentales. Au XIVe siècle, elle est rattachée au grand-duché de Lituanie puis passe aux mains de seigneurs polonais au XVIe siècle, lors de l’instauration de la République des Deux Nations. C’est en 1578 qu’elle prend le nom de Poulyny, celui d’un magnat polonais. En 1793, à l'occasion de la deuxième partition de la Pologne-Lituanie, la localité est annexée par l'Empire russe et est rattachée au district de Jytomyr dont l’emblème héraldique inclut d’ailleurs toujours le Vytis lituanien (illustration). C’est au XIXe siècle, notamment après l’abolition du servage en 1861, que ce qui n’était encore qu’un village devint une ville prospère. Des immigrants de langue allemande, venant des vallées du Danube et du Rhin, s’implantèrent à Poulyny et dans les villages environnants. Ils contribuent à y diversifier l’agriculture et à y développer l'artisanat et l'industrie. Y sont ainsi fondées des fabriques de bougies et d'allumettes et une usine de meubles, ainsi que, au début du XXe siècle, une fonderie de fer, un moulin à vapeur, deux brasseries, une fabrique de tuiles et d'objets en céramique. Après la Révolution russe et la guerre civile, le régime soviétique ne parvient à s’établir à Poulyny qu’en juin 1920. Le 20 juin 1930, elle devient le centre administratif du Rayon autonome allemand de Poulyny (Pulinski nemetski natsionalny raïon), créé par le pouvoir soviétique dans le cadre de sa politique des nationalités et qui regroupe trente selsoviets (villages). En 1934, une vague de répression s'abat sur le rayon autonome, en raison de son faible taux de collectivisation (34 %) et les familles allemandes sont accusées d’être des agents nazis. Le rayon autonome est liquidé en 1935 et les germanophones sont déportés par l’Armée rouge vers les steppes arides du Kazakhstan. La ville est rebaptisée Krasnoarmeïsk (‘Armée rouge’). Elle ne retrouvera son nom de Poulyny qu’en 2016, dans le cadre des lois de décommunisation du pays votées par la Rada d'Ukraine en 2015.

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14 juillet 2015

Les Lituaniens dans l’Allemagne occupée

Un très intéressant ouvrage collectif, intitulé « Personnes déplacées et guerre froide en Allemagne occupée », vient de paraitre ce printemps aux éditions Peter Lang sous la direction notamment de Corine Defrance (membre d’honneur d’Alsace-Lituanie). La couverture de l’ouvrage reproduit la photographie d’une jeune Lituanienne. Soigneusement mise en scène, la jeune femme, souriante et rêveuse, habillée pour l’occasion d’un impeccable costume traditionnelle, y est assise dans les décombres d’une ville allemande non identifiée. La légende publiée sous la photo, lors de sa parution en 1946, précisait : « Cette jeune Lituanienne n’est pas uns star d’Hollywood ; elle joue son rôle de ‘personne déplacée’ (DP) dans le film de la réalité. » Les auteurs de l’ouvrage précisent que, comme la ruine, le DP faisait partie du paysage de l’Allemagne de l’immédiat après-guerre. Sur le cliché, la jeune DP est photographiée seule, sans Allemands, comme indifférente à son environnement. Cela reflète les tensions qui ont pu se développer dans cette société fragmentée et délabrée qu’était l’Allemagne de ces années-là et qu’analysent les auteurs dans l’ouvrage.
http://www.peterlang.com/

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20 janvier 2013

Destin familial entre Klaipėda/Memel et Strasbourg, un témoignage de Michael Vorbeck

