15 juillet 2015

Domeyko à la recherche de minerais de fer en Alsace

Issu de la petite noblesse de l’ancien grand-duché de Lituanie, Ignacy Domeyko (1802-1889) fut un des plus grands géologues du XIXe siècle et est considéré comme le fondateur de l'enseignement universitaire au Chili. Réfugié en France après la défaite de l’insurrection polono-lituanienne de 1831, il se distingua par ses recherches au Chili où il passa la majeure partie de sa vie. Durant son exil en France, cet ancien étudiant de l’université de Vilnius (et membre de la société secrète des Philomathes), grand ami d’Adam Mickiewicz, compléta ses études au Muséum national d’Histoire naturelle et à l’Ecole des Mines de Paris.
A deux reprises, le destin l’amena en Alsace. D’abord, en 1832, quand, sur sa route d’exil vers Paris, il passa par Strasbourg ; il laissa à cet égard quelques pages d’un témoignage intéressant. Ensuite, en 1832, quand il acheva ses études à l’Ecole des Mines.
Grâce à la recommandation de ses professeurs, il trouva en effet en juillet de cette année-là un emploi dans l’entreprise de la famille Koechlin, « de riches Alsaciens, banquiers et propriétaires d’usines ». Domeyko expliqua dans ses mémoires que la famille Koechlin venait d’acheter le domaine de Bonnefontaine en Basse-Alsace « qui valait trois ou quatre millions ». Les propriétaires cherchaient un géologue et un ingénieur afin de faire une prospection de minerais de fer, ainsi que de créer une fonderie : Je fus choisi pour ce poste d’ingénieur. Je n’avais pas une grande opinion de ma personne et c’est la première fois que je devais gagner ma vie, je n’osais pas marchander. J’acceptais donc avec joie un salaire annuel de 1200 francs. Un formidable château se dressait à Bonne Fontaine, une vie de banquiers, une excellente table et une haute société. Messieurs Köchlin m’ont accueilli très bien. Mme Köchlin, l’épouse du plus jeune, et ses enfants avaient pour moi plus de respect que pour n’importe quel autre fonctionnaire. Je commençais mon travail avec un grand enthousiasme. Dès le matin, je parcourais les forêts avec les ouvriers à la recherche de minerais et j’ai trouvé, dans divers lieux, des gisements relativement riches. Messieurs Köchlin me furent reconnaissants. Ils préparaient le plan d’établissement d’une fonderie dont je devais être un des actionnaires.
J’étais content, presque heureux, quand je travaillais dans la forêt et que je m’occupais des minerais. Cependant, je dois avouer qu’il me manquait quelque chose, au château, à table et dans les salons. Je m’ennuyais, ma nature de noble se réveilla. Toute cette politesse, la commodité, l’ordre, le bon ton, tous liés à un esprit d’économie et de comptabilité, tout cela fut pour moi le signe d’une noblesse récente. J’acceptais plus que j’aimais ce comportement. Parfois, durant les conversations à la riche table, en buvant du champagne et en goûtant de délicieux desserts, il me semblait apercevoir derrière la porte ma mère, triste comme si elle me rapprochait quelque chose. En plus, Messieurs Köchlin étaient protestants. Ils aimaient taquiner les prêtres et la vieille noblesse française malgré que Madame et son frère fussent de fervents catholiques. Les dimanches, il me fallait marcher deux lieues [environ 9 km] pour aller à la messe.
Quand l’automne est arrivé, Mme Köchlin est partie avec les enfants à Paris et les Messieurs - les deux frères - à Mulhouse pour s’occuper de leurs grandes usines. Je suis resté afin de terminer mes recherches de minerai de fer. Le froid et l’humidité dans les forêts m’ont rendu malade et mon moral se dégradait de jour en jour. Un matin, je reçus une lettre de Duvernoy [Georges Louis Duvernoy (1777-1875), professeur à la Faculté des sciences de Strasbourg, puis au Collège de France et au Muséum ; doyen de la Faculté des sciences de Strasbourg de 1832 à 1837], mon professeur de minéralogie. Il me proposa d’aller à Coquimbo au Chili et de prendre un poste de professeur de chimie et de minéralogie, avec un salaire de 1200 piastres (6000 francs) et le remboursement des frais de voyage. 
Domeyko accepta la proposition. Ces quelques phrases sont le seul témoignage connu sur le deuxième séjour de ce grand naturaliste en Alsace.
Pour en savoir plus auprès de Piotr Daszkiewicz :
piotrdas@mnhn.fr

