22 avril 2019

Jonas Jagėla nous a quittés !


À l’âge de 74 ans, le sculpteur lituanien Jonas Jagėla vient de décéder ce 17 avril à Vilnius. Né en 1945 à Čivai près de Kupiškis, Jonas Jagėla avait fréquenté l’école primaire de Čivonys, puis le secondaire à Skapiškis. De 1961 à 1966, il suivit les cours de l’Ecole d’art appliqué de Telšiai dans la spécialité métaux, puis, de 1966 à 1975, il étudia la sculpture à l'Académie des beaux-arts de Vilnius. Il devint membre de l'Union des artistes de Lituanie en 1983. Entre 1976 et 1979, sous la direction de Vladas Drėma, il réalisa les bustes de plusieurs célèbres professeurs de l’âge d’or de l'université de Vilnius (L.H. Bojanus, J. Frank, S.B. Jundzilas, A. Nemčiauskas, M. Poczobutt, J. Rustem, L. Stuoka-Gucevičius, P. Smuglevičius) pour la Galerie des quatorze bustes de la salle des Colonnes de l’université. Entre 1984 et 2004, il réalisa également les portraits d’autres professeurs et étudiants célèbres de l'université de Vilnius (Ž. Liauksminas, I. Onacevičius, I. Domeyko, E. Eichwald, J. P. Frank, J. Jablonskis), aujourd’hui exposés dans les couloirs du bâtiment central de l’université. À partir de 1992, il fut sollicité pour réaliser les pierres tombales de plusieurs dissidents et prisonniers politiques, écrivains et artistes, aux cimetières Antakalnis et Rasų à Vilnius, mais aussi à Kaunas, Elektrenai, Perloja. Ces dernières années, Jonas Jagėla travaillait comme sculpteur à la Division des arts du Centre de recherche sur le génocide et la résistance de Lituanie (LGGRTC). Il créa de nombreux monuments commémoratifs en hommage aux victimes de la période stalinienne en Lituanie (1944-1953), aux Lituaniens emprisonnés et torturés dans les bâtiments des structures répressives soviétiques (NKVD-MVD-MGB) ou déportés au Goulag (Carélie, Sibérie), ainsi qu’en l’honneur des enseignants, élèves et étudiants assassinés par le régime soviétique durant la période d'annexion russe (1941-1990).
Certains d’entre-nous se souviennent de lui pour l’avoir rencontré lorsqu’il était venu en France en 2016, invité par Alsace-Lituanie à prendre part au dévoilement du buste de L.H. Bojanus (un double qu’il avait réalisé à Vilnius en 1977) dans la salle du Conseil de l’hôtel de ville de Bouxwiller d’où le savant lituanien était originaire.
https://lt.wikipedia.org/wiki/Jonas_Jag%C4%97la