Ma famille est très européenne. Ma mère, Eva Vorbeck née Godlowsky (en photo avec son père Max), est née en 1909 à Klaipėda, à l’époque nommé Memel et faisant partie de la Prusse Orientale. Son père Max Godlowsky, probablement d’origine polonaise, était avocat. En tant que lieutenant de l’armée impériale allemande, il trouva la mort en 1915 près de Grodno (Bélarus). Alfred Valentin, le grand-père d’Eva, né en 1856 à Kaunas, était conseiller juridique (Justizrat) prussien, avocat et notaire. Plus tard, jusqu’à sa mort en 1936, il fut directeur du tribunal de première instance à Klaipėda. Meta Valentin née Butkus, sa femme, était probablement d’origine lituanienne. L’un des deux grands-pères de Meta Butkus était Johann Christian Kretschmer, armateur de voiliers à Klaipėda. En 1929, donc après la mort de son premier mari, tombé à Grodno, la mère d’Eva Vorbeck, Mme Gerda Godlowsky née Valentin, se remaria avec Erich Tuch, un homme d’affaires d’origine allemande, habitant Londres. Le couple s’installa à Londres et obtint la nationalité britannique en 1947. Erich Tuch avait l’habitude de venir régulièrement à Klaipėda pour acheter du bois dans les forêts lituaniennes au nom de sa compagnie Morris & Co qui fabriquait des tonneaux à whisky. Les troncs d’arbres achetés, avant leur transport par bateau, étaient stockés à l’Aschhof, un terrain près d’un petit lac à Klaipėda, derrière l’ancienne église luthérienne de Saint Jean (Johanneskirche) et la digue sur laquelle se trouve encore aujourd’hui le presbytère protestant. Ce lac était relié à la rivière Dange. En 1909, ce terrain fut vendu devant le notaire Alfred Valentin à Marie Tuch, la sœur d’Erich Tuch, également domiciliée à Londres. Au moment du rattachement du Territoire de Klaipėda à la Lituanie en 1923, ce terrain était donc en possession britannique. Actuellement, ce terrain est un parc, mais il est question d’y construire des immeubles. Max Godlowsky, le père d’Eva Vorbeck, avait un frère nommé Paul, qui était lieutenant dans l’armée prussienne et passa son service militaire – comme son frère Max et Alfred Valentin, le beau-père de Max, – à la caserne de Klaipėda, aujourd’hui transformée en université. En 1898, Paul Godlowsky était trésorier de son régiment. Un soir, il prêta six marks de la caisse à un collègue qui avait fait des dettes de jeu et qui lui promit de les rendre dès le lendemain matin. Une révision de caisse inopinée eut lieu le lendemain à 8 heures. Le réviseur constata l'absence de ces 6 marks. Paul alla dans le bureau adjoint et se tira une balle dans la tête. Un sens de l’honneur tout à fait prussien ! La croix de fer forgé sur son tombeau dans le cimetière au centre-ville de Klaipėda (transformée en parc par les Soviétiques en 1945/46) fut sauvée par un Lituanien. Aujourd’hui, on peut admirer cette croix dans la cour du musée municipal. Voilà les racines lituaniennes, polonaises et prussiennes de la famille Vorbeck ! Maintenant, parlons des relations lituaniennes du côté de mon père. Mon grand-père Adam Vorbeck (Adamas Forbekas, 1873 – 1954) était né à Aschaffenburg en Basse Franconie (Bavière). Après trois ans de lycée, il entra au service de la Cellulose de Bavière dont le siège était à Aschaffenburg. A partir de 1902, il fut chargé de s’occuper de l’achat de bois dans les forêts russes et lituaniennes, ce qui l’obligea à passer plusieurs mois par an à Saint-Pétersbourg ou à Klaipėda (Memel). Afin d’économiser le coût du transport du bois par bateau de la mer Baltique jusqu’à Aschaffenburg par le Rhin et par le Main, une unité de production avait été créée à Klaipėda dès la fin du XIXe siècle : la « Memeler Zellulose », plus tard rebaptisée « Klaipėdos Kartonas ». A la fin de la Première Guerre mondiale, les dirigeants de la société craignaient la séparation du Territoire de Klaipėda de l’Allemagne et – par conséquent – la confiscation de la Cellulose de Klaipėda comme propriété de l’ennemi. Ainsi, dès novembre 1918, les supérieurs d’Adam Vorbeck l’envoyèrent à Klaipėda avec mandat de transformer la Cellulose de Klaipėda en société anonyme indépendante, ce qu’il réussit à faire en janvier 1919. Probablement le notaire Alfred Valentin l’avait aidé dans cette mission. Maria Vorbeck née Simonis, la première épouse d’Adam Vorbeck, déjà