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04 juin 2015

Georges Cuvier, membre d’honneur de l’Université de Vilnius

En juin 1806, l’Université de Vilnius honora le grand paléontologue français Georges Cuvier (1769-1832) d’un titre de membre honoraire. Le diplôme est aujourd’hui conservé dans la section des archives du savant que détient l’Institut de France. Suivant l’habitude de l’époque, il est écrit en latin. Il porte plusieurs signatures : celles de Hieronymus Stroynowski (1752-1815), recteur de l’université et aussi dignitaire de l’église « Electus Episcopus Coadjutor Luceoriensis et Żytomiriensis Praelatus Scholasticus Cathedralis Vilnensis Eques Ordinis Seti. Stanislai Theologiae et Junis Utriusque Doctor », de Simon Malewski (1759-1832), professeur de droit et physiocrate, et de Josephus Mickiewicz (1744-1817) professeur de physique, prêtre « Canonicus Cathedralis Samogitiensis », mais également oncle paternel et, plus tard, mentor du jeune Adam Mickiewicz à Vilnius. L’inscription sur le diplôme rappelle la célébrité de Cuvier et ses fonctions de professeur d’anatomie, de secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences de France, ainsi que de membre de la « Societatis Scientiarum Regiae Londinensis » et de « plurium academiarum ». L’aigle bicéphale des Romanov sur le sceau universitaire témoigne la triste période de l’annexion de la Lituanie à la Russie. Ce précieux document témoigne la notoriété de Cuvier en Lituanie et des liens de l’Université de Vilnius avec les institutions scientifiques françaises au début du XIXe siècle.
Pour en savoir plus, contacter Piotr Daszkiewicz :
piotrdas@mnhn.fr

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13 juin 2014

Pan Tadeusz en scène à Paris

Publié à Paris en 1834, Pan Tadeusz est une des épopées les plus remarquables de la littérature mondiale, évocation de la patrie perdue d’Adam Mickiewicz, grand poète polono-lituanien. L’écrivain y décrit des scènes prises sur le vif de la société et en particulier la vie de la noblesse avec l'évolution de ses traditions et usages immémoriaux. En juin 1812, Napoléon marche sur Moscou et franchit le Niémen. Deux familles s'affrontent, l'une alliée aux Russes, l'autre indépendantiste.
Né à Novogrodek, aujourd’hui en Biélorussie, Adam Mickiewicz fit ses études à l’université de Vilnius, puis dut s’exiler en France où il se réfugia et enseigna au Collège de France. Il séjourna aussi en Russie où il sa lie d’amitié avec le grand poète russe, Alexandre Pouchkine. Il ne cessa cependant de songer à sa «Litwa» tant aimée. Patriote fervent, il enchanta la beauté de ses terres natales et la gloire de son peuple. Parler de Mickiewicz, c'est parler du beau, du juste et du vrai. Nommé «prophète» par Victor Hugo, il demeura pour ce dernier «un des clairons de l'avenir».
Pan Tadeusz de Mikalaj Pinihin est la première adaptation de ce grand poème épique au théâtre biélorusse. «J’ai longtemps rêvé de réaliser ce projet car ce poème romantique par excellence est aussi emblématique pour nous que «Guerre et Paix» de Tolstoï pour les Russes», explique Mikalaj Pinihin, célèbre metteur en scène biélorusse. Représentation le 18 juin 2014 par le Théâtre National Biélorusse Yanka Kupala à la MC93, 9 boulevard Lénine à Bobigny.
http://www.mc93.com/

