02 avril 2023

La médaille Gilibert dans les collections du Muséum d’histoire naturelle de Paris

Lors de son séjour en Lituanie, le naturaliste et médecin Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814) fut victime d’une tentative de meurtre. Un de ses compatriotes, amant de sa femme, tenta de l’empoisonner. Gilibert fut sauvé par un de ses élèves, Onufry Orłowski, qui eut le bon réflexe de renverser la coupe contenant la boisson empoisonnée. Ce fait est relaté dans les écrits de Gilibert ainsi que dans ses biographies. Pour commémorer cet évènement, le roi de Pologne et grand-duc de Lituanie Stanislas Auguste Poniatowski fit créer spécialement une médaille afin d’honorer le sauveur du naturaliste qu’il considérait comme un ami. La fameuse médaille est aujourd’hui une grande rareté. Dans l’entre-deux-guerres, des historiens la cherchèrent en vain à Paris et à Lyon. Les uniques exemplaires connus se trouvaient à Cracovie, dans la collection numismatique du célèbre historien et collectionneur Emeryk Hutten-Czapski (1828-1896). Aujourd’hui le musée Hutten-Czapski fait partie du Musée national polonais. Grâce aux exemplaires de ce musée, nous savons que la médaille existait en deux versions : une petite et une grande qui se différencient par quelques détails, notamment la présence de la couronne de feuilles de chêne sur la plus grande qui manque à la petite. Nous avons constaté que cette médaille se trouve pourtant bien dans la collection du Muséum national d’Histoire naturelle à Paris. Voici la description du catalogue du musée. Monogramme sur l'avers, sur la tranche du cou : "I. P. H." Inscription sur l'avers, le long du bord : "STANISLAUS AUGUSTUS D. G. REX POLONIAE M. D. LITUA." Inscription au revers, dans le champ : "OB CIVEM / SERVATUM / ONUFRIO ORLOWSKI / STUDIT BOTANICI / IN ACADEMIA VIENENSI / REPETITORI DILIGENTISSIMO / QUOD NEFANDAS DETEXIT / ET IMPEDIVIT INSIDIAS. / IN VITAM CENTI REGIQUE / UTILEM ET CARAM / MAGISTRI SUI ; / IOAN : GILIBERT / HIST. NATUR. PROFES. / MDCCLXXXII". Sur l'avers : portrait d'un homme de profil vers la droite : le roi et grand-duc Stanislas Auguste


Il s’agit là de la grande version en cuivre, consultée et photographiée par l’auteur.
Contact : Piotr Daszkiewicz
piotrdas@mnhn.fr

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29 septembre 2020

Macron cite Gilibert et Bojanus à Vilnius

Lors de sa remise du titre de docteur honoris causa à l’université de Vilnius, ce 29 septembre 2020 dans la capitale de la Lituanie, le président français Emmanuel Macron a notamment cité deux grands savants français, le botaniste Jean-Emmanuel Gilibert (originaire de Lyon) et le naturaliste Louis-Henri Bojanus (né en Alsace) qui figurent parmi les plus grands professeurs de cette académie lors de son âge d’or, au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. Pour le président Macron, « la vocation profondément européenne de l’université de Vilnius vient de là. »  

Voir la vidéo de son intervention :
https://youtu.be/tsi1TxEb4RU?t=7005

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27 décembre 2014

Jean-Emmanuel Gilibert, un documentaire de la télévision lituanienne

A l’occasion du bicentenaire de la mort du naturaliste français Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814), la chaine de télévision nationale de Lituanie LRT a récemment diffusé un documentaire retraçant sa vie en Lituanie. Rappelons que si Gilibert ne passa que huit années - de 1775 à 1783 - dans l’ancien grand-duché, il y marqua fortement les sciences par ses nombreux travaux et découvertes (cf. Cahiers Lituaniens n°10, 2009). Son nom fut ainsi donné à une rue de Kaunas, ainsi qu’à l’actuel programme franco-lituanien d’échanges scientifiques, dans le cadre des Partenariats Hubert Curien.

Pour visionner le documentaire, en langue lituanienne :
https://www.youtube.com/watch?v=nFT_StXUDGk

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22 décembre 2014

Stanislas Gilibert (1780-1870), filleul du dernier roi de Pologne et grand-duc de Lituanie

En signe de reconnaissance et d’amitié, Stanislas Auguste Poniatowski accepta être le parrain du fils – né en Lituanie – du grand naturaliste français Jean-Emmanuel Gilibert. En honneur de son prestigieux parrain, l’enfant reçut les prénoms de Stanislas Auguste. Les trois premières années de sa vie, il les passa dans le grand-duché où, comme remarque A. Lacour, auteur de sa notice nécrologique, "il reçut une éducation aussi libéral que complète dont il conserva l’empreinte toute la vie". Suivant la tradition familiale, Stanislas termina ses études de médecine à Montpellier. Il suivit également l’enseignement de Jean-Baptiste Lamarck au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris. Son père s’opposa cependant à son projet de partir – en qualité d’aspirant de marine – en expédition à Saint-Domingue. Il rejoignit donc le service des ambulances de l’armée d’Italie ou il tomba malade du typhus.
Passionné de sciences naturelles, il fut conservateur du cabinet d’Histoire naturelle de Lyon durant quelques années et y enseigna la géologie. En 1816, deux ans après la mort de son père, il offrit ses manuscrits dont Sur les forêts de Lithuanie à l’Académie de Lyon. Médecin réputé, il fut l’auteur de plusieurs publications scientifiques dont une Monographie du pemphigus et un Traité de la maladie vésiculaire. Stanislas Gilibert était aussi un grand connaisseur et collectionneur de peinture. Le Catalogue des tableaux anciens des divers écoles composant le cabinet de feu le Dr. Stanislas Gilibert montre qu’il possédait de nombreux tableaux d’une valeur inestimable, dont des œuvres de Rembrandt, Rubens, Dürer, Vernet et Poussin.
Il s’intéressa à la politique et participa à la révolution de 1830, en refusant néanmoins de devenir maire de Lyon. Il accepta cependant le poste du directeur des hospices de la ville. Lacour rappelle que "Gilibert était toujours passionné pour la nation qui lui avait donné le jour. Après la chute de Varsovie et le refus formel du gouvernement français de secourir les Polonais aux abois, il conçut un tel chagrin qu’il prit la résolution de renoncer définitivement à la vie publique et de se dévouer entièrement à la médecine". Un petit livret, La Pologne en 1831 : chant héroique dédié à M. Stanislas Gilibert, témoigne de son engagement en faveur de la Lituanie et de la Pologne. Il légua sa fortune à l’école de la Martinière à Lyon. Après sa mort, ses herbiers, manuscrits et lettres ont été vendus et leur trace est aujourd’hui perdue.
Pendant l’entre-deux-guerres, deux chercheurs lyonnais, M. Lannois et J. Guiart, cherchèrent la célèbre médaille éditée par Stanislas Auguste Poniatowski en honneur de Onufry Orlowski qui sauva Gilibert de la tentative d’empoisonnement. Parmi les affaires de Stanislas Gilibert à l’Ecole de la Martinière, ils trouvèrent une boite en bois de thuya ornée d’une miniature en ivoire avec une médaille portant la mention Stanislas-Auguste par la grâce de Dieu Roi de Pologne Grand-Duc de Lituanie et entourée de deux petits génies dont l’un veut cacher ce que l’autre découvre ; au-dessus, l’inscription semi-circulaire : Modestia tegit - detegit Amicitia (Ce que la modestie cache, l’amitié le découvre) et en exergue : Monumentum pro vita servata J. Giliberti.
Pour en savoir plus, contacter Piotr Daszkiewicz
piotrdas@mnhn.fr