atteinte d’un cancer, l’avait suivie à Klaipėda. En 1920, elle mourut à l’hôpital de Königsberg (aujourd’hui Kaliningrad) et fut enterrée au cimetière central de Klaipėda. L’année suivante, Adam Vorbeck se maria avec Hildegard Eckmüller, l’infirmière qu’il avait engagée pour soigner sa femme malade. Devenus citoyens lituaniens en 1923, ils vécurent à Klaipėda jusqu’à 1932. En 1932, ils achetèrent un petit château baroque à Dettenheim en Bavière et déménagèrent de Klaipėda à Dettenheim. Le maire de Dettenheim leur établit un permis de séjour en tant que citoyens lituaniens. En 1940, dans le contexte de l’annexion de la Lituanie par les Soviétiques, le couple perdit sa nationalité lituanienne. Jusqu’en 1927, Adam Vorbeck était l’un des deux directeurs de la Cellulose de Klaipėda. En 1923, l’entreprise lui avait fait construire une villa de fonction, entre le centre-ville et l’usine. Elle existe toujours et sert, bien restaurée, comme église néo-apostolique. Depuis 1919, mon père Emil Vorbeck (1899-1989), le fils unique d’Adam, était inscrit comme habitant de Klaipėda. Il fit des études à l’université de Berlin puis retourna en 1923 s'installer à Klaipėda. En 1928, il se maria avec ma mère, Eva Godlowsky, dont il avait fait connaissance en 1926, lors de la mise en scène de la comédie « Ein Glas Wasser » (« un verre d’eau ») au lycée Louise (Louisen-Gymnasium). Lors de son mariage, il avait encore son passeport lituanien. A partir de 1928, Emil et Eva s’installèrent à Potsdam où Emil travaillait comme écrivain, journaliste et poète. Suite à une maladie grave de ma mère, mes parents furent obligés de quitter Potsdam et de s’installer à Oberstaufen dans les Alpes de Bavière. En 1923, Adam Vorbeck acheta une ferme à Dovilai (Dawillen), à 24 km de Klaipėda, à laquelle était rattaché un moulin (pour lequel le roi Frédéric II de Prusse, ami de Voltaire, avait octroyé le droit au meunier de l’époque). Emil Vorbeck consacrait tout son temps à la décoration de l’intérieur de la ferme avec des papiers peints et des meubles anciens. Devant la ferme, il y avait un étang, et tout le terrain était entouré d’un joli parc. En 1927, Adam Vorbeck vendit la ferme aux frères Silbermann, deux agriculteurs juifs (qui furent obligés d’émigrer à Kaunas à cause des nazis en 1939, puis qui, plus tard, furent internés et trouvèrent la mort dans un camp de concentration). Aujourd’hui, seul le rez-de-chaussée de la ferme subsiste et tout le terrain se trouve dans un état délabré. En 1927, Adam Vorbeck quitta la Cellulose suite d’un différent avec les dirigeants. Il restait cependant à Klaipėda et entreprit une carrière politique. Il adhéra au Parti Populaire de Klaipėda (Memeler Volkspartei) et fut élu membre de la Diète (Landtag) du Territoire de Klaipėda. Par ailleurs, il accepta la vice-présidence de la Chambre de commerce et d’industrie. Plus tard, il fut nommé membre du Directoire (gouvernement) de Klaipėda, l’autorité créée sous le statut d’autonomie du territoire, une modèle d'autonomie pouvant servir encore aujourd’hui de modèle pour le Conseil de l’Europe. Au sein du Directeur, Adam Vorbeck était en charge des questions de l’agriculture, des forêts et des finances. En cette qualité, c’est lui qui accorda le permis de construire à Thomas Mann, Prix Nobel de littérature, qui voulait faire construire un chalet de vacances à Nida, sur la Neringa, dans une zone naturelle protégée. La maison de Thomas Mann est aujourd’hui un musée. Adam représentait le Territoire de Klaipėda auprès de la Ligue des Nations à Genève. Il voyageait aussi souvent à Kaunas pour des entretiens avec le Président de la Lituanie et son gouvernement. De 1920 jusqu’en 1932, la famille Vorbeck jouait un certain rôle dans la société de Klaipėda. La famille maintenait de bons contacts avec les autorités françaises (1920 – 1923), avec les notables de la ville ainsi qu’avec les fonctionnaires lituaniens qui étaient venus après le rattachement du Territoire à la Lituanie. Bien sûr, Adam se sentait bavarois, mais il servit loyalement l’Etat lituanien et refusa de soutenir les fractions qui étaient en faveur du rattachement du Territoire à la Pologne ou au Reich allemand. Plus tard, quand Adam Vorbeck se réfugia en Bavière, il put refuser d’adhérer au parti nazi