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15 décembre 2016

Cahiers Lituaniens : Liutkus, Ristelhueber et Domeyko au sommaire



Le numéro 15 des Cahiers Lituaniens vient de paraître. Publiée par le Cercle d’histoire Alsace-Lituanie avec le concours de la Fondation Robert Schuman et de l’Union Internationale des Alsaciens, la revue vise à mieux faire connaître les liens historiques et culturels entre la Lituanie et la France en publiant des textes inédits en français d’auteurs lituaniens et français, mais aussi polonais, biélorusses, allemands, belges ou italiens.
Si le régime soviétique issu du coup d’État bolchévique de 1917 a fasciné de nombreux intellectuels en Occident dès l’entre-deux-guerres, il a aussi inquiété les États immédiatement voisins de la Russie, y compris ceux issus de l’éclatement partiel de l’empire tsariste. Afin de mieux comprendre l’énigme que représentait ce nouveau régime atypique, un établissement de recherche et d’enseignement unique en son genre avait été créé en 1930 à Vilnius (qui avait été annexée de facto par la Pologne ces années-là) par les milieux académiques polonais : l’Institut de l’Europe Orientale de Vilnius. Alors que les années « soviétiques » d’après 1945 ont effacé l’institut de la mémoire collective, l’historien Marek Kornat le fait découvrir en ouverture de ce numéro.
La Seconde Guerre mondiale bouleversa aussi le destin personnel de deux diplomates qu’il a paru intéressant de présenter : le Français René Ristelhueber d’une part, d’origine alsacienne, qui fut le représentant de la France en Lituanie au début des années 30 et dont la carrière diplomatique s’est interrompue lors de son poste ultérieur au Canada, à cause de sa fidélité au régime qui l’avait nommé ; et le Lituanien Antanas Liutkus d’autre part, en poste à Paris à la fin des années 30 et dont la fonction disparut en même temps que l’État qui l’avait nommé, car annexé par l’URSS. L’un comme l’autre s’occupa de réfugiés après la guerre. Liutkus, dont l’autoportrait peut être admiré en couverture, mena en plus une carrière artistique qui est décrite ici par la conservatrice Elvyra Markevičiūtė.
Après avoir abordé dans les numéros précédents l’œuvre de plusieurs grands hommes de lettres lituaniens, tels Maironis et Donelaitis, ou de poètes contemporains – Artūras Valionis, Donaldas Kajokas, Marius Burokas – la revue a cette année la curiosité de se pencher sur deux ovnis littéraires qui traversèrent le monde des lettres en France dans les années 1970 en portant haut le nom – singulièrement oublié à cette époque – de « Lituanie » : La folle de Lituanie de Bertrand Poirot-Delpech (1970) et Démone en Lituanie d’Henri Guigonnat (1973). Jean-Claude Lefebvre s’attache à décrypter ces deux œuvres, par ailleurs si dissemblables.
Cette livraison s’achève avec un texte de Piotr Daszkiewicz sur les mémoires d’Ignacy Domeyko. L’article est centré sur les études parisiennes du grand minéralogiste originaire de Lituanie et sur son premier travail en Alsace, dans l’entreprise de la célèbre famille Koechlin.