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11 décembre 2014

Les équipes Gilibert française et lituanienne se rencontrent en Alsace

Début décembre, les six chercheurs en sciences sociales participant au programme scientifique franco-lituanien Gilibert se sont rencontrés en Alsace. Les membres de la délégation lituanienne, composée de Genovaitė Dručkutė (Université de Vilnius), de Nijole Kašelionienė et de Dainius Vaitiekūnas (Université éducologique de Lituanie), ont ainsi visité les installations venant d’être entièrement rénovées de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg - première bibliothèque de l’enseignement supérieur en France - sous la conduite de Julien Gueslin (BNU).


Ils ont également visité le Palais universitaire de Strasbourg - un des sites emblématiques de la "Neustadt", futur périmètre protégé du patrimoine mondial de l’Unesco - ainsi que le quartier européen de Strasbourg – Conseil de l’Europe, Parlement européen, Cour européenne des droits de l’homme, Pharmacopée européenne - sous la conduite de Philippe Edel (Cercle d’histoire Alsace-Lituanie), avant d’assister à la soutenance de thèse de Thierry Laurent (Cours de civilisation française de la Sorbonne) à Mulhouse [cf. notice ci-dessous].

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05 octobre 2014

Une commémoration scientifique pour le bicentenaire de Gilibert

Afin de commémorer les 200 ans de la mort de Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814), un colloque international s’est tenu sur le rôle du botaniste français dans le développement de l’Histoire naturelle, les 25 et 26 septembre 2014 à l’Institut d’Histoire des Sciences de l’Académie Polonaise des Sciences (APS) à Varsovie. Pendant deux jours, des spécialistes venus de France, Lituanie, Pologne et Ukraine ont présenté les résultats de leurs recherches sur ce savant et son héritage scientifique, au Palais Staszic, siège de l’Académie (photo). Le professeur Wanda Grębecka, spécialiste de l’histoire de la botanique et auteur d’une monographie sur l’Ecole botanique Vilnius-Krzemieniec, est à l’origine de l’organisation de cette réunion internationale. La grève d’Air France a malheureusement empêché le professeur Daniel Beauvois, invité d’honneur, à se rendre à Varsovie. Son exposé "J.E. Gilibert et les savants français en Pologne et en Lituanie dans les années 1770-1780" a été présentée par le directeur de l’institut, le prof. Leszek Zasztowt.
Les prof. Kalina Bartnicka - "Les universités européennes à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle" - et Janina Kamińska - "L’Ecole Principale du Grand-duché de Lituanie en tant qu’institution des Lumières" - ont présenté le contexte historique des travaux de Gilibert.
Le prof. Audrius Skirdaila, directeur du Jardin botanique de l’Université de Vilnius, a présenté, en commun avec sa collègue Silva Žilinskaitė et avec le prof. Nataliya Shiyan, directrice de l’Herbier national à Kiev et chercheur en botanique à l’Institut Botanique N.G. Kholodny de l’Académie Ukrainienne des Sciences, l’exposé "J.E. Gilibert et le Jardin botanique de l’Université de Vilnius : résultats de recherches contemporaines dans les archives de l’Université de Vilnius, de l’Université de Göttingen et de l’Herbier National d’Ukraine". Ces chercheurs ont présenté également une monographie sur Gilibert, publiée à Kiev. Aurika Ričkienė, secrétaire de la Société Lituanienne de Physiologie des Plantes et membre de la Société Lituanienne des Sciences Historiques, présenta "La contribution de J.E. Gilibert aux recherches sur la flore de la Lituanie".
La présentation de Piotr Daszkiewicz, du Muséum National d’Histoire Naturelle à Paris, a eu pour sujet "J.E. Gilibert, sa vie et son œuvre dans la correspondance et les témoignages de l’époque". Wanda Grębecka a présenté "Les idées didactiques de J.E. Gilibert". Tomasz Samojlik, de l’Institut de Recherches sur les Mammifères de l’APS à Bialowieża, a présenté l’exposé "Les bisons, ours et autres mammifères dans les travaux de Gilibert". Le prof. Piotr Köhler, de l’Université de Cracovie, présenta "L’héritage scientifique de Gilibert en Pologne, ses ouvrages et leur réception".
La conférence avait été accompagnée d’une petite exposition de publications consacrées à Gilibert. Les Cahiers Lituaniens, avec la reproduction du texte original de Gilibert "Sur les forêts de Lithuanie", ont été à l’honneur. Toutes les présentations seront publiées dans la revue de l’Institut d’Histoire des Sciences Kwartalnik Historii Nauki i Techniki au début de l’année 2015.
http://www.ihnpan.waw.pl/redakcje/kwartalnik/
http://www.cahiers-lituaniens.org/
A (re)découvrir aussi :
http://lituanie-culture.blogspot.fr/2009/05/la-correspondance-gilibert-jussieu-1748.html

