27 décembre 2022

Le Code Napoléon en Lituanie ?

Sujet tabou pendant les longues années d’annexion soviétique, l’application du Code civil français au XIXe siècle dans une partie de la Lituanie est un thème encore relativement peu traité, y compris par les universitaires lituaniens. Il est même presque totalement méconnu en France. C’est pourtant une des conséquences de la création en 1807 du Duché de Varsovie par l’empereur Napoléon comme État inféodé à la France et dont, à sa disparition en 1815, les territoires lituaniens situés à l’ouest du Niémen, Užnemunė en lituanien, font aujourd’hui partie intégrante de la Lituanie indépendante. Pendant cette courte période historique fut introduit le Code Napoléon qui resta applicable pendant tout le reste de ce siècle, même quand ces territoires tombèrent sous le joug russe. C’est ce que Thierry Hamon, maître de conférences en histoire du droit à l’Université de Rennes I relate et développe dans un passionnant article paru dans le dernier numéro des Cahiers Lituaniens.
Pour accéder au texte intégral de l’article :
http://www.cahiers-lituaniens.org/HAMON-Code-civil-francais-Lituanie-n-21-2022.pdf

Libellés : , ,

21 décembre 2020

Pluriculturalisme en pays balte

L’ouvrage que signe cet automne Yves Plasseraud présente l’histoire des nombreux peuples – et pas seulement baltes – qui se sont installés au fil des siècles sur les rives orientales de la mer Baltique, des origines jusqu’à nos jours, peuples que l’on apprend à redécouvrir depuis l’indépendance de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie. Ainsi, si le multiculturalisme est un phénomène récent en Europe occidentale, il est en revanche très ancien dans certains territoires de l’Europe centrale et orientale. C’est le cas avec les pays baltes où il constitue un héritage historique. Néanmoins, le nouveau contexte géopolitique voit de nouvelles menaces peser sur l’avenir de ces « petits États » de la Baltique. Le livre, complété par plusieurs annexes, est enrichi de nombreuses cartes et est abondamment illustré. Il vise à donner une approche concrète du destin de ces peuples attachants et trop méconnus, attirant de nombreux touristes.

Yves Plasseraud, docteur en droit, consultant juridique international, préside le Groupement pour les droits des minorités (GDM) depuis de nombreuses années. Pionner des études baltiques en France, il a été consultant en matière d’intégration et a enseigné le droit des minorités, notamment aux universités de Kaunas et de Vilnius. II a également publié aux Éditions Armeline L’Identité des peuples d’Europe et dirigé l’ouvrage collectif Histoire du Millénaire de la Lituanie.

> Les pays baltiques : le pluriculturalisme en héritage, Yves Plasseraud, Éditions Armeline, 2020, 554 pages, 25 €.

https://www.rue-des-livres.com/editeurs/546/armeline.html

Libellés : ,

09 mars 2020

Le Service diplomatique lituanien, une voix libre entre 1940 et 1991


Lors de la Seconde guerre mondiale, la Lituanie a été annexée par l’Union soviétique. Alors que son nom fut effacé de la carte politique mondiale et que le pays se retrouva derrière le Rideau de fer sous un joug russe jusqu'en 1991, une entité institutionnelle poursuivit la lutte pour assurer la pérennité de l’État balte : le Service diplomatique lituanien (Lietuvos diplomatinė tarnyba, ou LDT). Durant toute la période soviétique, les diplomates lituaniens continuèrent à exercer leurs activités sous la direction de l’ancien ministre des Affaires étrangères Stasys Lozoraitis (1898-1983), désigné Chef du LDT (LDŠ), puis, après sa mort, par Stasys Antanas Bačkis (1906-1999), qui ne suspendit son mandat que le 6 septembre 1991.
Sous le titre Le Service diplomatique lituanien entre 1940 et 1991, l'espoir chevillé au corps, cette extraordinaire aventure est décrite par Asta Petraitytė-Briedienė, historienne enseignant à l’université Vytautas-le-Grand à Kaunas, dans le dernier numéro de la revue Cahiers Lituaniens :

Libellés : , , , , , ,

10 février 2020

Poulyny, destin d’une ancienne localité du grand-duché


Étonnant est le destin de cette petite ville ukrainienne de quelque 5000 habitants qui se nomme aujourd’hui Poulyny. Étonnant mais pourtant guère plus mouvementé que nombre de localités d'Europe centrale et orientale ! Sa première mention écrite remonte au milieu du XIIe siècle : elle s’appelle alors Tchortolissy, ce qui signifie en ruthénien la Forêt du diable. Elle se trouvait sur la route de Kiev vers les terres occidentales. Au XIVe siècle, elle est rattachée au grand-duché de Lituanie puis passe aux mains de seigneurs polonais au XVIe siècle, lors de l’instauration de la République des Deux Nations. C’est en 1578 qu’elle prend le nom de Poulyny, celui d’un magnat polonais. En 1793, à l'occasion de la deuxième partition de la Pologne-Lituanie, la localité est annexée par l'Empire russe et est rattachée au district de Jytomyr dont l’emblème héraldique inclut d’ailleurs toujours le Vytis lituanien (illustration). C’est au XIXe siècle, notamment après l’abolition du servage en 1861, que ce qui n’était encore qu’un village devint une ville prospère. Des immigrants de langue allemande, venant des vallées du Danube et du Rhin, s’implantèrent à Poulyny et dans les villages environnants. Ils contribuent à y diversifier l’agriculture et à y développer l'artisanat et l'industrie. Y sont ainsi fondées des fabriques de bougies et d'allumettes et une usine de meubles, ainsi que, au début du XXe siècle, une fonderie de fer, un moulin à vapeur, deux brasseries, une fabrique de tuiles et d'objets en céramique. Après la Révolution russe et la guerre civile, le régime soviétique ne parvient à s’établir à Poulyny qu’en juin 1920. Le 20 juin 1930, elle devient le centre administratif du Rayon autonome allemand de Poulyny (Pulinski nemetski natsionalny raïon), créé par le pouvoir soviétique dans le cadre de sa politique des nationalités et qui regroupe trente selsoviets (villages). En 1934, une vague de répression s'abat sur le rayon autonome, en raison de son faible taux de collectivisation (34 %) et les familles allemandes sont accusées d’être des agents nazis. Le rayon autonome est liquidé en 1935 et les germanophones sont déportés par l’Armée rouge vers les steppes arides du Kazakhstan. La ville est rebaptisée Krasnoarmeïsk (‘Armée rouge’). Elle ne retrouvera son nom de Poulyny qu’en 2016, dans le cadre des lois de décommunisation du pays votées par la Rada d'Ukraine en 2015.

Libellés : , , , ,