27 octobre 2012

Les archives du KGB font sauter le web lituanien

Selon le magazine Archimag, les archives du KGB continuent de passionner les internautes lituaniens. Le site du Centre de recherche sur le génocide et la résistance à Vilnius était inaccessible à la suite de la mise en ligne de 628 nouveaux documents concernant les activités de l’organe de sécurité d’Etat soviétique entre 1945 et 1990. Ces documents révèlent que les principales activités de surveillance du KGB étaient concentrées dans la ville de Kaunas, fief des opposants au régime soviétique. Selon la commission gouvernementale chargée de révéler ces activités, 1.538 personnes ont reconnu avoir collaboré avec la police politique. "Les gens mentionnés sur les listes ne s’exposaient généralement pas. Ils travaillaient sous couvert d’autres occupations et se présentaient en tant que représentants de ministères ou d’organisations d’Etat", précise Kristina Bucinskaite, historienne du Centre. Ouvert au mois de mai 2011, le site est consulté en moyenne par 6.000 internautes par mois. Certaines associations lituaniennes de défense des droits civiques s’interrogent cependant sur cette méthode d’exposition publique qui s’apparente au dispositif médiéval du pilori. http://www.genocid.lt

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11 mars 2010

Guérilla dans les forêts de Lituanie

Jusque dans les années 50, les Soviétiques ont dû mener une longue guerre anti-partisans dans les régions "libérées" de l’Ouest, comme le rappelle un article de Christian Nekvedavicius paru dans "Junge Freiheit" (Berlin, n°4/2010), mis en ligne dans une traduction française de Robert Steuckers sur le site de Euro-Synergies. Parmi les premiers mouvements de résistance antisoviétiques dans les régions d’Europe orientale occupées par l’Armée Rouge, on compte surtout l’UPA ukrainienne, de loin la plus forte sur les plans du nombre et de l’armement. Mais le mouvement de résistance armée le plus solidement organisée fut sans conteste le "Mouvement de résistance unitaire et démocratique de Lituanie". L’organisation de ce mouvement ne fut certes pas une évidence. Pour l’observateur extérieur, tout mouvement de résistance apparaît comme un organe de combat cohérent, mené par une direction unique. En vérité, unité et cohérence sont des vertus bien difficiles à incarner dans les conditions d’illégalité et de persécution permanente. Les Lituaniens, eux, ont réussi le miracle de donner cohérence et unité à leur mouvement de résistance antisoviétique en 1947, après trois ans de travail préparatoire. La direction de leur mouvement de résistance était entre les mains d’un "Comité Supérieur pour la Libération de la Lituanie" (VLIK), dont la délégation extérieure avait son siège aux Etats-Unis et représentait simultanément les émigrés lituaniens. A l’intérieur du mouvement, les "combattants de la liberté", sous le commandement des forces armées de guérilleros, constituaient la troupe active, dont les effectifs comprenaient au départ 50.000 combattants ; à la fin de l’année 1948, on les estimait encore à 20.000. Ces forces étaient subdivisées en unités d’arrondissement et en groupes, et disposaient de juridictions militaires et de cours martiales propres. C’était comme si l’armée lituanienne du Général Vincas Vitkauskas, trahie et livrée à l’Armée Rouge le 15 juin 1940, était ressuscitée dans les forêts du pays, avec ses uniformes traditionnels, bien armée et disciplinée. Après les Lituaniens, les Allemands constituaient le groupe national le plus important dans la composition de cette armée lituanienne de libération : leur nombre est estimé à quelque 5000 hommes dont, apparemment, plus de 1000 officiers, selon l’étude d’Ingo Petersen intitulée "Die Waldwölfe. Unter baltischen Freiheitkämpfern 1947-1950" ("Les loups de la forêt – parmi les combattants baltes de la liberté 1947-1950") et publié chez K. W. Schütz à Preussich Oldendorf en 1973. Outre des volontaires allemands, on trouvait dans les rangs lituaniens des Russes et des Biélorusses. Avec les Polonais de l’Armija Krajowa, les rapports étaient mauvais car ils avaient délibérément tué des Lituaniens affirmant leur appartenance ethnique. Au cours des deux premières années de la seconde occupation soviétique, commencée à l’automne 1944, les partisans nationaux lituaniens ont déployé une activité très intense. Dans cette période, des combats de grande ampleur ont eu lieu, ainsi que des attaques armées, menées par des forces nombreuses, parfois de la taille d’un régiment complet doté d’artillerie légère. Lors de ces opérations, les Soviétiques avouent eux-mêmes avoir perdu 80.000 hommes ; les chiffres avancés par les Lituaniens sont plus impressionnants : on parle de plus de 180.000 soldats de l’Armée Rouge perdus. Presque l’entièreté des premiers effectifs d’occupation a été détruite. Résultat de cet hécatombe : les fonctionnaires soviétiques ont été saisis d’angoisse, ce qui a entraîné de nombreuses mutations et démobilisations. Dans un premier temps, les Soviétiques ont tenté de maîtriser la situation en optant pour un combat ouvert et frontal : ils ont dès lors renforcé leurs garnisons en les dotant d’unités mobiles, des commandos d’extermination relevant du NKVD. Les pertes lituaniennes, dues à l’action de ces unités spéciales soviétiques fortes de 80.000 hommes, se seraient élevées à 12.000 hommes, selon les chiffres avancés par l’Armée Rouge. Les Lituaniens, eux, estiment avoir perdu 25.000 combattants. En dépit de ces pertes énormes, et bien que l’Armée Rouge n’hésita pas à détruire d’énormes zones forestières, les Soviétiques ne parvinrent pas à briser la pugnacité des partisans lituaniens. Vu la situation, les Soviétiques décident de changer de stratégie en 1947 et d’appliquer des méthodes indirectes, plus efficaces. C’est de cette époque que date le fameux ordre que donna le Politburo au