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15 septembre 2014

Philippe-Rodolphe Vicat (1742-1783) en République des Deux Nations

Ce médecin suisse passa cinq ans en République des Deux Nations. Nous le connaissons surtout comme l’auteur du Mémoire sur la plique polonaise (1775), une de meilleures monographies sur cette maladie, à l’époque souvent considérée comme indigène de la Pologne et la Lituanie. Vicat termina les études de la médecine à Göttingen et soutint à Bâle, en juillet 1765, une thèse sur les bienfaits de l’exercice physique pour la santé. Juste après ses études, il partit dans l’Union polono-lituanienne où, "attaché à divers seigneurs", il pratiqua à Varsovie et dans divers lieux en Lituanie et en Livonie.
Dès son adolescence, Vicat connaissait Samuel-Auguste Tissot (1728-1797), médecin proche de Stanisław Auguste Poniatowski. Il resta également proche d’Albrecht von Haller (1708-1777). Après son retour en Suisse, Vicat devint le copiste et l’éditeur de l’œuvre de ce grand savant. Haller entretenait de bonnes relations avec Poniatowski ; c’est lui qui conseilla au roi d’engager Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814). C’est probablement par l’intermédiaire de ces savants que Vicat trouva un poste en République des Deux Nations.
Nous avons relativement peu de détails sur son séjour en Lituanie et en Pologne. Il fut bien accueilli par l’évêque de Kiev Józef Andrzej Załuski (1702-1774), grand mécène de la culture et fondateur d’une de plus grandes bibliothèques de l’époque des Lumières (près d’un demi-million de volumes). Vicat écrivit un éloge de Załuski dans l’introduction de son livre sur la plique. Par ailleurs, il dédia cette monographie à sa sœur "la castellane de Trock née comtesse de Zalucka". Les Jésuites de Vilnius, dont ce médecin protestant était l’hôte, lui firent connaître le vin de tilleul qui, d’après lui, surpassait "les meilleurs vins d’Espagne". Il devint d’ailleurs un chaud partisan de l’usage de cette plante en médecine. Longtemps après son retour en Suisse (1770), il parlait de l’hospitalité des paysans lituaniens, de leur liqueur de framboise et des petits pains cuits aux grains de pavot.
Médecin respecté dans le pays de Vaud, membre de la Société royale des sciences de Göttingen et de la Société des Philanthropes de Strasbourg, Vicat rédigea de nombreux travaux en médecine et en botanique, tels que l’Histoire de plantes vénéneuses de la Suisse (1776). Dans ces travaux, il revint souvent à son séjour en Lituanie. Ses écrits constituent non seulement d’intéressantes sources pour l’histoire des sciences mais aussi pour les mœurs lituaniennes. Il décrivit par exemple le grand usage de l’huile de lin "dont on employe une grande quantité en Lituanie, pour l’assaisonnement des mets dans les terms de jeûne & de carême". Nous lui devons aussi l’une de premières description du bortsch à l’époque où cette soupe se faisait encore avec la berce Heracleum sphondylium (photo) et non, comme aujourd’hui, avec des betteraves : "La branche ursine sert aux Lithuaniens à faire un mets qu’ils appellent bartsch, & dont l’usage est presque aussi générale que celui du pain. Ce bartsch n’est autre chose qu’une compôte aigre de branche ursine qu’on a fait fermenter dans un lieu tiède, avec un peu de levain de pâte & beaucoup d’eau, en sorte que c’est comme une compôte liquide ou plutôt un brouet aigrelet, auquel on ajoute souvent de raves, des navets, &c. qui donne un potage, qui cuit avec la viande de boucherie ou la volaille, n’est point désagréable".
Pour en savoir plus, contacter Piotr Daszkiewicz, Museum national d’Histoire naturelle.
piotrdas@mnhn.fr

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25 juillet 2014

L’énigme lituanienne de l’herbier de Dominique Villars (1745-1814)

Il y a 200 ans mourrait à Strasbourg le grand naturaliste Dominique Villars. Originaire des Hautes Alpes, il marqua l’histoire des sciences naturelles par ses travaux sur la flore alpine, notamment par son Histoire des plantes du Dauphiné. Médecin et directeur du jardin botanique de Grenoble, il sauva la vie – lors de la Journée des Tuiles – du jeune sergent Bernadotte, futur roi de Suède Charles XIV Jean. La révolution le priva de toutes ses fonctions dans sa région natale et il s’exila. En 1805, il obtint la chaire de botanique de l’école de médecine de Strasbourg, dont il devint doyen en 1809. Il est ainsi l’auteur du Catalogue méthodique des plantes du Jardin de l’École de Strasbourg. Il herborisait régulièrement dans les plaines du Rhin et dans les Vosges. En 1811, en compagnie des deux botanistes alsaciens Gustave Lauth et Auguste Nestler, il parcourut la Suisse, dont il publia ses observations dans son Précis d'un voyage botanique fait en Suisse, dans les Grisons, aux sources du Rhin, au St. Gothard.

Le muséum d’histoire naturelle de Grenoble conserve l’herbier de Villars (cf. Poncet V. 1999, L’Herbier de Dominique Villars, Témoin de la flore du Dauphiné, Muséum de Grenoble). Plusieurs plantes de cet herbier portent les étiquettes indiquant « Pologne » comme lieu d’origine. Il est intéressant de s’interroger sur la provenance de ces spécimens. Villars n’a jamais voyagé en République des Deux Nations (Pologne-Lituanie). Il connaissait par contre deux naturalistes qui y ont séjourné. Jean-Etienne Guettard (1715-1786) y passa deux ans (1760-62) en qualité de médecin de l’ambassadeur de France. En 1775, Villars parcourut les montagnes du Dauphiné et herborisa avec Guettard, Barthélemy Faujas de Saint-Fonds (1741-1819) et Adolphe Murray (1750-1803). Néanmoins, ce voyage et début de relation avec Guettard se tint plus de dix ans après le retour de ce dernier en France. Nous ne disposons d’aucune information sur l’éventuel l’herbier de Guettard contenant les plantes originaires de la République des Deux Nations.
L’hypothèse la plus probable est celle que c’est Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814) qui fut la source de ces spécimens. Villars correspondait avec Gilibert et échangeait avec lui des plantes et des informations. C’est Gilibert qui publia en 1786, au nom de Villars et à son insu, la Flora Delphinalis. Le botaniste dauphinois participa également à l’édition par Gilibert des Démonstrations élémentaires de botanique et à la détermination et publication des célèbres gravures de Pierre Richer de Belleval (1564-1632). Nous pouvons donc penser, avec une quasi-certitude, que les plantes de l’herbier de Villars dites de « Pologne » proviennent d’échanges avec Gilibert. Ce fait implique que ces plantes ne sont pas originaires de Pologne même, mais du grand-duché de Lituanie (soit du territoire de l’actuelle Lituanie et de la Biélorussie) où Gilibert herborisait avec ses élèves de Grodno et de Vilnius. Son herbier, une de plus anciens de la flore de Lituanie, fut presque entièrement détruit. En 1793, lors de la prise de Lyon par l’armée de la Convention, les révolutionnaires brûlèrent cet herbier en confondant les planches de plante avec des documents administratifs. L’herbier de Villars à Grenoble conserve donc les spécimens d’une grande importance pour l’histoire de la botanique en Lituanie.
Pour en savoir plus, prière de contacter Piotr Daszkiewicz :
piotrdas@mnhn.fr