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06 janvier 2014

Correspondance du biologiste Edward Janczewski (1846-1918) avec les Français Edouard Bornet et Joseph Decaisne

Edward Janczewski (Edvardas Jančevskis) est né en 1846 à Blinstrubiszki (Blinstrubiškiai), près de Raseiniai en Samogitie. Après avoir terminé le lycée à Vilnius, il continua ses études à Cracovie et à Saint-Pétersbourg. En 1872, il obtint son doctorat à l’université de Halle où il étudia sous la direction d’Anton de Bary (1831-1888), pionnier dans l’étude des algues et futur professeur et recteur de l’université de Strasbourg. Janczewski collabora avec de Bary jusqu’à la mort de ce grand botaniste allemand. Son intérêt pour la biologie des algues est à l’origine d’une longue amitié avec Edouard Bornet (1828-1911), grand algologue français.
Les travaux sur les algues maritimes, leur systématique, leur biologie et leur reproduction, les expériences génétiques sur les anémones - menées avant la redécouverte des travaux de Mendel -, sa ”Monographie des groseilles” et ses travaux sur l’anatomie et la physiologie des racines placent Janczewski au rang des plus importants botanistes de l’Europe centrale de l’époque. Il fut membre de diverses sociétés savantes et recteur de l’université Jagellonne de Cracovie. Marié à Jadwiga Szetkiewicz (1856-1941), Janczewski était le beau-frère de l’écrivain Henryk Sienkiewicz, prix Nobel de littérature en 1905. Il s’intéressait d’ailleurs vivement à la littérature : sa famille entretenait des relations amicales avec Maironis, et gardait aussi précieusement qu’une relique un portrait du grand poète Adam Mickiewicz, peint par Walenty Wańkowicz.
Francophone et francophile, Janczewski avait de nombreux liens avec la France. C’est à Cherbourg et à Antibes qu’il chercha les algues pour ses études. Il travailla sur l’herbier du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris. Il publia une grande partie de ses articles dans les revues scientifiques françaises. Il équipa son laboratoire à Cracovie en appareils achetés à Paris et surtout en microscopes de Nachet.
La bibliothèque botanique du Muséum à Paris et l’Institut de France conservent une riche collection de lettres de Janczewski, principalement adressées à Bornet et à Descaisne. Une grande majorité des lettres traitent de ses recherches, et plus particulièrement sur les algues, la physiologie des racines et l’hérédité des plantes.
Sujet de l’Empire austro-hongrois, Janczewski garda des liens avec la Lituanie. Il passait toutes ses vacances dans les biens de sa famille. Fils d’un philarète et prisonnier politique, il évoquait parfois dans ses lettres des sujets politiques. Le 22 juin 1887, il écrivit de Cracovie à Bornet : ”Vous connaissez peut-être la nouvelle mesure du gouvernement russe qui supprime le droit d’héritier de biens immeubles situés dans les provinces polonaises à tous les sujets étrangers. Cela équivaut presque à la confiscation. Ainsi qu’une foule de mes concitoyens, je suis bien atteint par cette mesure barbare car le bien de ma mère est situé en Lituanie”. Les évènements de 1905 trouvèrent écho dans ses lettres ; il écrivit le 20 avril 1905 : “Vous lisez bien les journaux et vous trouverez au courant des évènements dans l’empire des Tsars qui nous touchent de si près. Peut-être que le joug sous lequel nous avons vécu plus d’un siècle deviendra plus supportable, car dans la société indépendante russe se font déjà entendre des voix que la justice nous doit être faite, bien que cela ne conviendrait nullement aux Prussiens. Quelle tournure prendra la révolution en Russie, accomplie dans les esprits des classes civilisée, c’est aussi difficile de prévoir comme l’été, il y a un an, les résultats de la guerre et leurs conséquences”. Il perdit pourtant rapidement espoir et écrivit le 21 décembre 1905 : ”Vous comprenez bien que nous vivons depuis un an dans un état de surexcitation, entre deux terrorismes, l’un moscovite tsariste, l’autre révolutionnaire socialiste, et attendons toujours l’amélioration de nos destinés, en tremblant tous les jours pour tout et tous qui nous sont chers”.
Cette correspondance met aussi en évidence son grand mérite pour l’horticulture en Lituanie, qui lui doit l’introduction de nombreuses variétés de tulipes, glaïeuls, jacinthes, lys et fraisiers. Dans une lettre adressée à Joseph Decaisne (1807-1882) - à l’époque responsable du service des cultures au Muséum de Paris - et datée du 11 février 1879, Janczewski demanda à ce que lui soit envoyé ”au docteur Switzyn à Kowno” douze variétés de poires, sept de pommes, quatre de prunes et deux de cerises afin de les acclimater dans les biens de sa famille. Pour en savoir plus : Piotr Daszkiewicz, Muséum national d’Histoire naturelle à Paris :
piotrdas@mnhn.fr