commandant en chef des troupes de sécurité soviétiques, le Général Victor Abakoumov : le Département IX de l’Armée de la Baltique devait, si les troupes d’occupation étaient mises en danger mortel, procéder à la déportation de la population civile voire à sa liquidation physique. Si, jusqu’alors, les Soviétiques ne procédaient qu’à des arrestations individuelles au sein de certaines catégories de personnes, à partir de 1947, ils commencèrent à déporter des Lituaniens en masse, surtout dans les régions où la résistance était bien ancrée comme celles autour des villes de Vilnius et Siauliai. Dans la région de Vilnius, 70.000 personnes furent déportées vers l’intérieur des terres russes, rien que pendant l’été 1948 ; le nombre total de Lituaniens déportés s’élève à 500.000 personnes, ce qui équivaut à environ 20% de la population de 1945. Simultanément, des groupes de colons russes tentèrent de s’installer dans les régions évacuées ; ils étaient bien armés et se montraient assez agressifs. Jusqu’en 1952, la résistance armée a réussi à les chasser des villages et des fermes isolées et abandonnées qu’ils occupaient. Il a fallu attendre l’ère Brejnev pour qu’un nombre appréciable de Russes puisse s’installer en Lituanie. Ces attaques violentes avaient eu de l’effet. Les Lituaniens ont été contraints, dès 1949, à modifier les buts de leurs manœuvres et à changer de tactique. Si, jusqu’alors, le principal objectif du mouvement de résistance avait été de lutter activement contre l’occupant, il devint après 1949 de protéger la population lituanienne, de maintenir intacte sa substance, gravement menacée par les mesures prises par les Soviétiques. L’organisation s’est ainsi transformée : de formation de combat qu’elle était, elle se transforma en réseau de renseignement. L’époque des grands combats était passée mais le mouvement de résistance, en prenant à son compte de nouvelles formes de combat, réussit à infiltrer jusqu’aux plus hautes instances du pouvoir soviétique et de l’Armée Rouge. Le mouvement disposait d’informations de premier plan qui lui permettait d’avertir à temps des personnes menacées et d’exercer une action dissolvante qui a contribué, en fin de compte, à mettre un terme, d’abord politique, à l’occupation soviétique. Le combat armé entre 1949 et 1953 avait pour principale caractéristique que l’occupant, qui disposait d’un potentiel quasi inépuisable d’hommes, de matériel et d’armements, devait toujours engager des troupes fraîches dans la région pour combler les pertes dues à la lutte contre la résistance lituanienne. Il n’était pas rare de voir des combats s’engager avec, d’un côté, une trentaine de partisans lituaniens, et 800 agents du NKVD, de l’autre. Dans ce type de combat, les pertes étaient souvent d’un Lituanien contre quinze voire trente agents du NKVD, comme en l’apprend en lisant les mémoires d’un Lituanien exilé, N. E. Suduvis (pseudonyme), publiées sous le titre de "Seul, tout seul – Résistance sur le littoral baltique" (New Rochelle, Etats-Unis, 1964). Moscou a dû recourir à un autre moyen : détruire les forêts de Lituanie, où se cachaient les partisans nationalistes. A plusieurs reprises, les régions forestières furent soumises à des bombardements intensifs, utilisant des bombes incendiaires réduisant en cendres d’énormes territoires boisés. Vers 1953, il restait environ 2000 partisans nationalistes lituaniens en mesure de combattre ; pour leur ôter toute base logistique, les Soviétiques déportèrent 200.000 ruraux hors du pays ; dix divisions de l’Armée Rouge durent protéger le transport de cette masse en wagons à bestiaux, pour éviter que les combattants ne les libèrent en cours de route. A la fin de cette période de combat, vers l’automne 1954, 120.000 hommes du NKVD, accompagnés de chiens pisteurs, firent littéralement la chasse aux 700 à 800 partisans qui subsistaient vaille que vaille. De plus, des agents spéciaux furent infiltrés dans les unités de partisans, avec pour mission de révéler les cachettes, afin que le NKVD puissent faire usage de gaz anesthésiants et d’autres substances toxiques contre les derniers combattants, qui résistèrent véritablement jusqu’au dernier homme. Jusque dans les années 60, les combats se poursuivirent de manière sporadique au niveau local, principalement avec la participation de petites troupes d’assaut qui frappaient des objectifs limités et précis, perpétrant des attaques ciblées et des actions de sabotage avant de disparaître sans laisser de traces. Par vengeance, le NKVD rasa des villages entiers, incendiant des maisons abritant femmes, enfants et vieillards. Souvent, les agents spéciaux du NKVD revêtaient des uniformes lituaniens et abattaient de la manière la plus bestiale des Lituaniens innocents pour mettre ces massacres sur le compte des résistants. Le 17 mars 1965, l’un des derniers combattants armés de la résistance lituanienne, Antanas Kraujelis, fut trahi et encerclé dans son abri souterrain. Sa situation était désespérée : il se tua afin d’échapper à la captivité. Le responsable de cette action, le Major du KGB Nakhman Douchanski s’est réfugié en Israël en 1989 ; il fut jugé par contumace mais l’Etat hébreu ne l’extrada pas et il mourut en exil. Le 6 juillet 1965, Pranas Koncius tombe les armes à la main. Le dernier combattant à être demeuré armé dans les forêts jusqu’en 1971 fut Benediktas Mikulis. En 1980, il fut condamné à de nombreuses années de prison. Le Commissaire du peuple à la justice de l’époque, Pranas Kuris, est devenu le juge lituanien de la Cour Européenne des Droits de l’Homme en 1994, par la grâce de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Durant l’hiver 1986, le dernier combattant lituanien de la liberté, Stasys Guiga, jamais découvert et invaincu, meurt d’une grave maladie dans une cachette secrète, poursuivi par toute une armée de sicaires.
http://euro-synergies.hautetfort.com/