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01 juin 2013

Antoine Gouan (1733-1821) et les sciences naturelles en Lituanie


Antoine Gouan fut un de plus importants naturalistes d’Europe au tournant du XVIIIe et du XIXe siècles. Médecin formé à Montpellier, il resta toute sa vie liée à cette ville. Il marqua l’histoire des sciences naturelles par ses travaux en botanique dont Hortus regius monspeliensis et Flora Monspeliac, mais aussi en ichtyologie dont Historia Piscicum. Correspondant de Carl Linné (1707-1778), il a eu le grand mérite d’introduire en France le système de la nomenclature fondé par ce savant suédois, système qu’on utilise encore aujourd’hui. Bien qu’il ne se soit jamais rendu dans la République des Deux Nations, il a pourtant joué un rôle prépondérant pour les sciences naturelles en Lituanie. Nous ne savons pas exactement quand ont commencé ni de quelle nature étaient ses relations avec le roi et grand-duc Stanislas Auguste Poniatowski et avec son entourage. On peut supposer que c’est Albrecht von Haller (1708-1777), grand naturaliste et médecin suisse, très estimé par le souverain, et en même temps correspondant de Gouan, qui est à l’origine de l’estime dont le naturaliste de Montpellier jouissait dans l’Union polono-lituanienne. D’autres hypothèses ne sont pas à exclure, car Gouan correspondait notamment avec Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), l’auteur des Considérations sur le gouvernement de Pologne. Stanislas Poniatowski le voyait comme un candidat idéal pour enseigner les sciences naturelles et la médecine, ainsi que pour organiser un jardin botanique en Lituanie. Cependant, Gouan ne voulut pas quitter Montpellier et désigna son ancien élève et ami Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814). Rappelons que c’est ce dernier qui organisa les jardins botaniques à Grodno et à Vilna, en prenant Montpellier pour modèle. Le rôle de Gouan pour les sciences en République des Deux Nations est donc plus important que les simples conseils donnés à Poniatowski. Le souverain acheta l’herbier de ce naturaliste afin d’organiser un cabinet d’Histoire naturelle et donner un outil pour les études de la botanique en Lituanie. La Bibliothèque centrale du Muséum national d’Histoire naturelle à Paris conserve la correspondance de Gouan avec Isidore Picot de Lapeyrouse (1744-1818) au sujet d’envoi de cet herbier à Grodno. Les célèbres plaques de cuivre de Pierre Richer de Belleval (1555-1632) furent également achetées et envoyées en Lituanie. Ces cuivres, longtemps considérés comme perdus, ont représenté environs quatre cents espèces végétales. Les rares tirages furent considérés comme une prouesse par les plus grands naturalistes du XVIIIe siècle. Gilibert -probablement grâce à Gouan- les retrouva à Montpellier et les acheta sur le compte de Poniatowski. Le roi les admira durant sa visite à Grodno. Gilibert avait le projet de les utiliser pour un grand ouvrage de botanique. Cependant, c’est Gouan qui détermina les plantes et fit un énorme travail en établissant une nomenclature récente et la synonymie avec les noms des autres auteurs. Ce travail lui prit 14 ans. Généreusement, il l’offrit à Gilibert. Ce dernier réussit à publier en République des Deux Nations une partie des cuivres (environs 60) des espèces dont il confirma la présence en Lituanie. Nous pouvons donc supposer qu’Antoine Gouan a contribué de manière significative à la réalisation de la première Flore de Lituanie Exercita phytologica, seu Flora Lithuanica. Pour en savoir plus, contacter Piotr Daszkiewicz, historien des sciences, Muséum national d’histoire naturelle à Paris :
piotrdas@mnhn.fr



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19 octobre 2012

Colloque franco-polono-lituanien d'érudits à Brest

Du 18 au 19 octobre s’est tenu à Brest le colloque international "Correspondances d’érudits entre Pologne, Lituanie et France aux XVIIIe et XIXe siècles". Organisée par le Centre d’étude des correspondances de l’Université de Bretagne Occidentale à l’initiative du professeur Marie-France de Palacio, cette très intéressante rencontre académique a réuni une vingtaine d’experts et d'auditeurs venus d’Avignon, Brest, Cracovie, Kaunas, Leiden, Paris, Strasbourg, Varsovie et Wroclaw autour du thème des correspondances littéraires ou scientifiques de personnages au noms célèbres ou moins connus de Bernard de Saint-Pierre, Custine, Romain Rolland, Czartoryski, Chodzko, Ciurlionis, Mickiewicz, Lelewel, Voltaire, Rousseau, Wiklinski, Radziwill, Chojecki, Goncourt, Borch, Forster, Guettard, Gilibert, Graffenauer, Cuvier ou Bojanus. Les actes du colloque feront prochainement l’objet d’une publication. http://www.univ-brest.fr/ccji

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14 avril 2012

Georg Johann Forster (1754-1794) et la fin de la République des Deux Nations

Le grand naturaliste allemand Georg Forster commença sa vie mouvementée très jeune. Dès l’âge de 11 ans, il accompagna son père, Johann Reinhold Forster (1729-1798), pasteur et naturaliste de Gdansk (Dantzig), dans une expédition au bord du fleuve Volga. Ensuite, les deux Forster se rendirent en Angleterre et participèrent au voyage autour du monde du capitaine Cook (1772-75). La publication de "A voyage toward the South Pole and Round the World" lui donna une grande renommée dans toute l’Europe. Grâce à cet ouvrage, Georg Forster est considéré comme un précurseur de la littérature moderne de voyage. Après cinq ans passés à Kassel en qualité de professeur d’histoire naturelle, il accepta la proposition de la Commission d’Education Nationale de la République des Deux Nations (l’Etat polono-lituanien) de diriger la chaire d’histoire naturelle de l’Université de Vilnius, vacante depuis le départ de Jean-Emmanuel Gilibert. Il passa trois ans en Lituanie, tout en obtenant en même temps (1785) son doctorat à l’Université de Halle. La tsarine proposa à Forster de participer à une expédition sur les côtes de l’Océan Pacifique, ce qu’il accepta et l’obligea à quitter Vilnius. Bien qu’il ne passa que trois ans en Lituanie, la science lui doit "Hortus botanicus Vilnensis" et "Diarium Faunae Floraque Vilnensis", deux oeuvres malheureusement restés à l’état de manuscrit. L’expédition ne se fit pas et Forster se rendit en Allemagne, d’abord en Goettingue, puis à Mayence. Au printemps 1790, il effectua un voyage de trois mois sur les rives du Rhin, en compagnie du jeune Alexandre de Humboldt. En 1792, alors que Mayence fut occupé par les Français, Forster, jacobin de conviction, y fut très actif dans l’administration provisoire de la République de Mayence. Il se rendit à Paris pour proposer le rattachement de cette République à la France. Considéré comme un traître et proscrit en Allemagne, il vécut comme réfugié à Paris où il resta très actif politiquement jusqu’à sa mort en 1794, intervenue suite à une pneumonie. Pendant les deux dernières années parisiennes de sa vie, il rêva encore de grandes expéditions scientifiques en Inde, en Perse et en Arabie. La lecture de ses lettres adressées principalement à sa femme Thérèse et publiées dans l’excellent ouvrage "Un révolutionnaire allemand, Georg Forster (1754-1794)", édité et traduit par Marita Gilli (Paris - Édition du CTHS, 2005), permet de constater que jusqu’à la fin de sa vie, il suivait les nouvelles de la République des Deux Nations et entretenait à Paris des contacts avec les émigrés polonais et lituaniens. Dans une lettre datée du 8 avril 1793, il écrivit "Hier, j’ai mangé avec le jeune Custine chez M. que tu as connu en Pologne et qui a épousé la belle P. Elle est à Rome et lui ici. Il y avait aussi d’autres Polonais, parmi eux une jeune princesse Lubomirska. Most a émigré en raison de la chute de la constitution du trois mai ". Dans une lettre datée du 19 mai 1793 : "Mon talent pour les langues est de toutes façons très sollicité ; car je rencontre souvent trois braves Polonais dont j’ai fait la connaissance ici ; Sulkowsky, Ma[l]iszewsky et Nagorsky qui m’aiment beaucoup Je parle un peu polonais. Tous ces gens se plaignent du traité de partage honteux lors duquel on a poussé l’impudence jusqu’à ne même pas alléguer le plus petit prétexte et jusqu’à dire tout de go : "Nous prenons parce que nous le pouvons." Le faible roi a traîtreusement livré à la Russie la Confédération à la tête de laquelle il était et qui, par la Constitution du 3 mai, lui donnait plus de pouvoir que n’en avait jamais eu un roi de Pologne avant lui. Pendant la guerre que les Polonais ont menée contre les Russes et qui a cependant coûté la vie à plus de 25 000 hommes des deux côtés, il a tout fait ce que pouvait un homme vendu à la Russie. La récompense est là ; on va vraisemblablement lui prendre, en dehors de la plus grande partie du pays que les puissance se partagent, le pouvoir sur ce qui reste. Cependant le pauvre homme a bien dû être mené par un petit brin d’honnêteté dans son comportement ; car, ce qui l’a conduit à cela a été la promesse que la Russie paierait ses dettes personnelles. L’ambitieux Félix Potocki, qui a crée la Confédération avec la protection de la Russie et humilié le pauvre roi, est maintenant également la dupe de la Russie, car il avait cru que les cours étaient altruistes et ne prendraient rien ! Maintenant, de puissant magnat polonais libre, il est devenu un simple sujet russe ; car ses biens se trouvent dans la partie russe. Dans toute la Pologne, personne n’est content. Ils se rendent compte de leurs erreurs et tout mûrit pour une révolution dès que la situation européenne en donnera l’occasion." Ces mots prouvent un grand intérêt de Forster pour la situation en République des Deux Nations. Au-delà de l’intérêt politique, c’est sans doute une nostalgie qu’il ressentait. Sa dernière phrase à ce sujet (dans la lettre du 23 juin 1793) fut : "Je peux difficilement penser à Mayence sans me mettre à pleurer, c’est aussi le cas pour Vilna." Remarquons la justesse de son analyse sur la situation politique de l’Etat polono-lituanien au moment des partages. Remarquons aussi que ses amis à Paris étaient des personnages de la grande importance. Parmi eux : Jozef Sulkowki (1773-1798), un brillant officier de la guerre contre la Russie et un insurgé, devenu chargé de mission diplomatique en Turquie par les autorités révolutionnaires à Paris et officier adjoint de Bonaparte, mort en Egypte ; Piotr Maleszewski (1767-1828), fils biologique de Michal Poniatowski, Primat de Pologne, qui fut un homme de lettres et un économiste de grande renommée. Pour en savoir plus, contact : Piotr Daszkiewicz, Muséum national d’histoire naturelle à Paris :
piotrdas@mnhn.fr