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15 juillet 2015

Domeyko à la recherche de minerais de fer en Alsace

Issu de la petite noblesse de l’ancien grand-duché de Lituanie, Ignacy Domeyko (1802-1889) fut un des plus grands géologues du XIXe siècle et est considéré comme le fondateur de l'enseignement universitaire au Chili. Réfugié en France après la défaite de l’insurrection polono-lituanienne de 1831, il se distingua par ses recherches au Chili où il passa la majeure partie de sa vie. Durant son exil en France, cet ancien étudiant de l’université de Vilnius (et membre de la société secrète des Philomathes), grand ami d’Adam Mickiewicz, compléta ses études au Muséum national d’Histoire naturelle et à l’Ecole des Mines de Paris.
A deux reprises, le destin l’amena en Alsace. D’abord, en 1832, quand, sur sa route d’exil vers Paris, il passa par Strasbourg ; il laissa à cet égard quelques pages d’un témoignage intéressant. Ensuite, en 1832, quand il acheva ses études à l’Ecole des Mines.
Grâce à la recommandation de ses professeurs, il trouva en effet en juillet de cette année-là un emploi dans l’entreprise de la famille Koechlin, « de riches Alsaciens, banquiers et propriétaires d’usines ». Domeyko expliqua dans ses mémoires que la famille Koechlin venait d’acheter le domaine de Bonnefontaine en Basse-Alsace « qui valait trois ou quatre millions ». Les propriétaires cherchaient un géologue et un ingénieur afin de faire une prospection de minerais de fer, ainsi que de créer une fonderie : Je fus choisi pour ce poste d’ingénieur. Je n’avais pas une grande opinion de ma personne et c’est la première fois que je devais gagner ma vie, je n’osais pas marchander. J’acceptais donc avec joie un salaire annuel de 1200 francs. Un formidable château se dressait à Bonne Fontaine, une vie de banquiers, une excellente table et une haute société. Messieurs Köchlin m’ont accueilli très bien. Mme Köchlin, l’épouse du plus jeune, et ses enfants avaient pour moi plus de respect que pour n’importe quel autre fonctionnaire. Je commençais mon travail avec un grand enthousiasme. Dès le matin, je parcourais les forêts avec les ouvriers à la recherche de minerais et j’ai trouvé, dans divers lieux, des gisements relativement riches. Messieurs Köchlin me furent reconnaissants. Ils préparaient le plan d’établissement d’une fonderie dont je devais être un des actionnaires.
J’étais content, presque heureux, quand je travaillais dans la forêt et que je m’occupais des minerais. Cependant, je dois avouer qu’il me manquait quelque chose, au château, à table et dans les salons. Je m’ennuyais, ma nature de noble se réveilla. Toute cette politesse, la commodité, l’ordre, le bon ton, tous liés à un esprit d’économie et de comptabilité, tout cela fut pour moi le signe d’une noblesse récente. J’acceptais plus que j’aimais ce comportement. Parfois, durant les conversations à la riche table, en buvant du champagne et en goûtant de délicieux desserts, il me semblait apercevoir derrière la porte ma mère, triste comme si elle me rapprochait quelque chose. En plus, Messieurs Köchlin étaient protestants. Ils aimaient taquiner les prêtres et la vieille noblesse française malgré que Madame et son frère fussent de fervents catholiques. Les dimanches, il me fallait marcher deux lieues [environ 9 km] pour aller à la messe.
Quand l’automne est arrivé, Mme Köchlin est partie avec les enfants à Paris et les Messieurs - les deux frères - à Mulhouse pour s’occuper de leurs grandes usines. Je suis resté afin de terminer mes recherches de minerai de fer. Le froid et l’humidité dans les forêts m’ont rendu malade et mon moral se dégradait de jour en jour. Un matin, je reçus une lettre de Duvernoy [Georges Louis Duvernoy (1777-1875), professeur à la Faculté des sciences de Strasbourg, puis au Collège de France et au Muséum ; doyen de la Faculté des sciences de Strasbourg de 1832 à 1837], mon professeur de minéralogie. Il me proposa d’aller à Coquimbo au Chili et de prendre un poste de professeur de chimie et de minéralogie, avec un salaire de 1200 piastres (6000 francs) et le remboursement des frais de voyage. 
Domeyko accepta la proposition. Ces quelques phrases sont le seul témoignage connu sur le deuxième séjour de ce grand naturaliste en Alsace.
Pour en savoir plus auprès de Piotr Daszkiewicz :
piotrdas@mnhn.fr