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05 février 2010

L’épuration ethnique des Allemands et la Lituanie

Dans la plus grande discrétion parut en France, il y a près de dix ans, le "Livre noir de l’expulsion". Consacré à une des plus grandes tragédies du XXe siècle en Europe, l’ouvrage détaille les conditions de l’épuration ethnique des populations germanophones en Europe centrale et orientale à la fin de la Seconde Guerre mondiale, entre 1945 et 1948. Ce furent près de 18 millions d’Allemands (soit l’équivalent de la population totale des cinq pays scandinaves) vivant en Prusse-Orientale, Territoire de Memel, Poméranie, Silésie, Sudètes, Bohème, Moravie, Yougoslavie et Roumanie qui furent expulsés dans les conditions les plus brutales. Plus de 2,8 millions d’entre-eux (l’équivalent de la population de toute l’Irlande à l’époque) périrent des exactions sans nombre commis par les soldats de l’Armée rouge et les unités spéciales du NKVD ou par des civils soutenus par leur gouvernement, surtout en Tchécoslovaquie. Ces exactions ne visaient pas les seuls membres, sympathisants ou fonctionnaires du parti hitlérien mais l’ensemble des Allemands – femmes, enfants, vieillards – globalement assimilés à des nazis et rabaissés au rang de "sous-hommes" pour reprendre le terme du propagandiste soviétique Ilya Ehrenbourg. Ce plan d’expulsion et d’extermination des Allemands avait été décidé à la conférence de Yalta (février 1945), à la demande de Staline et avec l’accord des alliées anglo-saxons, et entériné à celle de Potsdam (juillet 1945). Il vida totalement de sa population germanophone (Allemands et Lituaniens germanisés) la Prusse-Orientale mais aussi le Territoire de Memel où elle était majoritaire. C’est ce qui explique que la région de Klaipeda (nom lituanien de Memel) ne retrouva son niveau de peuplement que vers les années 1980, grâce notamment à la venue d’une population originaire de Russie, qui constitue aujourd’hui près de 40% des habitants de la ville. > Heinz Nawratil, "Le Livre noir de l’expulsion", Akribeia (Saint-Genis-Laval), 2001, 336 pages, 27 euros.
http://www.cahiers-lituaniens.org/