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01 avril 2013

En Lituanie, le pays de l’âme

Le n°52 des Cahiers de l'association Les Amis de Milosz vient de paraître aux éditions L’Harmattan. Dirigée par Janine Kohler, la revue propose comme à chaque année une moisson d’articles relatifs à Oscar Milosz (1889-1939), le poète lituanien d’expression française. Sous le titre générique "En Lituanie, le pays de l’âme", ce numéro de la revue offre notamment une très intéressante série de textes associant Milosz au peintre Kazys Šimonis, à son cousin Prix Nobel Czeslaw Milosz et au grand poète Adam Mickiewicz. Il nous plonge également dans la région natale du poète, celle de Czereïa dans la Lituanie historique, aujourd’hui en Biélorussie. L’Harmattan, 2013, 166 pages, 15 euros.

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19 octobre 2012

Colloque franco-polono-lituanien d'érudits à Brest

Du 18 au 19 octobre s’est tenu à Brest le colloque international "Correspondances d’érudits entre Pologne, Lituanie et France aux XVIIIe et XIXe siècles". Organisée par le Centre d’étude des correspondances de l’Université de Bretagne Occidentale à l’initiative du professeur Marie-France de Palacio, cette très intéressante rencontre académique a réuni une vingtaine d’experts et d'auditeurs venus d’Avignon, Brest, Cracovie, Kaunas, Leiden, Paris, Strasbourg, Varsovie et Wroclaw autour du thème des correspondances littéraires ou scientifiques de personnages au noms célèbres ou moins connus de Bernard de Saint-Pierre, Custine, Romain Rolland, Czartoryski, Chodzko, Ciurlionis, Mickiewicz, Lelewel, Voltaire, Rousseau, Wiklinski, Radziwill, Chojecki, Goncourt, Borch, Forster, Guettard, Gilibert, Graffenauer, Cuvier ou Bojanus. Les actes du colloque feront prochainement l’objet d’une publication. http://www.univ-brest.fr/ccji

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20 février 2011

Le célèbre poète lituanien Justinas Marcinkevicius n’est plus !