sous prétexte qu’il était toujours Lituanien. Au musée historique de Klaipėda, toute une vitrine lui est consacrée. Dans les années 1920 à 1932, mon père Emil Vorbeck, toujours actif comme écrivain, écrivit de nombreux articles sur la vie à Klaipėda et dans son environnement, par exemple pour le « Memeler Dampfboot », le journal de Klaipėda, ainsi que pour plusieurs autres périodiques de langue allemande. Il mettait en scène aussi des pièces de théâtre et organisait des activités de carnaval. En ce qui me concerne, je suis né à Munich en 1935. Je passais mon enfance à Dettenheim en Bavière, dans le petit château de mon grand-père Adam. Je connaissais bien toute l’histoire de notre famille à travers les récits de mes parents, de mon grand-père Adam et de ma grand-mère anglaise, Gerda Tuch née Valentin veuve Godlowsky. Chaque année, je passais des vacances chez ma grand-mère à Londres. En 1956/57, j’y fis même des études de droit à l’University College de Londres, après avoir étudié le droit et l’administration à Cologne et à Bonn. En 1957/1958, je terminai mes études à l’université de Munich et j’y eus mon doctorat. Je devenais donc juriste comme mon grand-père inconnu Max Godlowsky et mon arrière-grand-père Alfred Valentin, mais finalement, je me retrouvais dans l’administration comme mon autre grand-père Adam. Après différents stages, je commençais ma carrière à la préfecture de la Franconie centrale, à Ansbach au mois de mai 1963. En 1964, je fus appelé au ministère de l’Education Nationale de la Bavière à Munich. En 1966, la République Fédérale d’Allemagne me fit suivre une formation spéciale pour le service international, ce qui impliquait six mois de stage au Conseil de l’Europe à Strasbourg. A partir de mars 1968 jusqu’à ma retraite en novembre 1998, je fus donc fonctionnaire international au Conseil de l’Europe, notamment comme chef de la section de la recherche et de la documentation pédagogiques et comme chef de la section de l’enseignement supérieur et de la recherche. Après le rétablissement de l’indépendance de la Lituanie, je devins membre de l’Association Alsace – Lituanie. Suite aux destructions de la Deuxième Guerre mondiale et à l’annexion soviétique qui suivit, la municipalité de Klaipėda ne disposait que de peu de documents sur la période 1920 – 1932 dans ses archives, alors que mon grand-père Adam avait rapporté avec lui, lors de son déménagement de Klaipėda à Dettenheim, tous ses dossiers et documents et les avait soigneusement gardé dans ses tiroirs. Après la reconnaissance de l’indépendance de la Lituanie en 1991, je rentrai en contact avec le Dr. Jonas Genys, le directeur du Musée historique de Klaipėda, en lui confiant tout ce dont il avait besoin en documentation et dossiers de mon grand-père. Ainsi se créa une profonde amitié entre nous. En tant que fonctionnaire du Conseil de l’Europe, j’eus plusieurs fois l’occasion d’aller en Lituanie en mission (Vilnius, Palanga et Klaipėda). En 1993, ma mère Eva Vorbeck m’accompagna pour revoir Klaipėda, la première fois depuis son départ en 1930. Elle y fut honorée comme hôte de la Ville et hébergée aux frais de la Mairie. Depuis 1993, j’ai pu visiter Klaipėda déjà cinq fois et je m’y sens comme dans ma deuxième patrie. En 2001, quand je travaillais comme conseiller spécial à la Représentation permanente de la Principauté de Liechtenstein auprès du Conseil de l’Europe, dans le contexte de la Présidence de ce pays au Conseil de l’Europe, je me trouvais lors des réunions à côté du délégué de la Lituanie (à cause du classement alphabétique des pays). Quelle coïncidence ! Quelques années plus tard, en coopération avec le Musée historique de Klaipėda, la Représentation permanente de la Lituanie et l’association Alsace-Lituanie, j’avais contribué à faire venir l’exposition « Les Français à Klaipėda (1920 – 1923) » à Strasbourg où elle fut installée au foyer du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe. Je me sens donc étroitement lié à la Lituanie. Je garde soigneusement les anciens passeports lituaniens de mon père et de mon grand-père et je possède une collection complète des timbres du Territoire de Klaipėda ainsi une collection presque complète des timbres de la Lituanie à partir de 1918. http://www.cahiers-lituaniens.org