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01 décembre 2009

Sabtajus Kalmanovicius, un Litvak tué à Moscou

Le 2 novembre dernier, Šabtajus Kalmanovičius (aussi orthographié Shabtaï Kalmanovitch ou Kalmanowitz) a été tué dans les rues de Moscou. Né à Kaunas en 1949, Kalmanovičius fut toute sa vie un homme aux activités mouvementées. En 1971, il avait pu quitter la Lituanie pour immigrer en Israël avec sa famille. Devenu citoyen israélien, il avait rejoint le parti travailliste où il obtint un poste au bureau de presse du gouvernement. C'est là qu'il commença à travailler en sous-main pour le KGB. Il devint ensuite assistant parlementaire à la Knesset et se forgea de solides amitiés avec plusieurs membres du gouvernement, dont l'ancien premier ministre Golda Meir. Selon la CIA, il fournissait à Moscou des informations secrètes américaines obtenues par les renseignements israéliens. Démasqué, il s'enfuira au Sierra Leone dans les années 1980, puis fut extradé en Israël, où il purgea cinq ans de prison avant d'être remis à la Russie en 1993. Il revint alors en Lituanie où il devint un des dirigeants du célèbre club de basket "Žalgiris" de Kaunas. A ce titre, il fut décoré de l'ordre du grand-duc Gediminas par le président lituanien Adamkus. Il mena parallèlement une activité d’entrepreneur en Russie et devint une figure de la vie mondaine moscovite. Il se créa une grosse fortune, notamment en organisant des concerts de stars mondiales comme Michael Jackson ou Liza Minelli à Moscou, et prit la tête de l'équipe de basket féminin "Spartak" de Moscou, une des meilleures du continent. "Les joueuses du Spartak étaient hébergées dans une villa somptueuse en bord de lac qui ressemblait plus à la Playboy Mansion qu'à un camp d'entraînement" note le Telegraph. Selon la police de Moscou, il était soupçonné d'avoir des liens avec la mafia russe depuis plusieurs années ce qui expliquerait le mode opératoire du meurtre. Kalmanovičius s'est fait tirer dessus à 20 reprises par un tireur non identifié alors qu'il se trouvait à l'arrière de sa Mercedes S-500. Le chauffeur du véhicule a été gravement blessé. "Kalmanovičius n'avait pratiquement aucune chance de s'en sortir" a déclaré un représentant de la police. Son corps a été rapatrié en Israël où il fut enterré.
http://www.telegraph.co.uk/

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17 novembre 2008

Le Mausolée de Lénine dynamité par un habitant de Kaunas

A l’époque soviétique, plusieurs tentatives de destruction ou de vandalisme ont été perpétrées contre le Mausolée de Lénine, cet imposant monument de granit rouge situé à Moscou sur la Place Rouge. Ces actes n’ont bien sûr jamais été révélés au public à l’époque. Grâce à l’ouverture des archives du KGB, une quinzaine ont pu être recensés entre 1934 et 1973, ce qui est un nombre assez important quand on connaît le niveau de répression que ce type d’acte déclenchait à l’encontre de son auteur et de sa famille. Les tentatives visaient surtout le bris de la vitre de protection du sarcophage de Lénine, à coup de pierre, de marteau ou d’arme à feu, et le dépôt de bombes artisanales à l’intérieur du mausolée. En 1967, c’est un habitant russophone de Kaunas, un certain Kryssanov (Krysanovas) qui se fit explosé à l’entrée du mausolée avec une ceinture bourrée d’explosifs. Selon les archives du KGB, plusieurs personnes périrent lors de cet "attentat terroriste". Leur identité n’a jamais été révélée. Cet acte n’est d’ailleurs rarement cité en Lituanie, contrairement à l’immolation par le feu de Romas Kalanta à Kaunas en 1972.
http://www.cahiers-lituaniens.org/