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08 février 2015

La France et les cartes hydrographiques de Pologne-Lituanie

La fin du XVIIe siècle et la première moitié du XIXe siècle furent l’époque du développement de la cartographie hydrographique. Les cartes des cours d’eau jouèrent un important rôle non seulement pour le développement des sciences mais elles eurent aussi une haute importance militaire. L’histoire de ces cartes des territoires de l’ancienne République des Deux Nations fut fortement liée à la France car l’administration napoléonienne fut très intéressée par la cartographie. Le général Michał Sokolnicki (1760-1816), dans son Essai sur quelques moyens de délivrer l’Europe de l’influence de la Russie, et par contrecoup de celle de l’Angleterre présenta un programme du développement des routes fluviatiles et de constructions des canaux dans les buts militaires et économiques. Il y précise : "Un vaste plan de navigation intérieure, uni à un système de défense du pays et de communication routière, avait déjà été adopté par le défunt Roi de Pologne, ainsi que par les Commissions militaire et du trésor, auxquelles je le présentai au retour d’un voyage, et dont je en charge en 1791 en qualité d’ingénieur hydrographe. Ce plan devait immédiatement être soumis à la sanction de la Diète mais il fut enlevé par les Russes, avec les archives de l’Etat où il était déposé. Je l’ai réclamé par toutes les voies ministérielles, comme ma propriété intellectuelle, et n’ai pu l’obtenir jusqu’ici, malgré les soins que s’est donné à cet effet S. Ex. le comte Einsidel (…)".
En 1809, le général Jan Komarzewski (1744-1810), ancien commandant en chef de la chancellerie militaire du roi Stanislas-Auguste Poniatowski et officier de l’insurrection de 1794, édita à Paris la Carte hydrographique de Pologne : présentée au feu Roi Stanislas Auguste par Mr. le colonel de Perthées, géographe de sa Majesté, gravée sur cuivre par E. Collin. Sa légende précise : "Cette carte a été réduite d'après la grande Carte topographique inédite de Pologne, assujettie aux observations du Père Rostan, astronome distingué, et rédigée par Mr. de Perthées, sur les Plans détaillés des cantons levés dans le cours de 21 ans sous les ordres et par les soins du feu Roi". La carte fut donc préparée par Karol Herman de Perthées (1740-1815), un cartographe et naturaliste réputé en République des Deux Nations. Formé dans les écoles militaires en Prusse, il dirigea un vaste programme cartographique. Marié successivement avec les deux filles du célèbre peintre Canaletto, il déménagea à la mort de Stanislas Auguste Poniatowski, de Varsovie à Vilnius, toujours en s’occupant de cartographie et d’entomologie.
Cette histoire de la cartographie hydrographique ne serait pas complète sans la mention de la  Carte hydrographique de la Pologne, publiée en 1838 à Paris par Ignacy Domeyko (1802-1889), une des premières cartes préparées par le célèbre géologue.
Pour en savoir plus, contacter Piotr Daszkiewicz :
piotrdas@mnhn.fr

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20 décembre 2013

Cahiers Lituaniens : Moncys et Milosz à l'honneur

Le 12e numéro des Cahiers Lituaniens vient de paraître. Publiée avec le concours de la Fondation Robert Schuman et de l’Union Internationale des Alsaciens, la revue vise à mieux faire connaître les liens historiques et culturels entre la Lituanie et la France – et plus particulièrement l’Alsace – en publiant des textes inédits en français d’auteurs lituaniens et français, mais aussi polonais, biélorusses, allemands, belges ou italiens. Le thème du voyage et de l’émigration en France est dominant dans ce numéro. Voyage au XIXe siècle, notamment en Lorraine et en Alsace, à travers les notes de prélats tels que Franciszek Bohusz, Ludwig Rhesa ou Kajetonas Nezabitauskis, ainsi que du naturaliste Ignacy Domeyko ou du comte Konstanty Tyszkiewicz. Emigration choisie pour le poète Oscar Milosz ou émigration forcée pour les comtes Szymon et Michał Zabiełło, Antoni Tyzenhauz, Michał Jan Pac. Exil enfin au XXe siècle pour le sculpteur et peintre Antanas Mončys à Paris – dont plusieurs œuvres illustrent ce cahier – et pour l’écrivain et poète vilnois Czesław Miłosz, prix Nobel de littérature, qui consacra au petit village alsacien de Mittelbergheim un poème éponyme. Parmi les curiosités de ce numéro, le lecteur trouvera un article sur le testament de Louis-Henri Bojanus (1776-1827), savant naturaliste originaire de Bouxwiller et professeur à l’université de Vilnius pendant près de deux décennies au début du XIXe siècle. Conservé aux Archives d’Etat de Hesse à Darmstadt, ce texte se révèle une précieuse contribution à l’histoire des sciences naturelles. Le cahier s’achève avec plusieurs poèmes en lituanien, avec leur traduction française, d’un poète de la nouvelle génération, Marius Burokas, lauréat du Prix des „Porteurs de livres“, ainsi qu’une correspondance entre Romain Rolland et Nikolai Worobiow – entre Genève et Kaunas – relative à Mikalojus Konstantinas Čiurlionis, l’artiste si emblématique pour la Lituanie. http://www.cahiers-lituaniens.org

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