La Lituanie toute entière rend aujourd’hui hommage au célèbre poète et dramaturge lituanien Justinas Marcinkevičius, décédé à l’âge de quatre-vingts ans le 16 février, le jour de la commémoration de l'indépendance du pays. Hospitalisé depuis décembre dernier en raison d'une commotion cérébrale, il avait subi une opération des vertèbres cervicales avec succès avant que son état ne se dégrade. Né le 10 mars 1930 à Važatkiemis (district de Prienai dans la région de Kaunas), il sort diplômé de la faculté d'histoire et de philologie de l'Université de Vilnius en 1954, spécialisé dans la langue et la littérature lituaniennes. Il travaille ensuite pour les journaux Genys (Pic) puis Pergalė (Victoire). De 1959 à 1965, il est secrétaire puis vice-président de l'Union des écrivains de Lituanie, avant de se consacrer à l'écriture en tant que professionnel. Dès 1988 et la création du mouvement nationaliste Sąjūdis, il rejoint cette formation menée par Vytautas Landsbergis, le "père de l'indépendance" de la Lituanie. Justinas Marcinkevičius devient par la suite membre de l'Académie des sciences de Lituanie. Il promeut activement la création littéraire et artistique du pays, tout en continuant lui-même, et jusqu’à sa mort, d’écrire des poèmes de style romantique et moderne. Il sait en effet allier deux styles, l’un plus proche de la tradition romantique, tandis que le second se révèle plutôt avant-gardiste. Ses thèmes de prédilection sont la beauté naturelle du pays, la vie dans les campagnes et les traditions agricoles anciennes, la relation de l'homme avec la nature, mais aussi l'identité culturelle de la nation qu'il défend avec passion malgré les conditions difficiles de travail au cours de la période soviétique. Il emploie et maîtrise parfaitement la métaphore, l'allusion et le double-sens à travers le champ lexical de la nature, omniprésente dans ses œuvres. Il introduit dans ses textes des idées humanistes et s'interroge sur le développement de l'homme et de la société qui l'entoure, s’opposant en cela au réalisme socialiste. "Nous n'aurons sans doute pas notre pain quotidien, mais nous aurons toujours la patrie", écrit-il. Il a également fait œuvre de traducteur. Ainsi, on lui doit en lituanien certaines œuvres d’Adam Mickiewicz et d’Alexandre Pouchkine notamment, ainsi que l'épopée nationale finlandaise Kalevala. Il a été récompensé à plusieurs reprises pour ses travaux: il a ainsi reçu, notamment, le Prix d'État de la RSS de Lituanie (LTSR valstybinė premija) en 1957 et 1969, le Prix national de la culture et des arts (Nacionalinė kultūros ir meno premija) le 16 février 2001, décerné par le ministre de la Culture le jour de la Fête nationale, ainsi que le Prix national de la culture (Kultūros pažangos premija) le 18 mai 2008.
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27 juin 2010

Pourquoi aucun Lituanien ne se prénomme Philippe ?

En Lituanie, le prénom Philippe (Pilypas) fait souvent sourire. En effet, quand une personne divague en public ou s’emballe lors d’une conversation, il y est courant de dire qu’il est "kaip Pilypas iš kanapių" (littéralement : "comme un Philippe de chanvre [ou de canabis]"). Si la plupart des Lituaniens ne connaissent pas précisément l’origine de l’expression, c’est peut-être parce qu’il faut en chercher l’origine bien loin dans l’histoire commune du pays avec la Pologne, à l’époque de la Rzeczpospolita (XVIe-XVIIIe siècles). D’ailleurs, l’expression est aussi utilisée par les Polonais ("Filip z Konopi"), comme le montre le dessin humoristique polonais ci-contre. Le grand poète lituanien d’expression polonaise Adam Mickiewicz (1798-1855) en donne l’explication dans son œuvre magistrale "Pan Tadeusz" ("Messire Thadée", 1834), en marge de la ligne 396 du chant V : Un jour, à la Diète, Filip, nonce du village héréditaire de Konopie, ayant pris la parole, s'écarta tellement du sujet qu'il suscita un rire général à la Chambre. C'est de là que vient le proverbe : "Il s'emballe comme Filip de Konopie". Cependant, d'autres auteurs polonais, tels que Joszef Tomasz Rostafinski, estiment que le proverbe est plus ancien et viendrait des populations rurales de Ruthénie (Biélorussie aujourd'hui). Pour les paysans ruthènes, le prénom Philippe n'était pas celui d'un gentilhomme mais celui du lièvre qui se cache souvent dans les champs de chanvre où, effrayé par quelque chose, il bondit soudain et zigzague à travers ces champs. Le chanvre était à l'époque largement cultivé dans tout le grand-duché. L'expression désignait donc le fait de faire sortir, de faire chasser quelqu'un comme "Filip z konopi".
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18 avril 2010