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10 mars 2008

La Grande Terreur et les Baltes

Il y a 70 ans, commençait en Union soviétique le plus grand massacre d’Etat jamais mis en oeuvre en Europe en temps de paix. En seize mois, d’août 1937 à novembre 1938, environ 750.000 citoyens soviétiques furent exécutés, soit près de 50.000 exécutions par mois, 1.600 par jour. La Grande Terreur – appelée Iejovschina en russe du nom du Commissaire du peuple à l’Intérieur, chef du NKVD, Nikolaï Iejov – est souvent présentée comme une attaque en règle de Staline comme les anciens dirigeants bolcheviques. En réalité, elle ne toucha qu’en partie les élites du régime, sous la forme de procès politiques à grand spectacle : les fameux Procès de Moscou. Ces évènements cachaient des opérations de masse qui visaient d’importantes couches de la société, considérées par le régime léniniste comme "ennemis du peuple" ou "éléments socialement nuisibles", ainsi que les "ennemis nationaux". Cette dernière catégorie est peu connue, hormis les actions anti-juives d’après 1945. Ainsi, une dizaine d’"opérations nationales" furent lancées par Staline et Iejov contre des minorités implantées à l’intérieur des frontières de l’URSS de l’époque, accusées d’être des "espions, des traîtres, des saboteurs, des terroristes". Entre septembre et novembre 1937, deux "opérations nationales" furent menées par le NKVD contre les Baltes : l’opération lettonne (16.600 exécutions au sein notamment des bataillons de Tirailleurs lettons ralliés au pouvoir bolchevique en 1918) et l’opération estonienne (4.700 exécutions parmi la minorité estonienne de la région de Pskov). Durant cette période, six autres "opérations nationales" ont également été menées contre d’autres minorités : l’opération polonaise (115.000 exécutions), l’opération allemande (42.000 exécutions), l’opération de Harbin (21.000 rapatriés de Mandchourie exécutés), l’opération grecque (9.500), l’opération finlandaise (5.700) et l’opération roumaine (4.000). Selon les statistiques centrales du NKVD, 247.157 personnes furent ainsi exécutées durant la Grande Terreur, après avoir été condamnées à mort par un tribunal d’exception à l’issue d’une parodie de jugement. Pour en savoir plus, cf. le livre de Nicolas Werth, Repenser la Grande Terreur, à paraître en 2008 aux éditions Gallimard.
http://www.gallimard.fr/

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27 décembre 2007

Totalitarisme : journal d’une écolière soviétique

Le Journal de Nina Lougovskaïa vient de paraître en édition de poche. Vivant dans la Russie bolchevique voisine de la Lituanie encore indépendante, Nina a 19 ans en 1937 lorsque la police secrète l'arrête avec toute sa famille. Douze ans de Goulag l'attendent dans la Kolyma, au nord-est de la Sibérie. Chef d'accusation : complot contre la vie de Staline. Pièces à conviction : trois cahiers d'écolier jugés "antisoviétiques", trouvés dans la commode de la jeune fille. De 1932 à 1936, Nina a consigné dans ce journal, depuis l'âge de quatorze ans, ses peines de coeur, le récit de ses chahuts de collégienne, ses inquiétudes d'adolescente, son amour de la littérature et de la poésie, mais aussi, et surtout : ses commentaires lucides, témoignant d'une conscience politique précoce, sur la Russie marxiste-léniniste et sur Staline. Ces cahiers seront utilisés comme document à charge contre la famille de Nina. Retrouvé soixante ans plus tard dans les archives du KGB, ce document exceptionnel, honorable pendant au Journal d'Anne Frank, constitue un outil de réflexion poignant sur le totalitarisme. > Nina Lougovskaïa, Journal d’une écolière soviétique, Pocket, Paris, 2007, 347 pages, 7,10 euros.
http://www.pocket.fr/