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19 octobre 2011

Les visiteurs lituaniens du cabinet d’histoire naturelle de Jean Hermann à Strasbourg

Jean Hermann (1738-1800), naturaliste et médecin strasbourgeois, a été l’un des plus grands savants de son époque. Il se distinguait, non seulement par ses travaux scientifiques et son enseignement, mais aussi par les collections qu’il réussit à réunir. Le Cabinet d’histoire naturelle de Strasbourg est rapidement devenu une véritable référence, un lieu incontournable de visites et de rencontres pour les savants venant de l’Europe tout entière. Les Archives municipales de Strasbourg conservent un précieux document pour l’histoire des sciences : la Liste des visiteurs du Cabinet Hermann. Cette liste permet de découvrir l’importance des collections naturalistes de Strasbourg dans le domaine scientifique pour la République des Deux Nations et plus particulièrement pour la Lituanie. C’est non sans une certaine surprise que l’on peut constater que le Cabinet de Hermann a été visité par de nombreux dignitaires lituaniens et polonais. Ce fait prouve l’existence d’une importante culture scientifique dans l’élite politique de l’époque. Parmi les grands noms de l’histoire polono-lituanien l’ayant visité, citons Michal Jerzy Poniatowski (1736-1794), jeune frère du roi Stanisaw August, dernier primat de la République des Deux Nations et archevêque de Gniezno (il visita le Cabinet le 5 octobre 1790) ; Antoni Tyzenhauz (1733-1785), trésorier du grand-duché de Lituanie, l’un des plus importants hommes d’Etat (il visita le cabinet deux fois, le 13 septembre 1778 et 27 mars 1782). Hermann nota sur sa liste de nombreux ecclésiastes : "l’abbé Górski, suffragant de Poméranie" (14 avril 1782) ; le même jour, il nota la visite de "Mr l’abbé Tempié français de Livonie & chanoine de Smoleńsk" ; le 10 septembre 1782 , il nota "Mr. Samborski, aumônier du Grand Duc que mon frère a connu à Londres". Parmi ces visiteurs, nous trouvons aussi les noms des plus grandes familles aristocratiques du pays : Radziwill, Sapieha, Lubomirski. Le 6 novembre 1785, il nota la visite de "M de Rzewuski, grand général de Lituanie [Seweryn Rzewuski (1743-1811)] et Mme née Lubomirska [Konstancja Małgorzata Lubomirska (1761–1840)], fille du Grand maréchal de Pologne avec M. le comte de Pac et M. le comte Olezky du Régiment de Salem-Salem". Grâce à la correspondance entre Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814) et Antoine-Laurent de Jussieu (1748-1836), conservée au Muséum National d’Histoire Naturelle à Paris, nous savons que Hermann correspondait avec Gilibert et lui envoya de nombreuses graines, contribuant ainsi à la création du premier jardin botanique en Lituanie. Mme Gilibert de Lyon visita le cabinet à Strasbourg le 21 août 1776, probablement sur sa route de retour vers la Lituanie. Le 28 janvier 1783, a été notée la visite de "M. Grognard, natif de Lyon établi à Pétersbourg et qui va se marier Tobolsk, il connaît Gilibert pour lequel je lui ai donné une lettre". Malheureusement, d’éventuelles lettres de Lituanie de Gilibert à Hermann restent de nos jours encore inconnues. Un article de Piotr Daszkiewicz (piotrdas@mnhn.fr) à ce sujet sera publié dans le prochain numéro des Cahiers Lituaniens.
http://www.cahiers-lituaniens.org/