Nowogrodek, l’ancienne capitale du roi Mindaugas

Selon la Chronique d'Ipatiev, c’est au château de Nowogrodek qu’en 1252 Mindaugas et son épouse Martha furent baptisés selon le rite latin. Et c’est toujours dans cette ville, un an plus tard, en 1253, que Mindaugas fut couronné roi de Lituanie. Nowogrodek fut donc sa résidence et à ce titre la véritable capitale de la Lituanie, avant qu’un des successeurs de Mindaugas, Gediminas, ne choisisse le site de Vilnius pour ville-siège. Entre-temps, en 1260, Mindaugas revint au paganisme et le royaume redevint un grand-duché. Selon la légende, pour commémorer le règne du roi Mindaugas, ce dernier aurait été enseveli assis sur un trône d'or sous la colline du château qui porte son nom. Aujourd’hui, Nowogrodek (Navahroudak en biélorusse, Novogroudok en russe, Naugardukas en lituanien) est une ville de 30.000 habitants située en Biélorussie, à 132 km à l'est de Grodno. Elle est aussi célèbre comme lieu de naissance, en 1798, du plus grand poète lituanien d’expression polonaise, Adam Mickiewicz. Y subsiste toujours les ruines du château de Mindaugas (gravure du XIXe siècle par Napoléon Orda).
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29 septembre 2009

Juliusz Slowacki, 200e anniversaire de la naissance du grand poète

C’est en septembre 1809 qu’est né à Kremenets, dans l’ancien grand-duché de Lituanie (Kremenecas en lituanien, Krzemieniec en polonais, aujourd’hui en Ukraine occidentale), le grand poète romantique Juliusz Słowacki. Lituanien d’expression polonaise, tout comme son compagnon Adam Mickiewicz (Adomas Mickevičius) ou Czesław Miłosz (Česlovas Milošas), Juliusz Słowacki (Julius Slovackis) était le fils d’un professeur de lettres au célèbre lycée de sa ville natale qui avait composé deux tragédies. Enfant précoce, Slowacki fit ses études à l'université de Vilnius et commença, dès ses dix-huit ans, à composer des œuvres poétiques majeures d'inspiration byronienne - Elégie ukrainienne, Mindowe (Mindaugas), Marie Stuart, Le Serpent, Le Roi de Ladava – qui feront de lui un des plus grands poètes de langue polonaise. Quand l’insurrection de 1830-1831 éclate, Slowacki y adhère avec enthousiasme mais, après l'échec de la révolte, quittera le pays pour l’exil comme Mickiewicz, Krasinski et bien d'autres, à Paris où, après de nombreuses autres oeuvres - Lambro, Kordjan, En Suisse, Voyage en Terre sainte, La Tombe d'Agamemnon, Mazeppa, Lilla Veneda, L'Abbé Marc, Le Roi Esprit - il mourra prématurément en 1849. D’abord inhumés au cimetière Montmartre, ses restes mortels furent transférés, en 1927, à Cracovie dans la crypte des poètes de la cathédrale du Wawel.
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28 octobre 2008

Milosz et l’identité nationale

Le n°47 des cahiers de l'association Les Amis de Milosz vient de paraître. Dirigée avec enthousiasme par Janine Kohler, la revue propose comme à chaque fois une moisson d’articles relatifs au grand poète lituanien d’expression française Oscar Milosz (1889-1939). La Lituanie y tient une grande place, notamment par des travaux d’universitaires de Vilnius et de Kaunas qui y partagent le fruit de leurs recherches. Ainsi, Nijolė Kašelionienė y aborde la difficile notion d’identité nationale, dans un pays cruellement bousculé par l’histoire. Elle traite le sujet par le biais d’écrits d’Adam Mickiewicz, d’Oscar et de Czeslaw Milosz, qui ont tous trois partagés les mêmes doutes, se posèrent les mêmes questions et connurent le même douloureux statut d’exilés. Elina Naujokaitienė, quant à elle, y évoque les thèmes mystiques et hermétiques ainsi que la technique allégorique d’Oscar Milosz à travers ses œuvres. Un autre article permet de découvrir que Milosz inspire toujours les auteurs lituaniens ; y est évoquée la pièce de théâtre fantaisiste de Marius Ivaškevičius, "Madagaskaras", qui s’appuie sur l’imaginaire apocalyptique d’Oscar Milosz.
http://www.amisdemilosz.org/
http://www.cahiers-lituaniens.org/sommaire.htm