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06 octobre 2007

Kaunas : le musée du Neuvième Fort

A la sortie de Kaunas vers Klaipeda surgit un ensemble monumental en béton armé haut de 32 mètres. Les sentiers pavés de dalles en béton brisé amènent le visiteur dans un lieu de douleur et de mémoire : il s’agit du musée du Neuvième Fort. Avant la Première Guerre mondiale, Kaunas était une des plus puissantes forteresses de la Russie tsariste. La ville elle-même, où il était interdit de construire des maisons de plus d’un étage, n’était que son annexe. Cependant, la forteresse ne fut pas à la hauteur des attentes : en 1915, son importante garnison se rendit aux Allemands au bout de douze jours seulement. Le Neuvième Fort, le mieux conservé après l’annexion de la Lituanie par l’Union soviétique en 1940, devint une prison du NKVD, où furent enfermés, interrogés et torturés les "ennemis du peuple" du nouveau pouvoir. De 1941 à 1944, l’occupant hitlérien le transforma en usine de la mort. Les victimes, de l’ordre de 80.000 personnes, furent des opposants lituaniens, des prisonniers de guerre soviétiques, des Juifs, des Tziganes, ainsi que des victimes d’autres pays d’Europe. Rien que le 29 octobre 1941, 9.000 Juifs furent massacrés dans l’enceinte du fort. Les murs des cellules du fort, avec les inscriptions en lituanien, russe, français, italien et tchèque des condamnés, y sont restés intacts. En 1991 fut inaugurée une stèle perpétuant le souvenir des plus de 30.000 Juifs (dont 878 Juifs de France déportés par le convoi n° 73 parti de Drancy le 15 mai 1944) exécutés dans le fort.
http://www.muziejai.lt/Kaunas/Devintas_fortas.FR.HTM

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13 septembre 2007

Lituanie : un ancien chef de Yad Vashem soupçonné de crimes de guerre

Selon l’AFP, le Parquet général de Lituanie veut interroger Yitzhak Arad, 81 ans, ancien directeur du mémorial Yad Vashem de Jérusalem, qu'il soupçonne d'avoir participé à des crimes contre la population civile et les prisonniers pendant la Seconde Guerre mondiale. Selon les informations recueillies depuis le lancement de l'enquête, en mai 2006, M. Arad aurait prit part à des exécutions de résistants lituaniens en 1944, alors qu'il était membre du NKVD (nom de la police secrète soviétique sous Staline), a déclaré le procureur Rimvydas Valentukevicius. Les soupçons sont basés sur ses propres mémoires et sur les documents retrouvés par le Centre lituanien de recherche sur le génocide et la résistance. "Nous disposons de nombreux documents qui nous autorisent à penser que M. Arad avait pris part à des actes criminels", a souligné M. Valentukevicius. Yitzhak Arad a rejeté ces accusations. Né en 1926 près de Vilnius, il est l'un des historiens de l'Holocauste les plus connus et a dirigé le mémorial Yad Vashem de 1972 à 1993. Rappelons qu’il y avait avant la Seconde Guerre mondiale environ 220.000 Juifs en Lituanie, dont l'immense majorité a péri pendant l’occupation hitlérienne, avec le soutien de supplétifs lituaniens. La résistance pro-soviétique, que de nombreux Juifs avaient rejointe, a par la suite combattu, aux côtés de l'Armée rouge, les résistants lituaniens lors de l'annexion du pays par l’URSS.
http://www.genocid.lt/
http://www.afp.com/

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04 septembre 2007

La Lituanie lance un site d'archives du KGB sur les Pays baltes

Un centre de recherche historique lituanien a lancé le 3 septembre 2007 un site internet qui publie des documents du KGB. L'ancienne police secrète soviétique était active dans les trois Pays baltes pendant les cinq décennies d'annexion à l'URSS. "Notre but est de rendre les documents du KGB accessibles au grand public en Lituanie, en Lettonie et en Estonie", a expliqué à l'AFP Ricardas Cekutis, porte-parole du Centre de recherche sur la résistance et le génocide de Lituanie. Le site -www.kgbdocuments.eu- doit inclure des documents de différents départements du KGB dans les trois pays ainsi que des rapports d'informateurs. Le site présente des copies scannées des originaux qui sont en langue russe. Une majorité des archives du KGB sur la région n'est cependant pas accessible car la puissante organisation a pris le soin d’en rapatrier une partie à Moscou lorsque les Pays baltes ont regagné leur indépendance vis à vis de l'URSS en 1990-1991, pendant qu’une autre partie fut détruite sur place par les agents locaux baltes, car trop compromettante pour eux. Le site comprend aussi des analyses sur les activités du KGB rédigées par des historiens des trois pays. Il est à souhaiter que la mise à disposition de ces documents vise effectivement à un meilleure information sur cette période sombre, et non à envenimer les relations avec la Russie.
http://www.kgbdocuments.eu/

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09 juillet 2006

Nostalgie soviétique en Lituanie ?