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07 décembre 2012

Moi, enfant-loup

En 1944, l’Armée Rouge envahit la Prusse-Orientale. La petite Liesabeth échoue en Lituanie en compagnie d'autres enfants. Ces petits mendiants sont appelés les "enfants-loups". A l'âge adulte, Liesabeth, renommée Maria, sera envoyée au goulag en Sibérie. Puis, elle retrouvera sa famille. Cette héroïne embrasse son destin avec la foi de ceux qui n'ont rien à perdre et ne renoncent jamais. Les éditions Fleuve Noir viennent de publier le récit de cette orpheline allemande dans la tourmente de l'après-guerre, écrit par Ingeborg Jacobs. 2012, 277 pages, 18,50 euros. http://www.cahiers-lituaniens.org

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14 octobre 2012

Traditionnel forum culturel germano-lituanien à Hüttenfeld

Le premier week-end d’octobre s’est tenu le traditionnel forum annuel de l’Institut culturel lituanien (LKI) au château Rennhof à Hüttenfel (à 160 km au nord de Strasbourg), siège du Lycée germano-lituanien. Cette rencontre de jeunes scientifiques lituaniens et allemands, à laquelle participa Uwe Hecht au titre d’Alsace-Lituanie, proposa sur deux jours des interventions sur des thèmes aussi intéressants que variés, aux carrefours de la politique, de la religion et de l’art : la politique étrangère des petits pays (A. Paura) ; la collaboration lituanienne avec l’occupant allemand 1941-44 (Dr. Ch. Dieckmann) ; l’Église luthérienne dans le Territoire de Memel entre les deux guerres (Dr. J. Riechmann) ; la paroisse luthérienne de Kaunas 1918-40 (I. Puidokienė) ; l’aspect musical de la peinture de M. K. Čiurlionis (Dr. G. Žaidytė) ; la formation des professeurs de langues étrangères en Lituanie et en Allemagne (L. Pilipaitytė) ; les objectifs et tâches de l’Institut culturel lituanien (R. Čuplinskas). Le samedi soir se poursuivit avec un concert (chant/piano) axé sur des œuvres de M. K. Čiurlionis et fut suivi d’une réception donnée par l’ambassadeur de Lituanie en Allemagne, Mindaugas Butkus. Les interventions étaient données en allemand, mais beaucoup d’échanges se faisaient en lituanien. Il convient de souligner que ces rencontres annuelles se font en collaboration avec les associations germanophiles de Lituanie et lituanophiles d’Allemagne. Sur la photo, on distinguera la directrice du lycée Bronė Narkevičienė, le consul honoraire Wolfgang von Stetten, l’ambassadeur Mindaugas Butkus avec son épouse et le prince Ingo von Urach. http://www.cahiers-lituaniens.org