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29 juillet 2007

Le Vytis de Montmorency

Les armes de la Lituanie ne s’affichent pas seulement sur la façade des représentations officielles du pays à Paris ou Strasbourg ou sur celle de ses consulats honoraires à Valence, Troyes, Rouen, Marseille ou Bordeaux. Elles ornent en effet aussi des lieux plus secrets que seule explique l’Histoire. Ainsi, à Montmorency, dans le Val-d’Oise, l'église collégiale est dotée en son sein d’une petite sculpture murale qui représente le Vytis, le cavalier blanc emblématique de la Lituanie, surmontée de la couronne grand-ducale et avec les colonnes de Gediminas aux pieds du cavalier. La sculpture surplombe une plaque commémorative en l’honneur du prince Adam Czartoryski. La collégiale fut en effet considérée comme "polonaise" au XIXe siècle et est pleine de souvenirs de l'émigration de 1831. Dans les années qui suivirent l’insurrection polono-lituanienne de 1830-1831, écrasée par le tsar Nicolas Ier, de nombreux notables de la "République des Deux Nations" trouvèrent refuge à Montmorency, sans doute attirés par le souvenir de Jean-Jacques Rousseau. Plusieurs monuments dans la collégiale évoquent leur présence ainsi qu’un important carré du cimetière des Champeaux. Y fut enterré en 1855, parmi tant d’autres compatriotes, Adam Mickiewicz (Adomas Mickevičius, en lituanien), poète, écrivain et héros national polonais né en Lituanie, avant le transfert de ses cendres à Cracovie en 1890. Le prince Adam Czartoryski, (1770-1861), issu d’une grande famille de magnats de l’ancien Etat polono-lituanien, jouissait de la faveur du tsar Alexandre Ier, qui le prit pour ministre des Affaires étrangères et le nomma sénateur palatin de Pologne ; mais il se retira des affaires quand il constata qu’il était impuissant à protéger ses compatriotes. Au moment de l’insurrection, il accepta en 1830 la présidence du gouvernement provisoire de Pologne, combattit pour l'indépendance, puis se réfugia en France après la défaite des insurgés. En exil, il aspirait à reconstituer — avec le soutien de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Empire Ottoman — une Union de Pologne-Lituanie fédérée avec les Tchèques, Slovaques, Hongrois, Roumains et tous les Slaves du sud de la future Yougoslavie. Il meurt en 1861 dans son hôtel Lambert à Paris, vénéré par ses compatriotes en exil. Le blason de sa famille, dit Pogoń Litewska ou des Jagellons, est en réalité le Vytis, les armes du Grand-duché de Lituanie.
http://www.cahiers-lituaniens.org/index.htm