Est-ce que les Lituaniens regrettent une certaine belle époque soviétique, celle de la LTSR, la "République socialiste soviétique de Lituanie" ? Des touristes étrangers pouraient être amenés à le penser quand un des grands producteurs lituaniens de charcuterie espère mieux vendre ses saucissons en les commercialisant sous la marque "Tarybinė" ("Soviétique" en lituanien) et que ceux-ci s’étalent dans les rayons des supermarchés lituaniens ! Ou quand le parlement de Vilnius –quinze ans après la disparition de l’URSS– vient à nouveau de choisir d'anciens fonctionnaires du Parti communiste comme président (Viktoras Muntianas) et comme Premier ministre (Gediminas Kirkilas), convertis bien entendu entre-temps tout deux aux discours euro-atlantistes ! La politique de "lustration" (épuration des cadres communistes des organes du pouvoir), entamée au lendemain du rétablissement de l'Indépendance, n'a en effet pas été menée à son terme et de nombreux anciens apparatchiks ont pu se maintenir au pouvoir, notamment à la faveur d'un nationalisme antirusse dont certains se sont fait les promoteurs. Heureusement que le Musée du KGB de Vilnius ou que le Grūto Parkas à Druskininkai rectifient auprès de ces touristes l’image d’un passé révolu et aujourd'hui rejeté par une large majorité de Lituaniens.
http://www.muziejai.lt/Vilnius/Genocido_muz.FR.htm
http://www.muziejai.lt/Druskininkai/Grutas_muz.FR.htm

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14 juin 2006

14 juin 1941 : premières déportations soviétiques en Lituanie

C’est il y a exactement 65 ans que commença la première déportation massive en Lituanie, alors que le pays venait d’être rattaché à l’Union soviétique, en violation de toutes les lois internationales. Cette mesure était appliquée aux groupes de personnes désignés comme éléments antisoviétiques socialement dangereux ou nuisibles, ainsi qu’aux membres de leur famille. Les archives du NKVD ne conservèrent aucune trace des décisions légales fondant cette déportation. Ce furent près de 23 000 personnes qui furent déportées vers la Sibérie en wagons à bestiaux (comme ceux que l'on peut voir au Grūto Parkas, près de Druskininkai), du 14 au 17 juin 1941, soit une semaine avant l’invasion allemande. Parmi elles : 5 536 personnes ayant des activités dans les partis dits bourgeois et les organisations nationalistes et antisoviétiques, 3 165 anciens grands propriétaires, industriels, commerçants et hauts fonctionnaires du gouvernement bourgeois, 1 582 hauts fonctionnaires de la police et du système pénitentiaire, 1 430 anciens officiers de l’armée lituanienne. L’écrasante majorité de ces déportés est morte durant les transferts ou durant les premiers mois de captivité. Concernant les déportations soviétiques d'après 1945, il convient de lire notamment les témoignages de deux déportées lituaniennes en Sibérie, respectivement sur les sites Diploweb et Cahiers Lituaniens.
En douze ans, de 1941 – début de l’épuration soviétique en Lituanie – à 1953 – fin de la guerre de résistance contre le pouvoir soviétique –, la Lituanie perdit près de 30 % de sa population.
http://www.diploweb.com/forum/lituanie06062.htm
http://www.cahiers-lituaniens.org/documents/index.htm

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14 mai 2006

Romas Kalanta : un 14 mai 1972, une autre époque !

Si de nombreux Européens de l’Ouest se souviennent du nom de Jan Palach, l’étudiant tchèque qui s'immola par le feu le 16 janvier 1969 pour protester contre l'occupation soviétique de son pays, rares furent ceux qui entendirent le nom de Romas Kalanta, l’étudiant lituanien qui recourut au même geste, le 14 mai 1972, dans un jardin public de Kaunas. Son geste déclancha pourtant une des premières et rares manifestations populaires contre le système communiste en Lituanie. Durant les dures années de l’annexion soviétique, Kaunas sut incarner mieux que Vilnius, l'esprit lituanien et les convictions nationales, en opposant plus que la capitale un esprit de résistance aux Soviétiques. Les obsèques de Romas Kalanta donnèrent lieu à des manifestations de jeunes qui furent durement réprimées par la Milice et le KGB. Aujourd’hui, une modeste plaque à même le sol, à l'endroit précis où Kalanta s'immola dans ce petit parc public, rappelle aux Lituaniens et aux visiteurs le souvenir de cette résistance au totalitarisme communiste et à l'annexion étrangère.
http://lt.wikipedia.org/wiki/Romas_Kalanta
http://www.cahiers-lituaniens.org/sommaire.htm