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19 octobre 2010

Les forêts lituaniennes dans les archives militaires du Premier Empire

Les archives du Service Historique de la Défense à Vincennes conservent de nombreux documents au sujet de la Lituanie. L’offensive de l’armée de 1812 a été précédée par une longue reconnaissance. Le général Michał Sokolnicki (1760-1816), un proche de Napoléon et son aide camp, l’un de plus importants officiers de la Maison Militaire de l’Empereur, prévoyait avec justesse dans son analyse stratégique, qu’en cas de guerre contre la Russie, "le théâtre de la guerre sera tout entier dans la Lithuanie". Les informations contenues dans les rapports militaires constituent un précieux témoignage sur la nature lituanienne et plus particulièrement sur ses forêts, car les officiers chargés de les préparer prenaient le soin d’inclure des données sur la flore, la faune, l’histoire et l’économie forestière. Ainsi, le Mémoire topographique de la Lituanie ou des gouvernements de Wilna, Minsk, Grodno, non daté, est divisé en chapitres thématiques : routes, poste et grand chemin ; frontière ; lacs ; rivières ; marais et déserts ; montagnes et hauteurs ; forêts ; champs cultivés et incultes ; climat ; observations. Il donne un aperçu des forêts lituaniennes : "Avant le règne de Sigismond Auguste (1520-1572, grand-duc de Lituanie à partir de 1543 et roi de Pologne à partir de 1548, dernier souverain de la dynastie de Jagellon et considéré par les historiens comme le premier législateur de la politique forestière de l’Etat polono-lituanien), époque à laquelle la population et la culture commencèrent à faire quelques progrès en Lithuanie, elle n’étoit couvert que des forêts, elles y sont même actuellement très considérables et peuplées en majeure partie de pin et de sapin, ainsi que de diverses espèces d’arbre à feuilles. Il y a des antiques forêts qui sont si épaisses qu’elles sont presque impénétrables ; d’autres ont été beaucoup éclaircies principalement celles qui se trouvent dans le voisinage de rivières flottables. Les Nobles qui sont en possession de la plus grande partie des forêts en vendent le bois dès que le transport par eau est praticable, ou donnent à terme des parties de leurs forêts à des marchands qui en tirent tout le parti qu’ils peuvent. On épuise généralement ici comme dans le Nord de la Russie les forêts par une consommation inutile de bois. Les forêts deviennent aussi souvent la proie des flammes dans les incendies que la négligence n’occasionne nulle part plus fréquemment qu’ici. L’exploitation des forêts de la Lithuanie fournit une abondance de toute espèce de bois pour les constructions navales et pour la bâtisse". Les auteurs de ce rapport mettent ensuite l’accent sur l’importance des forêts lituaniennes pour l’exportation de bois par les ports de la mer Baltique ainsi que sur le manque de données précises sur la superficie de leur étendue. Ils estiment pourtant que "la troisième partie de toute la superficie du pays qui est de 100 mille carrés est couverte de forêts". Le deuxième rapport, Statistiques des Gouvernemens de Vilna et de Grodno, également non daté, ajoute quelques informations sur la faune sauvage et sur l’élevage des animaux : "Les forêts sont remplies d’ours, de loups, d’élans, de bœufs sauvages [les bisons d’Europe], de lynx, de castors, de gloutons [information erronée : à cette époque l’espèce ne pouvait être qu’occasionnelle en Lituanie, l’erreur a probablement pour origine le fait que les seigneurs lituaniens élevaient parfois des gloutons comme animaux de compagnie, pratique décrite par Gilibert], de chats sauvages, de gibier et d’oiseaux de toute espèce. L’aigle et vautour sont très communs parmi les oiseaux de proie. Les rivières, les lacs et les étangs fourmillent en poissons de toute sorte et sont fréquentés par beaucoup d’oiseaux aquatiques. Le bétail est en Lithuanie de meilleure race qu’en Russie, les brebis ont la laine assez fine. C’est dans le voisinage des grandes forêts et des marais qu’on entretient le plus grand nombre de bêtes à cornes (…). Les chevaux lithuaniens sont de petite race, trapus et forts de la tête. Les abeilles abondent partout dans la forêt. Le meilleur miel est celui qu’on nomme lipiel ou miel de tilleul, il est recherché à cause de sa couleur blanche, et de son excellent goût, ou en fait des boissons agréables et saines". Si les officiers du renseignement militaire s’intéressaient à l’exploitation des forêts en Lituanie, c’est qu’elle était considéré à l’époque comme un élément important pour l’économie, mais aussi du point de vue de la stratégie militaire, en particulier pour la marine : "Nous avons déjà observé que la Lithuanie était couverte d’immenses forêts. Elles sont composées de pins, sapins, charmes, chênes, aulnes, bouleaux, tilleul, peuplier, saules érables, cormiers, arbres à fruits sauvages. Elles sont fort anciennes, très étendues et en quelque sorte, impénétrables mais presque partout elles sont plus ou moins dégradées. Outre qu’elles sont souvent incendiées soit par troncs d’arbres dont les serfs tirent térébenthine et le goudron qu’ils sont contraints de fournir leur seigneur, soit par incendies pour en convertir le sol en terreau labourable, soit enfin par la chute de la foudre. Il s’en fait encore une immense consommation du bois pour le chauffage et les constructions de la marine. Les seigneurs vendent tout le bois qui se trouve à proximité des rivières navigables ou l’affrètent à d’autres nobles, à des marchands, à des Juifs. Les seuls résultats des incendies sont des térébenthines, la potasse, la vedasse et le goudron. D’ailleurs, toutes les espèces d’arbres dont nous venons de parler, y étant d’une belle venue et croissent assez rapidement". Un document, de plusieurs dizaines de pages, préparé par le général Michał Sokolnicki, a un autre caractère. Son Essai sur quelque moyen de délivrer l’Europe de l’influence de la Russie et par contrecoup de celle d’Angleterre est un véritable plaidoyer d’un patriote de l’Etat polono-lituanien pour le rétablissement de sa patrie par l’empereur français. D’une part, c’est une fine description du théâtre des futures opérations militaires contre l’armée russe avec l’analyse des routes, des rivières, des sentiments de la population etc. Les forêts sont décrites du point de vue militaire : "Presque partout ses rives [de la rivière Niemen] sont boisées et parfois, il traverse de grandes forêts dont le pin résineux, le sapin blanc et noir, le chêne commun, l’aulne, le tilleul, l’orme et le bouleau forment le fond. Ce qui donne une grande facilité pour le passer sur divers points avec promptitude et sécurité, sans qu’il soit nécessaire d’attendre l’arrivée du train, toujours embarrassant, de pontons." Ajoutons que Sokolnicki était particulièrement bien placé pour donner son avis car, durant la guerre de 1792, c’est lui qui assura le passage de l’armée polono-lituanienne par cette rivière en construisant un pont des pontons de bois (à l’époque, il était maréchal de logis en chef de l’armée lituanienne). D’autre part, son mémoire donne également une analyse géopolitique et économique des bénéfices pour la France de la restauration de l’Etat polono-lituanien. La possibilité d’acheter des produits des forêts de Lituanie sans l’intermédiaire des négociants des ports de la Baltique ainsi que la construction de navires pour la marine française directement dans ces forêts sont parmi ses arguments les plus importants. Pour en savoir plus, contact : Piotr Daszkiewicz, du Muséum national d’histoire naturelle à Paris :
piotrdas@mnhn.fr