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12 août 2006

La Vierge de la Porte de l’Aurore à Saint Séverin de Paris

C’était il y a 165 ans, en 1841, qu’Andrzej Towianski, Polonais de Lituanie, fut autorisé à installer une copie de l’image de Notre-Dame de la Porte de l’Aurore de Vilnius dans l’église Saint Séverin de Paris. Andrzej Towianski était un ami d’Adam Mickiewicz et il appartenait à la très importante communauté polonaise qui s’était constituée à Paris durant la Grande Emigration, celle qui suivit l'insurrection de 1831 contre le pouvoir tsariste. Réalisée par le peintre Jan Wańkowicz, la copie fut rapportée de Vilnius durant cette période. Elle est surmontée des armes de la Pologne (l’Aigle blanc) et de la Lituanie (le Chevalier blanc) et porte l’inscription en polonais : « O Vierge, hâtez-vous de venir à notre Aide. Ostrobramska, Wilna ». Elle se trouve à droite de la relique de Sainte Ursule, dans la nef principale de l’église parisienne. Photo et précisions sont de Piotr Daszkiewicz.
Rappelons que l'histoire de l'image miraculeuse la plus connue de Lituanie commence avec la construction de l'enceinte autour de la ville de Vilnius. Le rempart avait neuf portes et celle du sud-est fut dénommée Porte de l'Aurore. En 1503, la Porte fut décorée d'une très belle image de la Vierge qui fut restaurée 150 ans plus tard par les Carmélites qui la revêtirent d'argent et la déposèrent dans une nouvelle chapelle. Dès cette époque, les chroniqueurs mentionnent plusieurs récits de miracles. La chapelle échappa aussi aux destructions du siège de la ville par les Moscovites en 1655, aux graves incendies de 1706 et de 1715, et au passage de la Grande Armée de Napoléon en 1812 qui endommagea pourtant presque toutes les églises de Vilnius. Un pèlerinage permanent se poursuit de nos jours et se déroule dans la rue, avec des fidèles à genoux et en prière
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01 juillet 2006

Czeslaw Milosz, le Vilnois Prix Nobel de Littérature

C’est un 30 juin, celui de l’année 1911, que naissait à Šeteiniai, dans le district de Kėdainiai, de parents lituaniens d’expression polonaise, le grand poète Czeslaw Milosz. C’est à Vilnius que ce petit-neveu d’Oscar Milosz passa la plus grande partie de son enfance et de sa jeunesse, se consacrant très tôt à la poésie. S’étant toujours défini comme « Vilnois » et comme « Lituanien », c’est pourtant en langue polonaise qu’il écrivit. Prix Nobel de Littérature en 1980, il est considéré comme l’un des poètes majeurs du XXe siècle. Son œuvre la plus connue, La Pensée captive (1953), regroupe des essais où il dénonce la passivité de l'intelligentsia polonaise devant le totalitarisme stalinien. Ses romans La Prise du pouvoir (1952) et Sur les bords de l'Issa (1955), largement autobiographiques, évoquent respectivement les événements de 1944-1945 en Pologne, et l'enfance et l'initiation d'un jeune homme. Enfin, Milosz est aussi l'auteur de nombreux essais sur la littérature, dont La Terre d'Ulro (1977) où il évoque -parmi ses maîtres- Adam Mickiewicz, l’autre grand poète lituanien d’expression polonaise.
http://www.culture.pl/fr/culture/artykuly/os_milosz_czeslaw
http://nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1980/milosz-bio.html
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23 décembre 2005

... et Adam Mickiewicz à Strasbourg

Pour commémorer le 150e anniversaire de la mort d'Adam Mickiewicz (Adomas Mickevičius, en lituanien), les élèves de la section polonaise du lycée international des Pontonniers de Strasbourg ont récité des vers, en polonais et en français, d'une épopée de celui qui fut, selon Victor Hugo, "un immense poète". Né en 1798 dans le grand-duché de Lituanie, Mickiewicz s'est exilé en France en 1829 où il vécu un quart de siècle. Il séjourna durant son exil quelques jours à Strasbourg. Aujourd'hui, il est vénéré tant en Pologne qu'en Lituanie. Son oeuvre la plus célèbre, Pan Tadeusz, écrite en polonais, commence avec ces mots : "Ô ma Lituanie ! Ainsi que la santé, / Seul qui te perd connaît ton prix et ta beauté. / Je vois et vais décrire aujourd'hui tes charmes, / Ma patrie ! et chanter mes regrets et mes larmes."
http://www.culture.pl/fr/culture/artykuly/os_mickiewicz_adam
http://www.muziejai.lt/Vilnius/mickevicius_mus.FR.htm
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