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19 mars 2006

L’incompréhension d’une certaine intelligentsia française

Vient de paraître en collection de poche le livre "Méfaits divers : journal d'un frère" de Xavier Cantat, frère du chanteur Bertrand Cantat, jugé en Lituanie en 2004 pour le meurtre de sa compagne, l’actrice Marie Trintignant, et par ailleurs connu pour ses sympathies communistes. Quelques morceaux choisis, illustrant les clichés qu’affectionne une part des intellectuels français (illustrés par la photo ci-contre du Musée du KGB de Vilnius) : "Comment accepter que les institutions d’un Etat soi-disant démocratique, la Lituanie en l’occurrence, aient accumulé autant de dysfonctionnements, d’arbitraire, d’incompétence dans un traitement judiciaire" (p.13) ; "... le désordre administratif d’une nation à peine sortie de cinquante ans de soviétisme" (p.25) ; "A la veille de son entrée dans l’Europe, il serait peut-être temps que le système judiciaire lituanien en finisse avec les scories du totalitarisme" (p.49) ; "Un policier français me confiera qu’il était atterré par les pratiques de ses collègues lituaniens" (p.53) ; "Mon frère va devoir supporter un système carcéral archaïque dénoncé par plusieurs organisations de défense des droits de l’homme" (p.54) ; "Je pars pour un pays qui me semble être au bout du monde, dont je sais qu’il est à peine sorti de l’ex-URSS, avec tout ce que cela suppose de manque d’habitude du fonctionnement de la démocratie, d’atteintes aux droits de la personne, d’incohérences administratives" (p.55) ; "… le minuscule aéroport de Vilnius…" (p.57) ; "...cette capitale mouchoir de poche..." (p.58) ; "La Lituanie nous a fièrement imposé ses incohérences policières, ses lacunes judiciaires et sa gabegie procédurière" (p.61) ; "La Lituanie nous balade. Tout est incompréhensible" (p.71) ; "Dans cette république balte à la mode chez les fossoyeurs de la culture ‘made in France’…" (p.85). L’avocat de Bertrand Cantat, le célèbre ténor du barreau de Paris Olivier Metzner, ne fut pas en reste en s’exclamant, lors du transfert de son client en France le 28 septembre 2004 : "Enfin délivré de la Lituanie !" Ces propos désobligeants font écho à d’autres. Ceux par exemple de Jean-Luc Mélanchon, sénateur socialiste de l’Essonne et champion du "non" français au référendum européen du printemps dernier, rapportés lors de l’émission "ONPP", sur France 3, le 19 juin 2005 : "Les nouveaux entrants... qu'ils aillent se faire foutre. Les Lituaniens ?... T'en connais un, toi, de Lituanien ? Moi, je n’en connais pas !" Ou même ceux du Président de la République Jacques Chirac, lors de sa conférence de presse du 17 février 2003 relative à la prise de position des Etats du "groupe de Vilnius" sur la guerre en Irak : "Concernant ces pays, honnêtement, je trouve qu’ils se sont comportés avec une certaine légèreté et qu’ils n’ont pas eu un comportement bien responsable. En tous les cas, ce n’est pas très bien élevé. Donc, je crois qu’ils ont manqué une bonne occasion de se taire." Comment s’étonner dans ces conditions que le linguiste français Claude Hagège, professeur au Collège de France, ait pu déclarer en public et sans aucune gêne, lors d’un débat à la librairie Kléber à Strasbourg le 1er mars 2006, son regret de la disparition de … l’URSS ? Son "Combat pour le français" (titre de son dernier ouvrage) doit-il être un combat contre la liberté des peuples est-européens qui se sont libérés du joug communiste ?
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18 février 2006

Histoire : le KGB et les Pays baltes 1939-1991

Comprendre les débats actuels entre la Russie et la Lituanie nécessite de revisiter l’histoire du XXe siècle. Tour à tour postes avancés de l’Occident dans sa lutte contre la Russie communiste ou forteresses soviétiques face à l’Europe, les trois Etats baltes - Lituanie, Lettonie et Estonie - font aujourd’hui partie de l’Union européenne. La lutte contre le système totalitaire communiste et son bras armé, le KGB, a fait naître dans ces sociétés des sentiments ambigus : peur de l’autre, enfermement dans un nationalisme exigeant, perte de l’esprit de compromis. Fondé sur des documents confidentiels ou ultraconfidentiels du KGB, le livre qui viennent de faire paraître l’historien David Wolff et le politologue Gaël Moullec aux Editions Belin, avec le soutien de la Fondation Robert Schuman, met en lumière les mesures et les contre-mesures utilisées pour séparer ces pays de l’Europe et de les intégrer dans le bloc soviétique.
http://www.editions-belin.com/
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