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14 avril 2012

Georg Johann Forster (1754-1794) et la fin de la République des Deux Nations

Le grand naturaliste allemand Georg Forster commença sa vie mouvementée très jeune. Dès l’âge de 11 ans, il accompagna son père, Johann Reinhold Forster (1729-1798), pasteur et naturaliste de Gdansk (Dantzig), dans une expédition au bord du fleuve Volga. Ensuite, les deux Forster se rendirent en Angleterre et participèrent au voyage autour du monde du capitaine Cook (1772-75). La publication de "A voyage toward the South Pole and Round the World" lui donna une grande renommée dans toute l’Europe. Grâce à cet ouvrage, Georg Forster est considéré comme un précurseur de la littérature moderne de voyage. Après cinq ans passés à Kassel en qualité de professeur d’histoire naturelle, il accepta la proposition de la Commission d’Education Nationale de la République des Deux Nations (l’Etat polono-lituanien) de diriger la chaire d’histoire naturelle de l’Université de Vilnius, vacante depuis le départ de Jean-Emmanuel Gilibert. Il passa trois ans en Lituanie, tout en obtenant en même temps (1785) son doctorat à l’Université de Halle. La tsarine proposa à Forster de participer à une expédition sur les côtes de l’Océan Pacifique, ce qu’il accepta et l’obligea à quitter Vilnius. Bien qu’il ne passa que trois ans en Lituanie, la science lui doit "Hortus botanicus Vilnensis" et "Diarium Faunae Floraque Vilnensis", deux oeuvres malheureusement restés à l’état de manuscrit. L’expédition ne se fit pas et Forster se rendit en Allemagne, d’abord en Goettingue, puis à Mayence. Au printemps 1790, il effectua un voyage de trois mois sur les rives du Rhin, en compagnie du jeune Alexandre de Humboldt. En 1792, alors que Mayence fut occupé par les Français, Forster, jacobin de conviction, y fut très actif dans l’administration provisoire de la République de Mayence. Il se rendit à Paris pour proposer le rattachement de cette République à la France. Considéré comme un traître et proscrit en Allemagne, il vécut comme réfugié à Paris où il resta très actif politiquement jusqu’à sa mort en 1794, intervenue suite à une pneumonie. Pendant les deux dernières années parisiennes de sa vie, il rêva encore de grandes expéditions scientifiques en Inde, en Perse et en Arabie. La lecture de ses lettres adressées principalement à sa femme Thérèse et publiées dans l’excellent ouvrage "Un révolutionnaire allemand, Georg Forster (1754-1794)", édité et traduit par Marita Gilli (Paris - Édition du CTHS, 2005), permet de constater que jusqu’à la fin de sa vie, il suivait les nouvelles de la République des Deux Nations et entretenait à Paris des contacts avec les émigrés polonais et lituaniens. Dans une lettre datée du 8 avril 1793, il écrivit "Hier, j’ai mangé avec le jeune Custine chez M. que tu as connu en Pologne et qui a épousé la belle P. Elle est à Rome et lui ici. Il y avait aussi d’autres Polonais, parmi eux une jeune princesse Lubomirska. Most a émigré en raison de la chute de la constitution du trois mai ". Dans une lettre datée du 19 mai 1793 : "Mon talent pour les langues est de toutes façons très sollicité ; car je rencontre souvent trois braves Polonais dont j’ai fait la connaissance ici ; Sulkowsky, Ma[l]iszewsky et Nagorsky qui m’aiment beaucoup Je parle un peu polonais. Tous ces gens se plaignent du traité de partage honteux lors duquel on a poussé l’impudence jusqu’à ne même pas alléguer le plus petit prétexte et jusqu’à dire tout de go : "Nous prenons parce que nous le pouvons." Le faible roi a traîtreusement livré à la Russie la Confédération à la tête de laquelle il était et qui, par la Constitution du 3 mai, lui donnait plus de pouvoir que n’en avait jamais eu un roi de Pologne avant lui. Pendant la guerre que les Polonais ont menée contre les Russes et qui a cependant coûté la vie à plus de 25 000 hommes des deux côtés, il a tout fait ce que pouvait un homme vendu à la Russie. La récompense est là ; on va vraisemblablement lui prendre, en dehors de la plus grande partie du pays que les puissance se partagent, le pouvoir sur ce qui reste. Cependant le pauvre homme a bien dû être mené par un petit brin d’honnêteté dans son comportement ; car, ce qui l’a conduit à cela a été la promesse que la Russie paierait ses dettes personnelles. L’ambitieux Félix Potocki, qui a crée la Confédération avec la protection de la Russie et humilié le pauvre roi, est maintenant également la dupe de la Russie, car il avait cru que les cours étaient altruistes et ne prendraient rien ! Maintenant, de puissant magnat polonais libre, il est devenu un simple sujet russe ; car ses biens se trouvent dans la partie russe. Dans toute la Pologne, personne n’est content. Ils se rendent compte de leurs erreurs et tout mûrit pour une révolution dès que la situation européenne en donnera l’occasion." Ces mots prouvent un grand intérêt de Forster pour la situation en République des Deux Nations. Au-delà de l’intérêt politique, c’est sans doute une nostalgie qu’il ressentait. Sa dernière phrase à ce sujet (dans la lettre du 23 juin 1793) fut : "Je peux difficilement penser à Mayence sans me mettre à pleurer, c’est aussi le cas pour Vilna." Remarquons la justesse de son analyse sur la situation politique de l’Etat polono-lituanien au moment des partages. Remarquons aussi que ses amis à Paris étaient des personnages de la grande importance. Parmi eux : Jozef Sulkowki (1773-1798), un brillant officier de la guerre contre la Russie et un insurgé, devenu chargé de mission diplomatique en Turquie par les autorités révolutionnaires à Paris et officier adjoint de Bonaparte, mort en Egypte ; Piotr Maleszewski (1767-1828), fils biologique de Michal Poniatowski, Primat de Pologne, qui fut un homme de lettres et un économiste de grande renommée. Pour en savoir plus, contact : Piotr Daszkiewicz, Muséum national d’histoire naturelle à Paris :
piotrdas@mnhn.fr

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