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10 janvier 2010

Le chapelet de Grodno : un rare objet naturaliste à retrouver

Eugène Louis Melchior Patrin (1742-1815) fut l’un des plus célèbres minéralogistes, naturalistes et voyageurs français du XVIIe siècle. Désireux de connaître le Nord afin de vérifier quelques hypothèses scientifiques, il se rendit au royaume de Pologne et dans le grand-duché de Lituanie où il rencontra Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814) à Grodno [illustration]. Ce dernier lui donna des lettres de recommandation pour l’Académie de Saint-Pétersbourg, où Patrin fut accueilli par Peter Simon Pallas (1741-1811). Durant huit ans, ce naturaliste français parcourait la Sibérie en récoltant une importante collection d’Histoire naturelle mais dès son retour à Saint-Pétersbourg, il s’aperçut que Pallas s’était approprié ses plus intéressantes découvertes. Il quitta alors la Russie pour retrouver, après dix ans, sa patrie. En France, il continua ses recherches minéralogiques et entama une carrière politique en devenant député de Lyon à la Convention, pour ensuite être proscrit et être obligé de se cacher sous la Terreur. Il continua par la suite ses recherches à l’École des mines de Saint-Etienne, à laquelle il légua sa riche collection minéralogique. Auteur de nombreux ouvrages considérés comme importants pour la science dont Relation d'un voyage aux monts d'Altaïce en Sibérie, fait en 1781 et les cinq volumes d’Histoire naturelle des minéraux, il mourut le 15 août 1815 à Saint-Vallier, près de Lyon. La Bibliothèque Centrale du Muséum National d’Histoire Naturelle à Paris conserve les riches archives d’Eugène Patrin. Nous en savons cependant très peu au sujet de son passage par la Lituanie. Seul une de ses lettres adressées à sa mère fut envoyée de Grodno. Il est néanmoins certain qu’il resta en très bon terme avec Gilibert. Ce lui-ci fait à plusieurs reprises mention, dans son Histoire des plantes d’Europe à des plantes sibériennes que lui a envoyées Patrin. Nous avons la certitude que Gilibert lui montra la collection naturaliste qu’il avait réunie avec tant de soins en Lituanie. Et c’est à Patrin que nous devons une information sur un des objets bien particuliers de cette collection, information qui fut répétée dans les dictionnaires des sciences naturelles au dix-neuvième siècle : « Les insectes, qui sont dans le succin, lorsqu’ils sont bien conservés deviennent des objets de curiosité. Patrin dit avoir vu dans la Collection de l’Académie de Grodno, en 1777 un chapelet à l’espagnole, dont chaque graine renfermoit un insecte. C’étoit, dit-il une véritable Collection d’Entomologique ». Le célèbre "chapelet de Grodno" fut souvent cité à côté d’autre "objets de curiosités", comme le "lentille de succin faisant l’office d’un verre ardent, qui a un pied de diamètre" du cabinet du roi de Prusse. Il joua un rôle important dans la discussion sur l’origine de l’ambre. Les dires de Patrin sont pourtant l’unique témoignage de son existence. Qu’est devenu cet objet qui fit tant travailler l’imaginaire des naturalistes du XVIIIe et de la première moitié du XIXe siècle ? Les spécimens de Grodno sont rapidement devenus une partie intégrale de la collection de Vilnius, et ce encore du temps de Gilibert et sous sa surveillance. Nous savons que ce naturaliste laissa le cabinet d’Histoire naturelle en grand désordre. Son successeur à Vilnius et compagnon de capitaine Cook, Georg Forster (1754-1794) s’en plaigna dans une lettre envoyée à sir Joseph Banks. Enfin, une grande partie de la collection naturaliste de Vilnius fut pillée, après la fermeture de l’université par les Russes. Le destin du chapelet décrit par Patrin reste, de nos jours, inconnu. Pour en savoir plus, prière de contacter Piotr Daszkiewicz, du Muséum national d’histoire naturelle :

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18 mai 2009

La correspondance Gilibert - Jussieu (1748-1836), un précieux témoignage de l’histoire des sciences en Lituanie

La Bibliothèque Botanique du Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) à Paris conserve une série de lettres du botaniste Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814) à Antoine-Laurent de Jussieu (1748-1836), démonstrateur de botanique au Jardin du Roi, membre de l’Académie Royale des Sciences et directeur du MNHN. Elles ont été analysées par Piotr Daszkiewicz, du Service du Patrimoine Naturel du MNHN, avec l’aide de Françoise Bouazzat et Denis Lamy, de la Bibliothèque du MNHN. Une de ces lettres fut envoyée le 23 octobre 1777, de Grodno et date de la période du séjour de Gilibert en Lituanie. Gilibert y informe son collègue de l’état des institutions scientifiques, organisées par ses soins à la demande de l’administration de l’Etat polono-lituanien : "Deux ans se sont écoulés depuis mon arrivée. Pendant ce temps, j’ai eu les facilités d’établir un jardin de botanique qui le dispute pour le choix des plantes et leur nombre avec celui de Montpellier. Le cabinet d’histoire naturelle est pour le plus complet pour la minéralogie. Nous n’envions riens aux plus célèbres des pétrifications des mines de Suède, Russie, Hongrie, Saxe et Tyrol. L’amphithéâtre anatomique est considérable avec plus de cent pièces injectés ou monstres, fœtus, etc. La bibliothèque de l’Académie médicale ne renferme encore que trois mille volumes mais nous possédons les plus beaux ouvrages de botanique, de zoologie et d’anatomie". Cette lettre contient nombre d’informations concernant l’avancement de son travail sur la Flore de Lituanie (Flora Lithuanica inchoata) - la première au sujet de ce pays -, ouvrage édité quatre ans plus tard, en 1781 : "J’ai sérieusement travaillé à déterminer les plantes de Lithuanie, aidé par vingt quatre élèves. Vous ne serez pas surpris, si notre Flora offre déjà neuf cents espèces de plantes très certaines, parmi lesquelles se trouvent plusieurs sibériennes. Vous serez étonnés de nos véroniques, campanules, ombellifères, salices [saules], etc." Les recherches botaniques de Gilibert en Lituanie sont bien connues des naturalistes et des historiens des sciences. Nous en savons beaucoup moins sur ses recherches dans les autres branches des sciences naturelles. De ce point de vue, la lettre à Jussieu constitue un témoignage unique. Rappelons, à titre d’exemple, les dires de Gilibert en ce qui concerne ses travaux en entomologie : "Les insectes ont été collectés avec le même soin. Je viens de finir de le déterminer : nous en avons déjà huit cent espèces sûres, quelques-unes qui ne sont point dans la Faune de Linné [l’ouvrage de référence de l’époque]. Ce qui m’a surpris, c’est que nous en avons à Grodno, le foulon, la tête de mort, etc." Gilibert informa Jussieu de la construction des bâtiments de l’Académie médicale et de son hôpital. Il se montre satisfait de la beauté et des richesses naturelles de la Lituanie, mais aussi de sa situation personnelle : "Si vous me demandez quel est mon sort, je vous dirai qu’il est de plus heureux ! Mes brevets tous très honorables : inspecteur général des écoles de médecine du grand-duché de Lithuanie, premier professeur de celle de Grodno, physicien du même duché, médecin ordinaire du roi, conseilleur aulique. Ma place non compris, la pratique va à 600 ducats ce qui fait un peu plus de 6000 # [livres tournois] de rente". La lettre a pour but la demande d’envoi en Lituanie de graines de plantes du Jardin du Roi à Paris. Gilibert, après avoir présenté ses collections végétales (avec les serres de plantes africaines), cite les noms des naturalistes qui ont envoyé ou échangé des plantes avec le Jardin de Grodno : Nicolaus Jacquin (1727-1817) de Vienne, Simon Pallas (1741-1811) de Saint-Pétersbourg, Antoine Gouan (1733-1821) de Montpellier, Jean Hermann (1731-1800) de Strasbourg. Faute de documents conservés au MNHN, nous ne pouvons que supposer qu’Antoine-Laurent de Jussieu a également participé à ces envoi de plantes en Lituanie. Afin de mieux présenter la situation en Lituanie, Gilibert joignit un imprimé de sa lettre à Louis Vitet (1736-1809), contenant une description de la visite du roi Stanislas Auguste Poniatowski (1732-1798) à Grodno et plus particulièrement de l’Académie médicale, du jardin botanique, et de l’amphithéâtre anatomique, mais aussi des manufactures organisées par Antoni Tyzenhauz (1733-1785) et à l’Ecole Militaire. L’imprimé de la lettre, document d’une grande rareté, n’est pas inconnu des historiens de Lituanie. Néanmoins, l’exemplaire de la Bibliothèque Botanique du MNHN mérite une attention particulière ; en effet, il porte des annotations manuscrites de Gilibert informant des cadeaux du Roi (douze volumes de la Flora Danica et une robe d’une valeur de cinquante ducats pour l’épouse de naturaliste), des modalités d’envoi des graines et d’une demande à Jussieu concernant les achats de livres et d’objets d’histoire naturelle. Pour en savoir plus concernant cette correspondance : Piotr Daszkiewicz,
piotrdas@mnhn.fr

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26 mai 2008

L’épilepsie de l’élan, une étrange croyance lituanienne qui marqua l’histoire de la zoologie et de la médecine

L’élan fut durant de longs siècles l’un des animaux les plus mystérieux d’Europe. Vivant au nord de l’Europe, il resta longtemps inconnu des naturalistes français, italiens et même de la plupart des auteurs allemands. Rien d’étonnant à ce que les anciens naturalistes l’aient considéré comme un "âne des forêts", sachant qu’ils n’avaient qu’une connaissance médiatisé de cet animal. Olaus Magnus (1490-1558), l’un des rares parmi ces auteurs qui a probablement pu voir cette bête dans sa Suède natale, décrivit le combat d’onagres contre des loups. Ulysses Aldrovandi (1522-1605), quant à lui, en dessinant l’élan n’avait à sa disposition que de vagues informations envoyées de Cracovie à sa demande. La Pologne-Lituanie et la Suède avaient pour habitude d’être décrit, depuis environ le début du XVIIe siècle, comme patries d’étranges animaux. Les histoires les plus fantastiques circulaient au sujet d’élan en Europe, qui ont d’ailleurs influencé durant des siècles les sciences naturelles. Ces histoires étaient pour la plupart sans doute alimentées par les croyances et les légendes populaires. Parmi les plus étranges de ces histoires, il y avait celle de l’"épilepsie de l’élan" et des vertus thérapeutique du pied de cette bête contre les crises d’épilepsie. Véhiculée par de nombreux auteurs, cette étrange croyance trouve sa source en Lituanie. Un élan poursuivi par des chasseurs était, disait-on, soudainement tombé, pris d’une crise d’épilepsie. En vertu des principes de la loi des signatures selon laquelle "les semblables soignent leurs semblables", le pied de l’élan fut alors reconnu comme précieux remède contre l’épilepsie. Cette croyance fut largement répandue par Apollonio Menabene dans De alce epistola, publié à Cologne en 1581 dans Tractatus de Magno Animali. Elle a persisté environ deux siècles. Le pied, le sabot et la corne de l’élan entraient dans la composition de nombreuses potions ; en ce qui concerne le commerce de sabot de bœuf, il fleurissait car ils étaient vendus en tant que sabots d’élan, malgré de nombreux conseils publiés "au sujet des signes qui peuvent servir à distinguer le sabot d’élan de celui du bœuf, qu’on lui substituait souvent frauduleusement dans le commerce ". Cette croyance ne fut réellement contestée par des savants comme J.C. Valmont de Bomarre (1731-1807) dans son "Dictionnaire raisonné universel de l’histoire naturelle" (1802) ou Jean Goulin (1728-1799) dans son "Abrégé de l’Histoire naturelle à l’usage des élèves de l’école royale militaire" (1777). Il a fallu que, durant son séjour en Lituanie, Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814) s’intéresse à cette question. Ce naturaliste fut probablement l’un des premiers, si ce n’est le premier, qui éleva des élans, capturés et que lui avaient offerts les veneurs de Stanisłas August Poniatowski. Il nota que "c’est un préjugé de croire que les balles ne peuvent pénétrer la peau d’élan ; nous en avons vu abattre avec des balles de fer, qui pénétroient dans la poitrine. Un autre préjugé aussi répandu, c’est de croire que l’élan est attaqué d’épilepsie après de longues courses. J’en ai vu qui étoient harcelés des journées entières, et qui ne tomboient jamais. Dans presque toutes maisons en Lithuanie, on conserve des bagues dont le chaton est rempli, par un fragment taillé, de corne du pied de l’élan ; je peux assurer, d’après une foule d’épreuves dont j’été témoin, que cette amulette et la poudre de corne d’élan n’ont jamais retardé d’un seul jour les accès d’épilepsie". Ce n’est qu’en 1849 que le Dictionnaire de médecine usuelle informe à l’article "Pied-d’élan" : On employait autrefois la corne de pied de l’élan contre l’épilepsie. On disait que cet animal, atteint d’épilepsie, s’en guérissait en introduisant la corne de son pied dans son oreille ; ce remède est aujourd’hui complètement laissé à l’abandon. Pour en savoir plus, prendre contact avec Piotr Daszkiewicz, du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris :
piotrdas@mnhn.fr

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08 avril 2008

L’énigme d’un élevage de souris blanches dans la Lituanie du XVIIIe siècle

La souris blanche est sans doute un des animaux les mieux connus. Elle était utilisée déjà au XIXe siècle comme animal de laboratoire, comme le prouve à titre d’exemple les publications du grand physiologiste François Magendie (1783-1855). Aujourd’hui la grande majorité des souris de laboratoires proviennent d’élevages spécialisés. Il est intéressant de savoir où et quand l’habitude d’élever des souris albinos a commencé. Pour Piotr Daszkiewicz, chargé de mission au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, le botaniste français Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814) livre de précieuses informations au sujet de l’élevage des animaux de compagnie dans la Lituanie du XVIIIe siècle. Il écrivit dans Abrégé du Système de la nature, de Linné, histoire des mammaires ou des quadrupèdes et cétacés [1805] : "On trouve fréquemment en Lithuanie des souris blanches comme la neige, à l’iris des yeux rose. Les dames les élèvent ; elles deviennent assez familières pour connoître les personnes qui les nourissent. Dans cet état de domesticité, elles se propagent. Nous en avons conservé plusieurs années ; on les tient dans des boîtes. C’est un joli animal, très propre à poils doux et soyeux. Il ne faut pas croire que le froid de l’hiver produise annuellement cette variété ; ces souris sont aussi blanches en été qu’en hiver. La même cause qui, dans le nord, change la couleur du poil et le rend blanc, influe sur les flocons de l’iris. Les souris élevées dans des boîtes, deviennent si familières, qu’elles mangent tranquillement dans le creux de la main. Les femmes les cachent dans leur sein, elles sortent de leur niche lorsqu’on les appelle. Les nôtres produisoient de quatre à huit petits, elles nous donnoient quatre à cinq portées par an". C’est probablement la plus ancienne information connue au sujet de l’élevage des souris blanches. Le témoignage de Gilibert est malheureusement unique au sujet de cette tradition de l’élevage de ces animaux en Lituanie. Nous en savons donc très peu sur l’histoire de ces pratiques, d’un siècle plus ancien que celle des élevages modernes des souris de laboratoire. Pour en savoir plus, prendre contact avec Piotr Daszkiewicz, du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris :

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